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La voix et la parole

Imprimer Par Augustin

Maurice Huftier (Augustin, Éd.Ouv. 1964), présente le rhéteur d’Hippone, saint Augustin, comme «Le Marchand de paroles» qui dans les années 375 à 383 tint à Carthage une école de rhétorique. Un concours oratoire eut lieu à Milan, cour impériale ; Augustin y prend part et gagne la chaire tant convoitée. Quel orateur ! Augustin devint très vite par sa parole un des plus illustres maîtres à pensée de l’Occident chrétien. Converti, ordonné prêtre, puis évêque d’Hippone, deuxième ville d’Afrique, Augustin parle « à temps et à contretemps ». Une abondante prédication et quelques oeuvres polémiques contre le Manichéisme, le Donatisme et le Pélagianisme viennent couronner ses deux oeuvres maîtresses : Les Confessions et La Cité de Dieu. L’évêque d’Hippone ne rédigeait pas lui-même ses sermons, d’habiles sténographes les prenaient en notes. Voilà qui explique qu’un dixième seulement de son oeuvre oratoire nous est parvenu. Le texte patristique de ce mois, extrait du sermon 293 sur la Nativité de Jean-Baptiste, met en valeur la grâce de la Parole dans laquelle Augustin était lui-même passé maître.

Jean (Baptiste) était la voix, mais le Seigneur au commencement était la Parole. Jean, une voix pour un temps; le Christ, la Parole au commencement, la Parole éternelle.

Enlève la parole, qu’est-ce que la voix ? Là où il n’y a rien à comprendre, c’est une sonorité vide. La voix sans la parole frappe l’oreille, elle n’édifie pas le cœur.

Cependant, découvrons comment les choses s’enchaînent dans notre propre cœur qu’il s’agit d’édifier. Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà dans le mien.

Si je cherche donc comment la parole qui est déjà dans mon cœur pourra te rejoindre et s’établir dans ton cœur, je me sers de la voix, et c’est avec cette voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu’à l’idée contenue dans la parole ; alors, il est vrai que le son s’évanouit ; mais la parole que le son a conduite jusqu’à toi est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien.

Lorsque la parole est passée jusqu’à toi, n’est-ce donc pas le son qui semble dire lui-même : Lui, il faut qu’il grandisse; et moi, que je diminue ? Le son de la voix a retenti pour accomplir son service, et il a disparu, comme en disant : Moi, j’ai la joie en plénitude. Retenons la parole, ne laissons pas partir la parole conçue au fond de nous

Tu veux voir comment la voix s’éloigne, tandis que demeure la divinité de la Parole ? Où est maintenant le Baptême de Jean ? Il a accompli son service, et il a disparu. Maintenant le Baptême du Christ se multiplie. Tous nous croyons au Christ, nous espérons le salut dans le Christ : c’est cela que la voix faisait entendre.

Il est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a prix la voix pour la parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la parole. Je ne suis pas le Messie, ni Élie, ni le Prophète. On lui réplique : Qui es-tu donc ? Il répond : Je suis la voix qui crie à travers le désert : préparez la route pour le Seigneur. La voix qui crie à travers le désert, c’est la voix qui rompt le silence. Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route.

Que signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut ? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir.

S’il avait dit : Je suis le Messie, on l’aurait cru très facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est défini, il s’est abaissé.

Il a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était que lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil.

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