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Femmes dans l’Eglise du Christ

Imprimer Par Marie-Jo Thiel

Marie-Jo Thiel, professeure d’éthique et de théologie morale à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, a été invitée à s’exprimer, le 29 novembre 2005, en la cathédrale de la capitale alsacienne – et dans le cadre des conférences de l’Avent – sur le thème « Femmes dans l’Église du Christ ». Cette conférence a été publiée dans « La documentation catholique » du 19 novembre 2006 (DC 2006, n° 2368, p. 1015-1023), et a été mise enligne par le site Theologia.fr

Quand Mgr J. Doré m’a demandé de parler des femmes dans l’Eglise, j’ai commencé par décliner l’invitation. Ne rencontre-t-on pas dans l’Eglise les mêmes discriminations, les mêmes enjeux de pouvoir que ceux qui ont cours dans la société ? Et cela depuis les origines ? « Nous avons malheureusement, reconnaissait Jean-Paul II, hérité d’une histoire de très forts conditionnements qui en tout temps et en tout lieu ont rendu difficile le chemin de la femme, fait méconnaître sa dignité, dénaturer ses prérogatives, l’ont souvent marginalisée et même réduite en esclavage. Tout cela l’a empêchée d’être elle-même et a privé l’humanité d’authentiques richesses spirituelles. » [1]

Si l’Eglise n’a jamais affirmé que les femmes n’avaient pas d’âme, le bêtisier reste immense. « La femme est quelque chose de défectueux » [2] écrit par ex. Thomas d’Aquin. Son rôle est d’autant plus passif que le rôle de l’ovocyte est méconnu jusqu’au 19e siècle. Dotée d’une moindre musculature, la femme est ainsi considérée dans presque toutes les sociétés et religions, comme « naturellement », en son « essence », subordonnée à l’homme, prédisposée à certains rôles et pas à d’autres.

Aujourd’hui [3], l’on a pris conscience des dérives de ce « naturalisme » et des écueils de l’idée d’« essence féminine » ; des femmes ont osé se lever pour dénoncer d’intolérables discriminations, mais la cause qu’elles défendent fait peur. L’enjeu est constamment une question de pouvoir de quelque bord que l’on se trouve. La Congrégation pour la Doctrine de la foi soulignait il y a un an : « Aux abus de pouvoir, [la femme] répond par une stratégie de recherche de pouvoir. » [4] Et de reprocher aux femmes de devenir des « rivales » de l’homme. Evaluant l’impact de la loi sur la parité en France, Laurence Rossignol et Lucile Schmid constatent que depuis cette loi : « Dans les partis [politiques], le rapport au pouvoir s’est crispé » : « les hommes [toujours] dirigent, organisent, décident, les femmes s’occupent du lien social, elles ont la responsabilité des domaines où l’on soigne les plaies humaines. » [5] Pourquoi cette crispation ? Parce que, note Geneviève Fraisse, « le démocrate a peur, dès la Révolution française, lorsqu’il imagine que l’identité des hommes, leur similitude, ne peut, sans dommages, s’appliquer aux femmes » [6].

Les femmes ne font pourtant pas la révolution. D’abord parce que, note Pierre Bourdieu, la domination que les femmes subissent, est tellement ancrée dans les mentalités que les femmes contribuent elles-mêmes, inconsciemment, au jeu de cette domination. Ensuite, reconnaissons-le aussi, il est plus confortable de se dire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Certes, les femmes ont sans doute su depuis toujours, dans une conscience plus ou moins claire, qu’elles étaient reléguées dans une situation d’infériorité. Mais n’est-ce pas humiliant de reconnaître cela ? N’est-il pas plus facile et plus gratifiant de penser que ce n’est là qu’un problème pour quelques autres, que l’on est soi-même au-dessus de toute discrimination, que l’on a réussi à être suffisamment forte, attractive, déterminée… pour dépasser cela ? Toute discrimination traîne avec elle une image de « faute », comme si l’on était responsable de cette situation de par son corps, son identité, sa culture, ou parce que l’on ne s’est pas montré suffisamment « à la hauteur »… Certes, il y a déjà eu beaucoup de progrès parce que des femmes ont osé dénoncer l’injustifiable et que d’autres les ont entendues et que l’on a pu se justifier, chiffres à l’appui. Car pour être entendu sans être aussitôt ridiculisé, il faut légitimer son dire du côté de l’objectivation scientifique, il faut se légitimer. Et pour avoir le courage de se lever alors que souvent les chiffres pourraient parler tout seul, il faut que les violences de la discrimination n’aient plus d’autre mode de manifestation que le cri. N’est-ce pas Sohane brûlée vive pour ne pas s’être pliée aux normes de la cité, ou Samira Bellil victime de tournantes qui poussent à la création du mouvement « Ni Putes Ni Soumises » [7] ?

