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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

23e Dimanche du temps ordinaire. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Écoute !

Sur le retour du pays de Tyr, Jésus vint par Sidon en direction de la mer de Galilée, en plein territoire de la Décapole. On lui amène un sourd, qui de plus parlait difficilement, et on le prie de lui imposer la main. Le prenant hors de la foule, à part, Jésus lui mit ses doigts dans les oreilles, et lui toucha la langue avec sa salive. Puis, levant les yeux au ciel, il poussa un gémissement et dit : « Ephatha «, c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Alors ses oreilles s’ouvrirent, aussitôt le lien de sa langue se dénoua et il parlait correctement. Jésus leur recommanda de ne dire la chose à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils la proclamaient. Au comble de l’admiration, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Commentaire :

Étrange, bien étrange ce miracle ! Aucun dialogue, nulle affirmation de foi, des gestes inusités de la part du Seigneur et tout se passe loin de la foule ; seul un terme araméen peut nous retenir. Quelle leçon tirer de ce prodige ? « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets, » cette réflexion de la foule peut-elle nous ouvrir une piste ? Revenons à la question primordiale pour la compréhension de l’évangile : quel but Marc avait-il en servant cette catéchèse à sa jeune Église. Il est d’ailleurs le seul à remémorer l’incident. Un détail habituel chez Marc, la consigne du silence doit retenir notre attention (1 : 44 ; 5 : 43 ; 8 : 26, etc).

L’ACTION

Concédons avant tout que la narration ou la description du miracle tient compte du milieu et du temps. Il suffirait de comparer cet autre miracle et celui de l’aveugle (8,23-25). Tout récit de guérison raconté pour un auditoire grec fait toujours place à la technique de la cure. Dans quelle mesure tenir compte de cette tradition ?

Jésus occupe ici toute la scène. A l’écart de la foule, il pose des gestes pour donner sens à son action chez celui qui évidemment ne peut entendre. En outre, les touchers étaient considérés dans le temps comme prélude à la guérison et remède de médecine populaire. Le regard tourné vers le ciel indique la source d’où Jésus tire sa force, fut-il Fils de Dieu ; et enfin le gémissement traduit un élan profond, appel à la puissance divine. La foule est stupéfaite ; ce trait complète la réaction provoquée par l’extraordinaire, l’action de Dieu et sa puissance.

L’étonnement semble de portée liturgique : « Il a bien fait toutes choses ! ». Il serait difficile d’ignorer ici le texte d’Isaïe concernant la grandeur et l’efficacité de la présence messianique en ce monde : « Voici que votre Dieu va venir et vous sauver. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles, les oreilles des sourds entendront, le boiteux bondira comme le cerf et la langue des bègues sera claire ». (35,3-6). Cette identification de sa personne, Jésus la donnera aux envoyés de Jean Baptiste (Mt.11, 4-5). La puissance divine exprimée dans ce miracle sonne donc l’heure de la fidélité de Dieu et de sa venue, mais aussi l’heure de la confiance et du courage. « Il a bien fait toutes choses ! » Qui n’entendrait pas ici comme en écho les paroles de la création : « Toutes les choses qu’il avait faites, Dieu vit qu’elles étaient bonnes, et même très bonnes. » (Ge.1,3).

LE SILENCE

Suite au miracle, Jésus tente d’imposer le silence. A propos du lépreux (1,44), de la fille de Jaïre, (5,43), du sourd-bègue (7,36) et de l’aveugle de Bethsaïde (8,26). Marc revient fréquemment sur cette consigne du silence. Ce trait lui est vraiment particulier. Deux fois le mot d’ordre n’est pas respecté et cela contribue à mette en relief la popularité de Jésus comme thaumaturge. Pourquoi chez Marc cette volonté de silence et pourquoi seulement quatre fois ? La divinité de Jésus ne devait pas être révélée au cours de sa vie mortelle car il n’aurait pu accomplir sas mission jusqu`à la croix ; et sans la croix, son identité n’aurait pas été vraiment reconnue. Ces quatre miracles auraient été susceptibles de lever le voile sur sa personne. La vie publique de Jésus devait demeurer vie cachée du Fils de Dieu parmi les hommes. Seule la croix lèverait le voile du mystère, le secret de la sagesse divine et l’identité de Jésus (1 Co. 1, 24-25 ; 2,7-8 ; Mc. 8,33). La foi chrétienne reconnaîtra le Crucifié comme Fils de Dieu, non le thaumaturge. Même si la foule s’extasie devant les merveilles qu’il opère, elle ne peut percer le secret de son identité. Jésus prescrit le silence pour éviter la confusion : il est venu pour sauver le monde par sa croix : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Ce miracle va permettre la reconnaissance des signes et le temps du salut. Peu à peu le mystère de Jésus va se dévoiler et alors qu’en même temps s’épaissit l’intelligence des disciples. (6,52 ; 7,18 ; 8,17-21) Ils seront eux-mêmes atteints par l’aveuglement, le mal du peuple élu (Is. 6. 9-10 ; Jr. 5, 23 ; Ez. 12, 20)

À retenir comme leçon de foi dans ce miracle : les oreilles qui s’ouvrent avant que la langue ne se délie. Paul écrivait : « Comment croire sans d’abord l’entendre? » (Rm. 10,14) Marc s’intéresse avant tout à la naissance de la foi dans le cœur par l’audition. On peut proclamer Jésus de bien des manières (6,14-16 ; 8,27-30) mais c’est au pied de la croix que la confession de foi chrétienne s’est faite vraiment une première fois par la voix du centurion romain. (15,39). Jusqu’à ce jour dramatique, les disciples n’y sont jamais parvenus, même s’ils en étaient tout proches. Leur parole était liée parce que leurs oreilles n’étaient pas totalement ouvertes. Une écoute attentive est requise, défaut courrant de l’initiation à la foi chrétienne. Autrefois, tous les gestes du baptême renouvelaient et signifiaient cette ouverture des oreilles et de la langue.

« Écoute, Israël ! » « Ah ! Si mon peuple voulait m’écouter ! »

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