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Lettre à Dieu

Imprimer Par Denis Gagnon

Cher Dieu,

Peut-être vas-tu me trouver bizarre. Depuis quelques temps, je me pose une question à ton sujet: regrettes-tu d’avoir créé le monde? Ou plus précisément, regrettes-tu d’avoir soufflé ton haleine de vie sur une poignée de terre et d’en avoir fait un être humain?

C’est inoffensif une poignée de terre! Un peu de matière élémentaire! La base de la planète! Neutre, pas dangereux du tout.

Ton souffle? De l’air frais! De l’oxygène! De l’énergie positive! De la vie, rien de moins que de la vie!

À la base de la hiérarchie, de la terre. À son sommet, ton souffle de vie. Entre les deux, le long escalier des êtres terrestres, les nombreux échelons qui vont du plus simple au plus complexe.

Du beau travail de ta part. Tu aurais fait cela dans le cadre d’un stage universitaire, on t’aurait donné A +, à moins que le ministère de l’éducation – avec ou sans consultation des parents! – ait préféré les chiffres au lieu des lettres. En ce cas, tu aurais reçu un beau 100%. Et cela, indépendamment de l’impression que tu aurais laissée sur le correcteur.

Mais voilà, le chef-d’oeuvre a maintenant du plomb dans l’aile. Le beau jardin harmonieux a été saccagé. J’ai pensé un moment que le vent s’était déchaîné, que l’orage avait mordu. Mais il y avait des traces de pas. Ça sentait l’être humain, ta poignée de terre dont tu étais si fier. «À peine le fis-tu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur». Le psaume 8 a beau l’encenser, les volutes ne cachent pas pour autant ces mesquineries et ces délinquances.

Tu étais sans doute dans ta période verte lorsque tu as entrepris ton chantier. Il y avait bien de la place pour les arbres dans ton projet, des feuillus et des conifères, des arbres à fleurs et des arbres à fruits. Ça poussait droit, ça poussait tordu. Chaque arbre se dessinait dans ton paysage.

As-tu pensé qu’en y introduisant l’être humain, tu prenais des risques, et même des gros risques. D’autant plus que tu lui as dit quelques temps après sa création: «Remplissez la terre, soumettez-la». «Soumettez-la!» Faut pas dire cela à un être humain. Il a tellement un penchant vers la soumission. Je veux dire «la soumission des autres»! Il aime tellement dominer.

Il s’est donc lancé, ton homme! Il a coupé ici. Il a transplanté là. Il a transformé non seulement le paysage mais même les arbres eux-mêmes. Il y a, dans la nature d’aujourd’hui, des plantes qui n’existaient pas, il y a quelques centaines d’années. Par des croisements de toute sorte, ton petit génie a «inventé», si on peut dire, de nouvelles espèces d’arbres, des producteurs de fleurs nouvelles et de fruits inédits.

Mais, et c’est là que tu peux avoir des regrets, l’être humain n’a pas toujours la main heureuse. Certains de ses plans ont versé dans le saccage plutôt que dans le perfectionnement. Des forêts ont été rasées pour faire de la place à des projets domiciliaires. Au nom du profit à tout prix, on a grugé des montagnes à belles dents de grosses machineries.

La planète respire difficilement depuis quelques années. Les yeux fermés, sans prendre trop de temps pour évaluer les effets, on a attaqué les poumons de la terre. Pensant s’enrichir à même le trésor que tu nous as offert, nous nous sommes appauvris dans les faits.

Alors, je reprends ma question: es-tu déçu, regrettes-tu de nous avoir confié ton jardin? Tel que je te connais, j’ai bien l’impression que tu vas me laisser trouver la réponse par moi-même. Et, comme d’habitude, tu vas nous laisser réparer les choses et faire nous-mêmes le miracle nécessaire pour reverdir la terre.

Merci de nous avoir donné un si beau cadeau. Merci aussi de nous respecter, de respecter notre liberté, même quand nous nous mettons les pieds dans les plats.

Avec toute mon amitié.

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