Ainsi quand Mgr Doré m’a proposé de parler des femmes dans l’Eglise du Christ, je me suis dit : C’est vraiment trop compliqué ! trop délicat ! Car s’il est évident que le Christ a confié aux femmes une responsabilité inouïe dont nous commençons peut-être seulement à prendre toute la mesure, l’Eglise, Jean-Paul II et bien d’autres l’ont rappelé, a également baigné dans le climat ambiant. Mais pouvais-je me taire ? Au regard de la réalité sociale, n’aurais-je pas fait le jeu de la violence insidieuse et d’autant plus odieuse ? Pourtant que dire sans verser dans la jérémiade ni cautionner l’intolérable ? Au regard du trésor évangélique, n’aurais-je pas mis sous le boisseau la lumière de la Bonne Nouvelle du Christ qui a osé miser sur les femmes au point de leur confier les termes essentiels de sa révélation : l’annonce de la naissance du sauveur à Marie, une fille de chez nous ; le premier témoignage de la résurrection à une femme qui « a beaucoup aimé »…

Forte de ce trésor, l’Eglise a apporté une large contribution à la reconnaissance de la dignité des femmes au cours de l’histoire. Elle a refusé dès l’origine leur appropriation par les hommes, les mariages arrangés, insistant sur le libre consentement des femmes, quelle que soit leur classe sociale. A celles qui voulaient s’affranchir de leurs familles, elle a offert la vie religieuse, une manière d’acquérir la liberté en des époques où le destin féminin consistait à se marier. Et elle a reconnu officiellement le mérite de bien de ces femmes, allant jusqu’à proclamer certaines comme Thérèse de Lisieux, « docteurs de l’Eglise », et d’autres, Brigitte de Suède, Catherine de Sienne et Thérèse-Bénédicte de la Croix (c’est-à-dire Edith Stein) copatronnes de l’Europe (1er oct. 1994). Et comment ne pas nommer également Mère Thérésa de Calcutta qui a bouleversé le monde entier par ses actes de charité ou d’autres femmes encore qui ne seront sans doute jamais canonisées, mais qui, à l’instar d’une Madeleine Delbrel, ont essayé de vivre de cette foi avec le meilleur d’elles-mêmes.

Pourtant, même dans l’Eglise, le malaise demeure aujourd’hui. Le rapport de Mme Rosemary Zapfl-Helbing à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (Doc 10670 rév., 22 sept. 2005), note que « La plupart des femmes sont affectées d’une manière ou d’une autre par la position des différentes religions à l’égard des femmes ». Et de souligner que les monothéismes en Europe ne sont pas vraiment favorables à l’égalité des sexes. Plus exactement, si Dieu a créé des hommes et des femmes égaux en dignité, chaque sexe se voit attribué par Dieu ou en son nom, des responsabilités spécifiques et non interchangeables. Ce qui, continue le rapport, a conduit à des traitements discriminatoires, les femmes étant sommées de « rester à leur place », celle que l’allemand résume avec les 3 K : Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, Eglise).

C’est aussi l’image qu’a laissée le rassemblement des différentes religions de Sant’Egidio à Lyon en ce même mois de septembre. Rencontre ô combien louable dont le but était de proclamer envers et contre tout « le courage d’un humanisme de paix ». Pourtant les photos parues dans la presse n’offraient que des visages masculins. Aucun visage de femme sur ces images de responsables religieux exhortant à s’ouvrir à « l’autre »… A telle enseigne que des courriers de lecteurs [8] ou des chroniqueurs, tel Régis Debray [9], se sont saisis de la question, ou plutôt de ce paradoxe. Car il y a bien là paradoxe : le Christ confie une responsabilité inouïe aux femmes. Et l’Eglise primitive la met en oeuvre dans une communauté où hommes et femmes prient ensemble, d’un seul coeur, égaux devant Dieu. Mais apparaissent, assez vite, les premières tensions comme s’il fallait accommoder l’Evangile aux cultures androcentriques (c’est-à-dire centrées autour de l’élément masculin)… Dans les écrits patristiques, on trouve ainsi le meilleur et du moins bon… Pourtant, même si les cultures s’invitent ainsi à l’interprétation, le pouvoir de l’Ecriture reste précisément un pouvoir de critique et de suscitation :
– de critique de ce qui n’est pas conforme au Christ, centre des Ecritures,
– de suscitation, car la méditation des Ecritures conduit à se laisser travailler de l’intérieur par l’Esprit de liberté, quand bien même un tel travail demande du temps.

Essayons donc dans un premier temps de cerner quelques évolutions récentes autour du rôle de la femme dans l’Eglise, puis laissons précisément l’Ecriture nous interpeller : d’abord à partir de la création en Genèse 1-3, puis des récits mettant en jeu des femmes dans la nouvelle alliance. Evolutions récentes autour du rôle de la femme dans l’Eglise La conférence de ce soir, dans cette cathédrale de Strasbourg, était-elle possible il y a quelques années ? Ce n’est pas sûr ! Beaucoup de réalités concernant la femme sont en train d’évoluer, peutêtre faut-il dire de « germer » car leur visibilité à l’extérieur de l’Eglise reste encore peu perçue.

Néanmoins, l’Eglise bouge ! Et c’est peut-être par le biais de la formation, y compris théologique que se laissent voir à la fois de belles nouvelles pousses et encore des problèmes de terrain qui, paradoxalement, en deviennent plus visibles ! La théologie universitaire par exemple. Il s’agit d’une évolution profonde datant des années 1950 aux Etats-Unis, et 1970 pour la France. Quand j’ai été nommée professeure à Strasbourg en 1999, les étudiants africains ont, en début d’année, interrogé mes collègues pour leur demander si la femme que j’étais, était vraiment professeure, si l’évêque du lieu avait vraiment donné son accord pour ma nomination. « Mais, me demanda l’un deux, est-ce qu’on n’a pas eu peur de nommer une femme professeure de théologie morale ? »

Incontestablement l’image de la femme théologienne, enseignant même à des prêtres, travaillant en collégialité avec ses pairs, engagée dans la recherche et débattant en public, fait rupture avec l’idée que la femme n’aurait pas le droit d’enseigner. Et pour les étudiants européens, cela relève aujourd’hui de l’évidence. L’enracinement académique ne peut donc que modifier, peu à peu, en profondeur, la conception de la théologie autant que la structuration ecclésiale partie prenante de cet enseignement et de cette recherche théologiques.

