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Des signes sur la place publique

Imprimer Par Denis Gagnon

Les sikhs qui font partie de la Gendarmerie royale du Canada exigent le droit de porter le turban plutôt que le chapeau traditionnel de la Gendarmerie. On a acquiescé à leur demande. Un jeune sikh peut garder le kirpan à sa ceinture à l’école et dans tout endroit public, d’après la Cour suprême du Canada. Sur le Chemin de la Côte-des-Neiges, à Montréal, des musulmanes portent le voile islamique sans qu’elles ne soient ennuyées par les policiers ou les promeneurs. Des moines bouddhistes déambulent dans leur habit coloré sans susciter de réaction. Des jeunes juifs, au pas rapide, portent des phylactères qui ne dérangent nullement les promeneurs qu’ils croisent.

Par ailleurs, on a retiré les signes chrétiens des écoles et des locaux publics. Vous ne voyez plus de crucifix dans les salles de conseils municipaux. La commission des droits de la personne juge discriminatoire la prière que le maire de la Ville de Laval et ses conseillers prononcent au début de leurs réunions de conseil. Une citoyenne a même décidé de poursuivre la ville en cour à ce sujet.

Au nom de la séparation de l’Église et de l’État, on considère que la religion et l’expression de la foi ou des croyances relèvent du domaine privé. Elles ne peuvent pas s’exprimer sur la place publique. Du moins, les lieux officiels qui représentent l’ensemble de la population ne peuvent manifester une appartenance quelconque à une Église, quelle que soit l’importance ou l’influence de celle-ci. En viendra-t-on à interdire aux gens mariés de porter une alliance qui a été bénie lors de la célébration de leur mariage? Et même de leur refuser de s’embrasser en public puisque ce baiser a fait partie du rituel de leur sacrement de mariage?

N’y a-t-il pas derrière ces attitudes dures vis-à-vis le christianisme certaines frustrations qui rendent les gens de chez nous plus intolérants à son égard que nous pouvons l’être pour l’islam, le bouddhisme ou la religion sikhe? Les minorités, visibles ou invisibles, auraient-elles des droits que la majorité n’a pas?

Il est vrai que l’Église catholique romaine a été présente partout au Canada, particulièrement, dans les milieux francophones comme le Québec. Trop présente? Je ne le crois pas. Trop puissante dans sa présence? Effectivement. L’institution a joué à plein un rôle de suppléance au point de s’imposer et parfois de nuire au développement des autres institutions comme les gouvernements municipaux et provinciaux, comme les écoles et les centres d’enseignement universitaire, comme le monde de la santé.

Mais l’Église dans ses membres a rendu d’énormes services qu’on ne reconnaît pas suffisamment. Le Québec ne serait pas aussi développé sans l’appui que les curés de paroisse ont fourni à ceux qui ont mis en place les Caisses populaires Desjardins. Les syndicats doivent beaucoup au soutien que de nombreux membres du clergé leur ont apporté, ne serait-ce qu’en fondant eux-mêmes des organisations syndicales. Un évêque a même perdu son poste à la tête d’un diocèse pour avoir défendu les travailleurs d’Asbestos. L’univers de l’éducation et de l’instruction publique doit une fière chandelle aux religieux et religieuses qui ont donné leur vie à la cause de l’enseignement de la jeunesse.

L’Église s’est retirée. Ou, plutôt, elle a changé sa façon d’aider l’ensemble de la population. On retrouve des catholiques à servir discrètement des repas aux pauvres derrière les comptoirs des soupes populaires. On en rencontre d’autres qui arpentent les rues des centres-villes pour venir en aide à des malheureux sans abri. Ils sont des milliers à visiter des malades oubliés ou peu soutenus par leur famille. Ils aident des jeunes à faire leurs devoirs et à étudier leurs leçons après la classe. Ils soutiennent des oeuvres sociales de leurs deniers, de leur temps, de leurs talents et de leurs compétences.

Ces philanthropes chrétiens agissent par solidarité à l’égard de leurs compatriotes. Ils s’engagent aussi au nom de leur foi. L’Évangile leur a appris l’importance du verre d’eau offert, de la couverture partagée avec celui qui est nu, du temps passé auprès du prisonnier. Ils résument leur foi dans le grand commandement de la charité promu par le Christ. Parmi d’autres, ils rendent service sans imposer leur foi, ni même étaler leurs convictions religieuses. Ils se font aussi discrets que Dieu peut l’être. Ils ont compris une consigne du Christ: «Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards…» (Matthieu 6, 1)

Ces gestes de croyants et de croyantes sont devenus les signes religieux qu’ils expriment anonymement sur la place publique. Espérons que la Commission des droits de la personne ne les déclare pas discriminatoires.

Denis Gagnon, o.p.

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