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Feu

Imprimer Par Denis Gagnon

L’histoire du christianisme est remplie de persécutions, depuis le martyre d’Étienne jusqu’à nos jours où des hommes et des femmes sont torturés et assassinés au nom de leur foi. Récemment, les journaux ont rapporté des persécutions en Indes et au Pakistan. Il n’y a pas si longtemps, en Algérie, le martyre des moines de Notre-Dame-de-l’Atlas, l’assassinat de l’évêque Pierre Claverie et de son chauffeur ont bouleversé l’Occident. Et tous ces martyrs de l’époque communiste et du temps des nazis: Dietrich Bonhoeffer, Maximilien Kolbe, Édith Stein. À travers les siècles, plusieurs croyants et croyantes ont vécu leur foi de façon dangereuse jusqu’à perdre la vie.

J’ai la chance de vivre dans un pays où les habitants ont le droit de professer leur foi en toute liberté. J’en rends grâce à Dieu. Mais cela ne veut pas dire pour autant que la Parole de Dieu aujourd’hui ne se présente plus pour moi comme un risque, un appel au combat extrême. Bien au contraire.

J’oserais dire que c’est elle, la Parole, qui me persécute, qui me bouscule. Elle vient bouleverser ma foi tranquille. «Je suis venu apporter un feu sur la terre», dit Jésus. Un feu qui brûle tout sur son passage. Un feu qui départage ce qui est solide et ce qui est fragile. Un feu qui purifie de tout l’accessoire, de tout l’inutile. Un feu qui ne laisse que l’essentiel.

Le Christ veut transmettre son feu. Il ravive ma foi en creusant davantage ma soif de Dieu et le désir qui m’habite. Les gens mariés savent que leur couple ne peut durer que si le désir grandit en eux. Il n’y a plus d’amour quand il n’y a plus de passion. Le long poème du Cantique des cantiques dans la Bible ne fait que célébrer le désir qu’une femme et un homme ont l’un de l’autre. Un désir si grand qu’il peut même devenir une souffrance.

Les religieux connaissent quelque chose de semblable. Ils ont prononcé des voeux pour s’assurer de garder vivant leur désir. Le voeu de pauvreté n’est pas d’abord une habitude d’économie pour éviter de mettre la caisse à sec. Le voeu de pauvreté consiste à vivre en deçà de ses besoins, ne pas satisfaire tous ses besoins pour garder le désir toujours vivant. Le voeu de chasteté n’est rien d’autre que l’offrande de son désir à Dieu. Dans son corps, dans son coeur et dans sa tête, vivre en attente, creuser la soif, attiser la flamme, ne jamais laisser s’éteindre le feu du Christ.

Chaque dimanche, me voilà au rassemblement avec mes frères et mes soeurs dans la foi. Autour de la table eucharistique comme autour du buisson ardent. Chaleur de la fraternité et de la confiance en Dieu, mais aussi brûlure du feu du Christ qui creuse en moi la soif d’un ailleurs. Un ailleurs au delà de ce monde, mais aussi un ailleurs au-delà de cet instant de célébration. L’Évangile ouvre en moi un espace pour tant d’autres hommes et tant d’autres femmes qui cherchent la lumière et la chaleur du feu que le Christ a voulu propager dans le monde. Ne me faut-il pas devenir incendiaire à mon tour? Après avoir quitté l’assemblée eucharistique, ne me faut-il pas la retrouver dans tous ces gens dont la vie est rompue sans que cette fraction ait véritablement un sens pour eux?

Denis Gagnon, o.p.

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