En faculté de théologie catholique, sur la trentaine d’enseignants-chercheurs que nous sommes à Strasbourg, il y a aujourd’hui 6 femmes [10]. En théologie protestante, sur 22 enseignants, il y a 3 femmes. Ces chiffres ne sont certes pas très importants, mais néanmoins significatifs car nous sommes partis de zéro. Et l’accès des femmes aux grades universitaires supérieurs passe par une compétition où à l’exigence de formation universitaire, se superposent les enjeux de pouvoirs inhérents à ces postes.

Qui sont les étudiants de théologie catholique ? Il y a là des séminaristes, des clercs, des religieux, des religieuses, mais surtout beaucoup de laïcs. Et plus de la moitié, voire les trois quarts selon les groupes, sont des femmes ; beaucoup sont déjà engagées pastoralement et cherchent une formation non trouvée ailleurs. Serait-ce à dire que l’université est un nouveau lieu, un lieu aux exigences intellectuelles fortes, un lieu démocratique ouvert sur l’universel, un lieu singulier aussi pour répondre aux questions de la foi ? Le phénomène est intéressant, d’autant plus qu’il concerne massivement les femmes : « Des femmes de plus en plus nombreuses, écrit Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu [11], acquièrent une compétence théologique reconnue comme savante par les diplômes prévus à cet effet, en même temps qu’elles prennent expérience et autorité dans des charges et autorités ministérielles d’un caractère nouveau et qui débordent souvent le quadrillage ecclésiastique prévu, même si celui-ci, au fur et à mesure, s’adapte. »

Et de fait, même si leur emploi en Eglise reste souvent précaire, ces femmes ont beaucoup innové et apporté à l’Eglise : elles sont aujourd’hui présentes avec leur compétence un peu partout, dans les secteurs de la santé, de la pauvreté, du social, dans les aumôneries scolaires, dans l’accompagnement de l’incroyance et de la foi… Dans son exhortation Christifideles laici en 1989, Jean-Paul II le notait : « Que l’on songe, par exemple, à la participation des femmes aux Conseils pastoraux diocésains et paroissiaux, comme également aux Synodes diocésains et aux Conciles particuliers. C’est en ce sens que les Pères du Synode ont écrit : “Que les femmes participent à la vie de l’Eglise sans aucune discrimination, même pour les consultations et l’élaboration de décisions”. » [12]

En 1984, 80% des 22.000 catéchistes et animateurs de l’Eglise catholique recensés sont des femmes [13]. Dans nos églises, 70 à 80% de nos pratiquants réguliers sont des pratiquantes. Elles ont porté l’Eglise vers de nouveaux lieux de vie. Elles se sont engagées avec une grande générosité. Et d’autant plus méritoires que nos étudiantes en théologie paient souvent elles-mêmes le prix de leur formation : elles mènent fréquemment de front une vie de famille, un travail professionnel (ou une charge pastorale) et des études. Elles méditent ainsi le Donné de la foi chrétienne jusqu’au plus profond de leur corps mis à rude contribution.

Et pourtant leur reconnaissance n’est pas acquise pour autant. Leur statut de femme les fait écarter des lieux centraux de la décision en Eglise, des lieux de la consultation et de l’élaboration théologique qui restent liés à la fonction sacerdotale et épiscopale. Au mieux, elles sont appelées comme expertes, c’est-à-dire à apporter une parole ponctuelle qu’elles ne peuvent cependant ni défendre ni étayer ni soumettre à la discussion puisqu’elles sont exclues de la recherche théologique normative liée à la collégialité épiscopale.

Le synode des évêques convoqué par Benoît XVI sur le thème de l’Eucharistie et qui s’est réuni durant trois semaines en octobre, comprenait 256 pères synodaux, 32 experts et 27 auditeurs dont 12 femmes ! Si, comme le soulignent fortement les textes du Magistère, la femme a sa manière propre d’agir « comme » le Christ, pourquoi une telle assemblée [14] ne cherche-t-elle pas à s’inscrire dans un débat où les femmes auraient toute leur place, non seulement d’auditrices ou d’expertes, mais réellement de participantes à la discussion jusque dans sa phase normative ? Ne faut-il pas se faire inventif ? Paul VI a remis à l’ordre du jour cet « outil de la collégialité » qu’est le Synode des évêques pour l’« informer » et le « conseiller » [15]. Peut-être faut-il le revoir encore ?

A la commission théologique internationale, où pourtant la fonction sacerdotale n’est pas requise pour être membre, siège à ce jour une seule femme pour 30 membres (Hallonsten Gösta). Pourtant, Jean XXIII appelait déjà en 1963, dans son encyclique Pacem in terris (au n°41) à considérer la promotion de la femme comme un des trois signes des temps. Et Jean-Paul II reprenant à son compte les recommandations du synode dans la même Exhortation Christifideles laici, exhorte encore : « Les femmes, qui ont déjà une place importante dans la transmission de la foi et dans l’accomplissement de services de tout genre dans la vie de l’Eglise, doivent être associées à la préparation des documents pastoraux et des initiatives missionnaires ; elles doivent être reconnues comme des coopératrices de la mission de l’Eglise dans la famille, dans la profession et dans la société civile. » [16]

