Le psalmiste,

Responsable de la chronique :
Le psalmiste

Psaume 87 : La ville sainte, aimée de Dieu, pour tous les peuples

Imprimer Par Christian Eeckhout

1 Des fils de Coré. Psaume. Cantique.

Sa fondation sur les montagnes saintes,
2 Yahvé la chérit,
préférant les portes de Sion
à toute demeure de Jacob.

3 Il parle de toi pour ta gloire,
cité de Dieu – Pause

4 « Je compte Rahab et Babylone
parmi ceux qui me connaissent,
voyez Tyr, la Philistie ou l’Éthiopie,
un tel y est né. »

5 Mais de Sion l’on dira
« Tout homme y est né »
et celui qui l’affermit, c’est le Très-Haut.

6 Yahvé inscrit au registre les peuples
« Un tel y est né », – Pause
7 et les princes, comme les enfants.
Tous font en toi leur demeure.

(© Traduction de la Bible de Jérusalem, 1997)

Un psaume bref, mais pas sans importance pour l’avenir, si tant est que Sion est vue par Dieu comme la patrie, comme la métropole spirituelle de tous les habitants de l’univers.

Le mouvement du cantique part de la fondation de la ville, élargit ensuite sa réalité par le fait de sa renommée et devient objet de louange, parce c’est en elle que tous les peuples païens s’y sentent renaître, et les princes étrangers y sont même inscrits par Dieu comme « engendrés, ou indigènes, comme « enfants du pays » dirions-nous, … comme habitants de la cité de Dieu. La perspective devient universaliste. Il doit y avoir des raisons pour cela. Cherchons-les.

Son origine (v.1)

La Bible fait remonter cette prière traditionnelle du peuple de l’ancien Israël à la tribu de Lévi, dans la famille de Qehat. Les « fils de Coré » sont les lévites coréites qui étaient parmi les premiers à se rallier à David et étaient ensuite chargés des fonctions liturgiques de chantres et de portiers au Temple de Jérusalem. Onze psaumes leur sont ainsi attribués (Ps 42/43, 44 à 49, 84, 85, 87 et 88). Ils évoquent souvent la montagne sainte (Ps 43,3), Sion, la ville de Dieu (Ps 46,5; 48,2.3.9.13) et ses demeures (Ps 43,3; 46,5; 84,2). Ici nous avons un cantique qui en fait l’éloge, et qui écoute ce que Dieu dit à son propos. Il fait partie des psaumes de la royauté de Dieu. Le tétragramme IHWH dit son Être (v.2 et 6 et Ps 47,3), Elohim (v.3), son nom divin habituel (Gn 1,1) et ‘Elyôn (v.5 et Ps 48,9) affirme plus particulièrement son élévation : le « Très-Haut ». C’est un titre, pour dire sa demeure. – Mais Seigneur, où demeures-tu ?

Sion (v.2 et 5)

Sion est l’antique nom cananéen qui désigne la cité sise sur l’éperon rocheux entre les vallées du Cédron et du Tyropéon (2 S 5,7). Actuellement au sud de la vieille ville de Jérusalem, Sion était la toute petite cité sur la colline, à 650 m d’altitude, habitée 2.000 ans avant Jésus-Christ et conquise sur les Jébuséens par Joab et la troupe de David qui y établit sa capitale mille ans plus tard. Elle a servi de point de départ à la construction du temple par Salomon, et la présence de Dieu y était la caractéristique essentielle. Ses portes (v.2) sont les points d’entrée, les lieux clés de rencontre, les lieux où s’exerce le droit, où est rendu la justice.

