Billet hebdomadaire,

Responsable de la chronique :
Billet hebdomadaire

Il y a de la tristesse dans le ciel!

Imprimer Par Denis Gagnon

C’est sûr et certain : il y a de la tristesse dans le ciel! Si les gens qui demeurent dans ce lieu de délices ont une vue sur la terre, ils doivent sûrement être tristes. Comme ils ont souvent les yeux tournés vers Dieu, ils doivent certainement remarquer le regard sombre du maître de l’univers. Car je suis presque certain que Dieu a le regard triste, ces jours-ci.

D’où vient la tristesse céleste? Sans aucun doute de la terre où il se passe des choses pas très catholiques! En effet, Dieu – et les anges et les saints – ne doivent pas rire du tout en observant les inégalités sociales qui s’étalent sur les divers continents du monde. La situation s’aggrave de jour en jour. J’imagine la colère de Dieu – une colère du diable certainement ! – en prenant connaissance d’une récente étude des Nations Unies sur le patrimoine des ménages.

Voyez par vous-mêmes : 2% de l’humanité possède la moitié de la richesse mondiale. Une petite poignée de rien du tout nage dans l’argent! Et les autres? Ils grugent le reste. La moitié de la population mondiale constitue la portion la plus malchanceuse : ensemble, ils se partagent 1% du patrimoine! Les miettes sous la table!

Si vous possédez un patrimoine d’au moins 2 200 dollars, vous faites partie de la moitié des gens les plus riches de la terre. Seulement avec 2 200 dollars! Il n’en faut pas beaucoup pour faire partie du 10% des plus fortunés : seulement 61 000 dollars! Votre compte en banque dépasse-t-il 500 000 dollars? Si oui, alors vous êtes parmi le 1% des plus fortunés de la terre.

Où vivent les riches? Le quart des Crésus demeurent aux États-Unis, 20% sont japonais, 8% allemands, 7% italiens, 6% anglais, 4% français ou espagnol. Bref, les riches sont principalement des américains ou des européens. L’étude précise que moins de 500 personnes sont milliardaires et 13 millions sont millionnaires. Les chanceux!

Quant aux malchanceux, certains en meurent. Imaginez : mourir à cause des inégalités sociales! Ils ne meurent pas parce qu’on manque de biens, mais d’un simple mauvais partage des trésors offerts à toute l’humanité. Ces trésors dorment sans doute ou pourrissent dans les coffres-forts des banques; les riches ne bouffent sûrement pas tous les fruits de la terre au fur et à mesure qu’ils mûrissent. Sans mourir, d’autres pauvres souffrent de malnutrition, de froid, de nudité et de toutes les carences qui s’abattent sur les dépourvus.

J’imagine les saints se présentant à la porte de Dieu avec les vieux mots bibliques du Cantique de Marie (le Magnificat) : «Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides». Et j’entends Dieu répondre avec impatience : «Mais je leur ai tout donné. Ils ont tout entre les mains. Ils n’ont qu’à se servir de leur tête pour partager. Je leur ai même donné Noël, ce rappel annuel qu’il faut partager 365 jours par année. Je suis même à l’origine de la guignolée pour que leur générosité devienne une fête. Avec cela, ils devraient pouvoir changer le monde. Quelques changements suffiraient pour faire disparaître la pauvreté.»

Quelques changements… Et des enfants retrouveraient le sourire en mangeant autre chose que des pâtes spaghetti sans sauce… Et des vieillards n’auraient plus mal à la tête parce qu’ils pourraient s’offrir un bon repas par jour… Et ces autres n’auraient plus la grippe parce qu’un peu de chauffage les aiderait à traverser l’hiver plus confortablement… Le soleil brillerait plus souvent. Les chansons seraient plus joyeuses. Et il n’y aurait plus jamais de tristesse dans le ciel. Ni sur la terre.

Je rêve! Oui, bien sûr, je rêve! Mais il en faudrait si peu pour que mon rêve devienne réalité. Il ne faudrait que 2% de la population mondiale, seulement le 2% qui possède la moitié de la terre! Je les imagine en grande réunion mondiale. Je les vois en train de partager équitablement leurs fortunes entre tous les humains. Je les imagine les mains vides, les bras débarrassés de leur encombrante richesse. Je les imagine tout sourire en train d’utiliser leurs mains dépouillées pour établir une longue chaîne de solidarité autour de la terre. Et j’imagine les affamés comblés de biens, le sourire tout aussi resplendissant que celui des autres!

Mais je suis encore dans la phase du rêve… Et il y a probablement encore de la tristesse dans le ciel!…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Billet hebdomadaire

Les autres chroniques du mois