De fait, les femmes ont besoin de statuer aussi sur leurs propres problèmes théologico-religieux, de participer pleinement aux processus de prise de décision dans ce peuple de Dieu dans lequel elles veulent et doivent tenir toute leur place de baptisées. Or nombre d’entre elles ont l’impression de n’être pas entendues. Combien, quand elles ont su la thématique de cette conférence, m’ont demandé d’évoquer leur malaise, cette souffrance qui est la leur et qu’elles répugnent pourtant à mettre sur la place publique par amour de l’Eglise, ou par pudeur…

Ces femmes formées à la théologie savent précisément que la bonne nouvelle de l’Evangile proclame leur infinie dignité d’enfant de Dieu, que le seul et vrai pouvoir est celui de l’Amour, celui de la filialité en Christ. Elles savent de mieux en mieux resituer la tradition dans son contexte historique et culturel. Elles ont appris à entrer dans ce regard critique qui reconnaît aujourd’hui très clairement la part féminine en Dieu [17] – Dieu « est père, souligne ainsi Jean-Paul II, plus encore il est mère. » [18] – et qui non seulement permet mais incite à sortir de cet androcentrisme qui a conditionné l’herméneutique et la décision jusqu’à ces dernières décennies. Le droit canon a ainsi pu s’appuyer jusqu’en 1971 sur une interprétation ancienne excluant la femme de l’image de Dieu [19].

Certes, aucune institution ne se délie sans résistance d’un tel ancrage culturel. Pourtant, même si la tâche est rude, il est impossible d’en rester au statu quo, de ne pas prendre en compte la difficulté à instaurer un espace d’expression de la parole des femmes, de ne pas entendre le malaise autour des ministères féminins ou la non-réception par le sensus fidei des arguments imposés sur ce sujet. La Parole de Dieu revêt à cet égard un pouvoir de discernement et de suscitation. Quand bien même, faut-il le rappeler, une graine tombée en terre ne germe que lentement. Roland J. Campiche [20] note qu’en Suisse, alors que la pleine reconnaissance du droit des femmes à exercer le ministère pastoral a été octroyée suivant les cantons entre 1947 et 1973, la proportion de femmes pasteurs est seulement de 18 %. En Alsace [21], elle est d’un peu plus de 25%. Revenons donc à la Parole de Dieu, plus précisément d’abord aux récits de création.

Les récits de création

Dans le récit yahviste [22] (Gn 2, 4b-25), le plus ancien, Dieu crée la femme parce que dit-il, « il n’est pas bon que l’homme soit seul ». C’est la première fois qu’apparaît, dans le récit de création, cette expression « il n’est pas bon » et elle surgit à propos de la relation humaine, de la solitude éprouvée par Adam. La solution ? Elle est trouvée par le Créateur : « Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » (2,18). Ce mot « aide » (’ezer en hébreu) a souvent été compris comme une relation de subordination. Or ce terme est celui employé habituellement pour parler de l’action de Dieu venant au secours de l’humain. Il supposerait non une infériorité mais une certaine supériorité ! On ne peut pas aider sans en avoir le pouvoir et les moyens ! Cette aide est, cependant, « assortie » [23], c’est-à-dire ajustée à son interlocuteur. La femme que Dieu crée est donc un vis-à-vis pour l’homme, qui en devient, par là, un vis-à-vis pour elle.

Dieu avait bien créé entre temps des animaux, mais ceux-ci, insiste le texte, ne correspondent pas à une « aide assortie ». Dieu crée ainsi la femme en la tirant du côté de l’homme (v.22), de son coeur. La femme est donc bien de même nature que lui, de même dignité… Plus encore, là où lui a été modelé dans la glaise, elle est, elle, construite selon le verbe hébreu (bnh), à l’instar des tours et des fortifications, à partir d’un plan d’architecte. Certains lisent finalement ce récit de création de la femme comme une forme de culmination de la création, comme ce que Dieu a fait de mieux, de plus élaboré !

Et l’homme s’y reconnaît : « pour le coup, c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! ». Comme si Dieu avait cette fois transformé l’essai ! Et l’homme ébahi en surgit comme être de parole ! La reconnaissance de son vis-à-vis le fait s’exclamer et rendre grâces. L’expression peut paraître curieuse « os de mes os, chair de ma chair » ; en fait, elle désigne l’appartenance à une même famille, celle que constituent l’homme et la femme appelés à s’unir pour former « une seule chair ».

Finalement, l’être que Dieu avait modelé, ’adam, devient maintenant seulement homme masculin (’ish) lorsqu’il voit et reconnaît face à lui une femme (’isha). C’est maintenant seulement, en situation de manque et de désir de sa « moitié », qu’il se met à parler, qu’il devient lui-même, dans sa propre identité. Une manière pour le texte biblique de souligner que l’identité humaine authentique est relationnelle, sans fusion ni confusion. L’homme et la femme naissent et ne sont vraiment eux-mêmes que l’un avec l’autre, dans leur ressemblance et leur différence, l’un et l’autre dans leur relation à Dieu, aux autres vivants, au cosmos.

Et la manducation du fruit interdit en Gn 3, si elle vient casser quelque chose de cette belle harmonie n’apporte rien de plus sur cette égale dignité et cette même identité de l’homme et de la femme. Et le second récit de la création, sa version sacerdotale, cultuelle, plus récente, en Gn 1-2,4a, confirme la version yahviste tout en apportant sa propre harmonique à la compréhension de l’histoire humaine. Ce passage insiste, en effet, sur cette image de Dieu (v.26-28) que d’aucuns ont parfois pu dénier dans sa perfection à la femme… Or, que dit le texte ?