Petite en surface, elle est néanmoins connue (v.4) des villes voisines plus anciennes, comme des pays beaucoup plus grands qui l’entourent. Ainsi par Rahab, qui symbolise ironiquement l’Égypte (Is 30,7; 51,9), à l’Occident; par Babylone, qui est la figure de la Mésopotamie, à l’Orient; par Tyr qui représente la Syrie au nord, la côte méditerranéenne (du Liban actuel); par la Philistie, qui équivaut à la Palestine au centre et par l’Éthiopie au sud, qui est la Nubie, encore appelée le pays africain de Coush, d’où provenaient des soldats pour l’Égypte (Jr 46,9).
Dans ces contrées des gens naissent, il est vrai. Mais à Sion, dit le Seigneur, y naissent « homme et homme » c’est-à-dire un grand nombre, tout homme.

Pourquoi donc ?

Si Sion est chérie de Yahvé (v.2), glorieuse cité de Dieu (v.3) et affermie par le Très-Haut (v.5), ce n’est pas parce qu’elle est sur un grand axe de communication, ni une belle ville dans une plaine fertile, ni même une haute forteresse imprenable, encore moins un carrefour commercial ou culturel. Elle n’est qu’un de ces petits établissements proches d’une source aux portes du désert, incomparable devant les fleuves (le Nil, le Tigre et l’Euphrate) et les édifices remarquables des civilisations qui l’entourent, mais c’est peut-être pour cela que Dieu l’a choisie. Ne brillant par de l’éclat des réalisations humaines, Sion ou, par extension, Jérusalem trouvera tout son rayonnement par la sainteté de ceux qui adorent et servent Dieu, qui mettent leur confiance en la sainteté de Dieu. Qui reconnaissent sa présence et sa providence. Qui voient dans l’arche d’alliance ou dans le temple, la qualité spirituelle dont l’homme est capable.

De cette cité, Dieu est l’hôtelier qui tient le registre et y écrit comme dans un livre de vie (v.6), mais aussi le gardien qui la maintient et le bâtisseur qui l’affermit (v.5).

Plus tard Jésus y a donné son enseignement et sa vie en témoignage suprême de l’honneur de Dieu, de sa justice et de son pardon. La résurrection du Christ fait la vraie gloire de la ville sainte, comme il dit l’amour de Dieu pour l’avenir de tous (cf. v.7). Voilà pourquoi il est juste d’en faire l’éloge à pleine voix.

Pour le pape Jean-Paul II, Jérusalem « se trouve à la base du projet de Dieu » (Audience générale du 13 novembre 2002), et invite à rester en relation avec cette « mère » de toute l’humanité, cette source, origine des peuples car elle est celle où le fils de l’homme nous attire à lui, nous fait devenir enfants de Dieu.

Et aujourd’hui ?

Par ce psaume, nous voyons bien que la religion n’est pas à placer dans la sphère privée des citoyens. Elle est essentiellement communautaire. Ce psaume rappelle la joie de naître, pour vivre un rassemblement où Dieu est au centre, comme fait un grand pèlerinage, comme font les journées mondiales de la jeunesse.

Sion autrefois et Jérusalem aujourd’hui, fait toujours l’actualité. En tant que centre spirituel des trois religions monothéistes certes, mais encore comme capitale indivisible ou unifiée.

Considérer la ville dans sa longue histoire internationale et voir sa signification religieuse comme patrimoine de l’humanité, cela implique que Jérusalem ait vraiment un statut de ville ouverte à tous en tout temps. Ce n’est qu’à ce prix que les psalmistes, priants, chanteurs ou danseurs, pourront continuer à faire l’éloge de Sion comme étant la « mère » de tous les peuples. Où tous les peuples seront frères, puisqu’il n’y a d’autre libérateur venu de Sion (Is 59,20-21) que Jésus-Christ, qui aime à ce point et qui construit en nous sa maison (1 Co 3,9). Qui situe, debout, sur le mont Sion, le grand rassemblement des 144.000 compagnons de l’Agneau (cf. Ap 14,1). Et alors Sion sera identifiée à la Jérusalem céleste : la « cité du Dieu vivant » (He 12,22). L’accroissement de la population de la Ville sainte sera acclamé par tous!

fr. Christian Eeckhout, o.p.
École biblique de Jérusalem

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le psalmiste

Les autres chroniques du mois