Après avoir créé le monde grâce à sa Parole, dans une action de séparation et de différenciation visant à instaurer un lien de juste distance, Dieu, comme dans le récit yahviste, ne procède pas pour la création de l’homme et de la femme comme il le fait pour le reste de la création. Jusqu’à présent « Dieu dit et cela fut ». Pour l’être humain, Dieu se met à parler à la première personne du pluriel, comme s’ils étaient plusieurs en Lui à prendre cette décision commune, « faisons », et comme si c’était à l’image de sa propre communion intérieure, divine, intime, qu’il créait l’homme et la femme. Ecoutons :

Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance
Et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, etc. »
Dieu créa l’homme à son image,
A l’image de Dieu il le créa,
Homme et femme, il les créa. » (Gn.1, 26-27)

Il y a donc un pluriel en Dieu dans lequel l’homme et la femme peuvent se reconnaître dans leur ressemblance et leur différence. Car ce pluriel est aussi une unité. Il dit une même et commune identité d’être humain portant en lui l’image de Dieu mais sous deux modalités d’existence biologique, masculine ou féminine.

Comme dans le récit yahviste, la création de l’être humain relève donc d’une décision singulière de Dieu ! Et la différence entre l’homme et la femme ne porte que sur leur corporéité, non sur leur commune identité qui les distingue de tout le reste du créé. Elle n’implique donc pas une tâche essentielle [24] autre ni une fonction sociale radicalement [25] différente : le commandement que Dieu adresse à l’homme et à la femme est le même, celui de maîtriser la création.

L’on ne saurait de ce fait utiliser ces textes pour cautionner une différence de rôles sociaux appuyée sur une différence biologique. Dieu confie la même mission à des êtres créés à son image, égaux en dignité et en droits, mais qui, en raison de leur différence corporelle, pourront avoir deux manières différentes d’agir pour appréhender et exécuter le commandement du Seigneur, deux manières différentes d’entrer en relation avec le monde, l’autre, Dieu, le cosmos. Ainsi une femme, parce que ses périodes de fécondité sont cycliques, n’a pas le même rapport au temps et à l’espace, et finalement à son corps, son travail, qu’un homme dont la perspective à ce niveau est linéaire. Un homme, parce que son climat hormonal est très différent de celui de la femme, conduira autrement une voiture qu’une femme. Mais les deux conduisent et le code de la route est le même pour les deux !

Le texte biblique rappelle finalement avec force que la différence homme/femme n’affecte pas l’essence humaine commune aux deux. Il n’y a pas d’essence masculine ou féminine. Ce vocabulaire qui peut appuyer la discrimination, n’appartient pas au langage biblique. Les deux niveaux, être et façon d’être, ne doivent pas être confondus. Yvonne Pelle-Douelle le soulignait à sa façon en invitant à ne pas confondre vocation et destin. Le corps de la femme ne saurait être un destin la confinant aux tâches ménagères ou aux fonctions de la sexualité et de la reproduction [26]. Il est le lieu d’une différence que l’homme et la femme sont invités à re-choisir en vue d’une liberté seulement humaine mais authentiquement humaine [27]. Car sans différence, la nouveauté ne peut surgir, la vie s’arrête. C’est l’enfer du même qui enferme chacun dans son moi. Or, la différence des sexes est, avec la différence temporo-spatiale, la plus radicale des différences, paradigmatique de toutes les dissimilitudes entre êtres humains. Sans doute, est-ce pour cela que la fonction procréatrice lui est si intimement liée. Mais dans ce cas, et c’est tout le sens du texte biblique, les différences biologiques ne sont plus des déterminismes aveugles créant des dissimilitudes liées à l’« essence », mais des modalités au service de l’épanouissement de l’être personnel, au service de la transmission de la vie, au service de l’ajustement relationnel permanent.

Les femmes dans la nouvelle alliance

Ce qui est ainsi inscrit au frontispice de la Bible comme une devise essentielle se heurte pourtant à la résistance des cultures ambiantes. Ainsi, en Israël, au temps de Jésus, la femme est presque totalement reléguée à la maison et dans sa famille. Elle ne peut se présenter en public si elle se veut respectable. Elle ne peut évidemment suivre un Rabbi (comme Jésus). Elle n’a aucun droit à la parole. Elle ne peut témoigner de rien, ni en aucun procès [28].

Alors quand Jésus se met à leur parler, à les accepter à sa suite, à leur confier des responsabilités jusqu’à l’annonce de la Bonne Nouvelle, jusqu’à la première proclamation de sa Résurrection, il renverse tout l’ordre social et religieux. A tel point que l’on peut dire que c’est à travers le rôle des femmes ouvertes à l’inouï de son message, que le Christ inaugure la Création nouvelle liée à sa personne. C’est à travers l’audace confiante des femmes que Jésus fait s’écrouler les murs de la méconnaissance et des inégalités pour poser les fondations d’un royaume nouveau de justice et d’amour. Certes, comme le rappelle Karl Hermann Schelkle, le célèbre exégète de Tübingen, « il n’a pas appelé de femmes dans le groupe des 12 apôtres. C’eût été tout simplement impossible, vu la mentalité d’Israël à cette époque. Mais il ne suffit pas d’en faire la constatation. » Car « si les femmes ne sont pas dignes d’être instruites dans les vérités de la religion » [29], Jésus fait fi de cela et admet des femmes parmi ses disciples. Et quelle instruction ne propose-t-il pas à Marthe et Marie par ex. (Luc 10,38-42 ; Jn 11, 20-40) ! Incroyable conversation qui conduira les soeurs à manifester le Christ comme Résurrection et Vie !

Mais toute cette histoire n’a-t-elle pas précisément été rendue possible par la foi simple et audacieuse d’une autre femme, Marie, une humble fille de Nazareth ?! Quelle géniale idée divine de confier à une femme de chez nous la première annonce du salut : « Voici que tu enfanteras un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut… » (Luc 1,31-32)

Grâce insigne, unique, par laquelle Marie se distingue désormais de tout autre femme, de tout autre être humain, tout en demeurant de notre nature, de notre essence. Si proche de nous et si différente : pleine de grâces, associée, non comme co-rédemptrice – le Christ seul est Rédempteur, mais par son oui bien humain à la mission du Christ, à la révélation divine. Comment ne pas voir là un clin d’oeil plein d’humour car c’est en tant que femme justement que Marie, fille d’Israël, est modèle d’humanité ! C’est en tant que femme que Marie est ce qu’elle est pour nous !

Et si elle tient une place particulière, elle cristallise aussi une attitude générale de sollicitude de Jésus pour les femmes de son temps. La samaritaine, par exemple Quand les disciples reviennent de la ville où ils ont acheté de la nourriture, ils sont, dit l’Evangile, « stupéfaits » de voir Jésus avec une femme » (Jean 4,27). C’est que ça ne se fait pas ! Et pourtant ces mêmes disciples sont peu à peu amenés à constater que c’est par ce type de dialogue que Jésus révèle l’attente et l’accomplissement messianique et qu’il finit lui-même par déclarer qu’il est le messie attendu. Plus encore, voilà que la femme, devant des apôtres déconcertés et perplexes, se fait apôtre pour annoncer à sa communauté : « Venez donc voir si cet homme ne serait pas le Messie. ». Et le récit évangélique de conclure que beaucoup crurent en Christ, d’abord à cause de la parole de la femme et, ensuite, à cause de la parole de Jésus lui-même. Cette samaritaine qui fut médiatrice de la parole de Jésus, fut-elle à l’origine de la communauté de Samarie ? Des exégètes le suggèrent quand bien même les Actes des Apôtres n’évoqueront que le rôle d’un homme, Philippe (8,5).

Et que dire du rôle des femmes au moment décisif, ultime de la mort-résurrection du Christ ? Ah si ces récits avaient été inventés, jamais des femmes n’auraient été mises en scène ! Mais voilà, leur rôle a été tel qu’on n’a pas pu l’occulter. Ces témoignages, on n’a pas pu les taire sans renier le Maître lui-même. Il ne restait plus qu’à s’incliner devant ces faits d’expérience et de vécu, au risque de ne pas pouvoir compter sur leur caractère crédible dans une société androcentrique. Car les faits sont têtus. Ce sont bien des femmes qui ont été les premières à découvrir le tombeau vide. Ce sont elles, d’abord, qui rencontrent le Ressuscité et l’annoncent aux disciples timorés et découragés. Augustin le répétera : « L’Esprit Saint fit de Marie-Madeleine l’apôtre des apôtres. » [30] Et Bernard de Clairvaux, évoquant les femmes au matin de Pâques, constate : « Envoyés par l’ange, elles réalisent l’oeuvre d’un évangéliste. Elles deviennent les apôtres des apôtres, lorsqu’elles se hâtent tôt le matin d’annoncer le salut du Seigneur. » [31]

Quand bien même le culturel reprendra le dessus, y compris sans doute pour Paul qui, à l’encontre du témoignage évangélique, « oublie » de mentionner les femmes parmi les témoins de la résurrection de Jésus (1 Co 15, 5-8), il n’en restera pas moins que les femmes seront pour toujours, tant que la Bonne Nouvelle de la Résurrection sera proclamée, des témoins privilégiés de la mort et de la résurrection du Christ, des annonciatrices du salut de Dieu.

A la Pentecôte, elles sont là, avec les apôtres, avec Marie et les frères de Jésus (Ac 1,14). Et Pierre, s’appuyant sur le prophète Joël (2,28), explique qu’hommes et femmes reçoivent la plénitude de l’Esprit de la même manière en vue de la même vocation de prophète dans l’Eglise : « Je répandrai de mon Esprit sur toute chair… Vos fils et vos filles prophétiseront… Sur mes serviteurs et mes servantes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit et ils seront prophètes. » (Ac 2,17 sq.) Jusqu’alors, l’Esprit n’avait été donné qu’à des privilégiés ; à présent, tous les humains, à l’instar de la communauté du Cénacle, reçoivent l’Esprit de Dieu. Jusqu’alors les femmes devaient rester à l’arrière-plan, à présent, elles peuvent jouer pleinement leur rôle de baptisées et occuper des postes de responsabilité dans la primitive Eglise.

L’on pense à Tabita (Ac 9,36-43), la seule femme à qui Luc donne le nom de « disciple » dans les Actes. A Lydie (Ac 16,13sq), une femme avisée, négociante en pourpre, qui exerce un pouvoir certain sur Paul lui-même. Aux 4 filles de Philippe l’Evangéliste (Ac 21,8) qui furent des prophétesses, enseignant la Parole de Dieu dans la communauté à un moment où l’on ne connaissait pas encore les restrictions ultérieures interdisant la femme d’enseignement (cf. 1 Co 14,34 ; 1 Tm 2,12…). Au couple Prisca et Aquilas, que Paul appelle « ses collaborateurs en Christ » (Rm 16,3) et qui admettent à leur école le théologien expérimenté qu’est Apollos (Ac 18, 23-28). A Phoebé, « femme diacre de l’Eglise de Cenchrées ». Certes, le diaconat d’alors n’est pas tout à fait comparable avec sa réalité actuelle. Mais cette femme avisée est décrite comme participant au ministère du diaconat au même titre que les diacres assistant les évêques dans l’Eglise de Philippes (Ph 1,1), nommés dans les lettres pastorales (1 Tm 3,8). Plus encore, Paul lui donne par la suite le nom de « présidente » (prostatis), c’est-à-dire « celle qui se tient devant les autres » que ce soit pour les protéger ou pour les guider. D’ailleurs jusqu’au 4e siècle, des témoignages attestent que des femmes étaient établies comme diacres par l’imposition des mains et la prière de l’évêque.

Hommes et femmes étaient ainsi ensemble au service de l’Evangile et de la communauté. Et même si très vite des résistances se font jour face à une telle nouveauté, les murs de la méconnaissance et de l’inégalité entre hommes et femmes sont définitivement fissurés. Les convenances sociales et culturelles vont tenter de colmater ces larges brèches. Pourtant, jamais plus, on ne pourra revenir en arrière. Jamais, on ne pourra retirer de l’évangile ce rôle essentiel des femmes. Ce qui est écrit, est écrit !

Aujourd’hui, l’on commence enfin à prendre toute la mesure de l’androcentrisme à travers les siècles. Ceux et celles qui le veulent, trouvent dans le message du Christ une pierre de touche pour juger de la justesse et de la fécondité de leurs relations réciproques et se mettre au travail. Car l’androcentrisme asservit non seulement les femmes, mais aussi les hommes privés de leur partenaire « assortie » comme disait le livre de la Genèse. Encore faut-il avoir l’audace de le reconnaître. Ou plutôt, l’audace de laisser l’Esprit dire à l’Epouse qu’est l’Eglise que nous sommes : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui et lui avec moi. » (Ap 3, 20). Quand l’homme et la femme se mettent à table avec leur Seigneur, et quand l’Eglise est contemplée sous le signe de l’épouse, n’entre-t-on pas progressivement mais sûrement dans un dialogue qui sait faire toute sa place à chacune et à chacun ? Et les femmes ne sont-elles pas alors images de l’Eglise, Epouse du Christ ?

Si nous sommes attentifs aux « signes des temps », alors, comme l’a écrit l’apôtre Paul, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, nous sommes un en Jésus Christ. (cf. Ga 3,28).

Que retenir en conclusion ?

1) D’abord, force est de le constater, le message biblique est clair : les femmes sont invitées à occuper toute leur place, aussi bien dans la société que dans l’Eglise.

2) Mais, l’Eglise s’inscrit aussi dans les cultures. Ainsi, elle se trouve parfois en contradiction avec ces dernières au nom de l’Evangile ; bien souvent pourtant, c’est l’inverse, l’inculturation [32] prend le dessus, et l’Eglise s’avère peu ou prou en décalage avec le message qui l’institue…

3) Quoi qu’il en soit, il n’y a entre l’homme et la femme ni une différence d’essence, ni une similitude qui confondrait leurs rôles. Vouloir réduire la femme à l’homme ou inversement, ce n’est honorer ni l’homme ni la femme. La fécondité de la relation humaine tient d’une différence assumée dans une égale dignité humaine.

4) Enfin, reconnaissons-le, une impulsion décisive est aujourd’hui donnée au mouvement de reconnaissance pleine et entière de la femme et de la femme dans l’Eglise du Christ. Dans notre diocèse, une femme est membre du Conseil Episcopal, d’autres sont animatrices de zone, membres des conseils pastoraux… L’Eglise bouge ! Prenons-y notre place, n’ayons pas peur !

[1] Jean-Paul II, Lettre aux femmes, 1995, N°3, 5.

[2] Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Ia, Q.92, a.1, s.1 : « Si nous regardons la nature dans les individus particuliers, la femme est quelque chose de défectueux, quelque chose d’avorté. Car la vertu active qui se trouve dans la semence du mâle vise à produire quelque chose lui soit semblable en perfection selon le sexe masculin. »

[3] Sur l’histoire des femmes : voir G. Duby, M. Perrot, Histoire des femmes en Occident (5 t.), Plon, 1992 ; M. Perrot, Une histoire de femmes est-elle possible ? Rivages, 1984 ; Les Femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 1999 ; V. Nahum-Grappe, Le féminin, Hachette, 1996. Ch. Bard, Les femmes dans la société française au 20e s., Armand Colin, 2005 ; S. Tunc, Brève histoire des femmes chrétiennes, Cerf, 1989 ; E. Schüssler-Fiorenza, En mémoire d’elle, Cerf, « Cogitatio fidei », 1986…

[4] Congrégation pour la Doctrine de la foi, « La collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde », Lettre aux évêques de l’Eglise catholique, publiée le 31 juillet 2004 et datée du 31 mai 2004.

[5] Laurence Rossignol et Lucile Schmid, « Non, messieurs, la parité ne suffit pas », Le Monde du 21 oct. 2005

[6] Geneviève Fraisse, La controverse des sexes, Paris, Ed. PUF Quadrige, 2001, p.11

[7] Fadela Amara, Ni Putes Ni Soumises. Ed. La Découverte / Poche Essais, Paris, 2003, 2004. L’ouvrage nous donne l’occasion de mentionner ce que nous ne pouvons développer ici : les sévices sexuels et autres, la pauvreté dans le monde mais aussi les banlieues qui touchent avant tout femmes et enfants… De nombreux textes officiels de l’ONU, du Saint-Siège… le rappellent.

[8] Cf. Bruno d’Authuille (Drôme) pour La Croix, 6 octobre, p.27.

[9] Régis Debray, « Un humanisme unisexe ? », Le Monde des Religions, novembre-décembre 2005, p.19

[10] En théologie catholique, il s’agit de 4 femmes « maîtres de conférences » et 2 professeures. En théologie protestante, 2 femmes sont « maîtres de conférences » et une professeure.

[11] « Femmes, féminisme et théologie », Initiation à la pratique de la théologie, t.V, Pratique. Paris, Ed. du Cerf, p.267-322.

[12] Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici, 1989, N°51.

[13] Cf. Cahiers de l’Institut Supérieur de la Pastorale Catéchétique, N°9, « Femmes en responsabilité dans l’Eglise », Paris, Desclée, 1992, p.17.

[14] Et celle-ci n’était que consultative.

[15] Selon le motu proprio de sa création en 1965, Apostolica sollicitudo.

[16] Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici, 1989, N°51.

[17] Voir en particulier à ce sujet les travaux de François-Xavier Durrwell : par ex. dans L’esprit Saint de Dieu, Paris, Cerf,1983, p.165 sq. L’Esprit Saint représente, explique-t-il, la part féminine, maternelle de Dieu. Et Marie, toute humaine qu’elle est, accomplit une mission dans laquelle elle est la « doublure humaine de l’Esprit. »

[18] Jean-Paul II, Allocution du 10 sept. 1978. La Documentation Catholique (1978), N°1749, p.836.

[19] Il s’agit du décret de Gratien du XIIe s. qui assume la perspective de l’Ambrosiaster et qui constitue la première partie du Corpus iuris canonici qui reste en vigueur jusqu’en 1971. On y développe une perspective anthropologique qui exclut la femme de l’imago Dei…

[20] R. Campiche, « Religion et égalité : un rapport ambivalent », in Thanh-Huyen Ballmer-Cao et Viviane Gonik, Hommes/femmes. Métamorphoses d’un rapport social. Actes du colloque du 21 mars 1997, Chêne-Bourg (CH), Ed. Médecine et Hygiène, 1998. Il s’agit d’un travail réalisé en 1997.

[21] ERF : 25% (sur 350) ; ECAAL : 26% (sur 208) ; ERAL : 32% (sur 53) ; EELF : 33% (sur 45) ; soit pour le CPLR : 26% (sur 655). La proportion au niveau de la France se situe pour les luthériens à 27%, pour les réformés à 26%. En Alsace-Moselle, le taux est de 27%. Ces chiffres sont ceux de la fin de l’été 2005.

[22] Les récits de la création ont été très souvent commentés et la littérature chrétienne mais aussi juive est ici très abondante. Je renvoie donc simplement à l’ouvrage de Maria Teresa Porcile Santiso, ibid., qui fournit lui-même de très nombreuses références et a l’avantage de ressaisir celles-ci à travers l’angle féminin.

[23] kenegdo en hébreu, de la racine neged qui signifie celui qui est en face et dans une relation de réciprocité, celui qui est tantôt un interlocuteur tantôt un réajusteur de la juste distance, sachant poser les limites.

[24] Essentiel au sens de se référant à l’essence de la personne.

[25] Au sens étymologique « radical » signifie qui va jusqu’aux racines.

[26] Yvonne Pelle-Douelle, Etre femme, Paris, 1967, p.98. « La vocation de la femme, écrit-elle, ne peut en aucune façon être confondue, ni avec une “nature”, ni avec un “destin”. […] Il faut le répéter, destin et vocation sont deux notions radicalement contradictoires. Le destin est extériorité, aliénation, écrasement, inintelligibilité ; la vocation est intériorité, accomplissement, sens, dialogue de deux libertés. »

[27] On pourra rapprocher cela de la perspective conclusive de Paul Ricoeur, Philosophie de la volonté. 1. Le volontaire et l’involontaire, Aubier, 1950.

[28] En témoigne par ex. l’historien hébreu Flavius Joseph (ou Josèphe) quand il écrit que « les témoignages des femmes ne passent pas ; nous ne les recevons pas, à cause de la légèreté et du manque de retenue de ce sexe. »

[29] Karl Hermann Schelkle, Femmes dans la Bible, Trad. française de l’ouvrage allemand Der Geist und die Braut, Ed. Patmos, Düsseldorf, 1977. Publié en offsett en français, p.99 et 100.

[30] Sermon 132,1, Ed. A. Mai, Rome, 1852.

[31] Sermon sur le Cantique des Cantiques, 75,8 ; Pères latins 183, 1148B.

[32] Il ne s’agit évidemment pas de juger ici de la valeur de l’inculturation ! Pour annoncer l’Evangile, l’Eglise ne peut se départir des cultures ! Il s’agit simplement de reconnaître que certains aspects des cultures, comme l’androcentrisme, peuvent s’avérer contraires au message évangélique ; dans ce cas et quand l’aspect culturel prend le dessus sur ce message évangélique, l’Eglise se trouve en décalage par rapport à celui-ci…

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