Le psalmiste,

Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

« La joie d’être sauvé »

Imprimer Par Jean Duhaime

Un psaume à dire avec David

Dans la Bible, le titre que porte le Psaume 50 l’associe à la figure de David : « De David, quand Natân le prophète vint à lui parce qu’il était allé vers Bethsabée ». On considère habituellement ces versets comme une interprétation et non comme une indication sur l’origine du psaume, car il présente trop de parenté avec des idées propres à Jérémie et Ézéchiel, aux alentours de l’exil (v. 4.10-12, etc.) pour dater de l’époque de David. L’évocation de l’adultère de David, suivi de l’aveu de sa faute et de son repentir sincère (comparer 2 Samuel 12, 9.13 et Psaume 50, 6) est une invitation à imiter non pas le péché, mais le regard lucide du grand roi sur sa propre conduite et son attitude devant Dieu après la reconnaissance de sa situation.

Du pardon du péché à la régénération spirituelle

L’introduction de la première section est remarquablement construite. Trois expressions caractérisent Dieu : la pitié, l’amour (ou la fidélité) et la miséricorde. L’effacement de la faute s’exprime par trois verbes (effacer, laver, purifier), utilisés par les prophètes pour décrire la purification des fautes d’Israël (Isaïe 44, 22 ; Jérémie 2, 22 ; 4, 14 ; Ézéchiel 36, 25).

Les versets 5-8 opposent l’humain à Dieu. Tout péché est une rupture dans la relation à Dieu, peu importe contre qui il a été commis. Le malheur qui touche le psalmiste est le premier temps d’une intervention salutaire de Dieu, de la justice qu’on souhaite proclamer (v. 16). L’idée qu’on est conçu pécheur (v. 7) signifie que l’être humain est fortement incliné au mal toute sa vie durant (Genèse 6, 5 ; 8, 21). Le verset 8 est difficile ; la traduction retenue par la liturgie en propose une interprétation « intimiste ». Dieu, qui sonde les cœurs et les reins, y désire la vérité et y enseigne la sagesse (Psaume 15, 7).

Au verset 9, la demande de pardon fait allusion au rite de purification des lépreux (Lévitique 14, 2-9), mais vise une guérison intérieure (Isaïe 1, 12-18). Les « os broyés » (v. 10) peuvent l’avoir été par une maladie physique (Psaumes 6, 3 ; 37, 4.9) ou par la souffrance morale, comme au verset 19 (Psaume 43, 20 ; Ézéchiel 37, 1-14). Demander au Seigneur de détourner sa face des fautes (v. 11), c’est lui demander de ne plus en tenir compte (Psaume 89, 8).

Cette première partie du psaume insiste sur le fait que la justice de Dieu est sans reproche. Elle marque la première étape du retour en grâce demandé : la disparition du péché rétablit le fidèle dans un état de pureté et lui fait retrouver la joie. La deuxième partie va plus loin : elle situe le salut véritable dans une « recréation » et demande cette transformation en profondeur, rendue possible par le don de l’esprit. Au verset 15, le péché est encore présent. C’est celui des égarés à qui s’adressera la proclamation du salut vécu par le psalmiste. La rencontre de Dieu devient source de témoi­gnage et permet le retour d’autres pécheurs ; la communauté retisse ses liens. Au verset 16, l’affranchissement du sang peut être compris soit comme la délivrance d’une mort prématurée soit probablement comme la libération du poids de fautes passibles de mort.

Aux versets. 18-19, le psalmiste ne condamne pas le culte de façon absolue, mais rappelle que le repentir est plus important que les sacrifices offerts au temple. Le cœur contrit, c’est celui de l’humble converti.

PRIER LE PSAUME 50

Le Psaume 50 est un des sommets de la prière du psautier, par l’image de Dieu et de la personne humaine qu’il projette. Dieu y apparaît avant tout comme un Dieu de bonté et de tendresse qui reste fidèle à son projet d’amitié avec les humains en dépit de leur fragilité et de leur propension au mal. La Lettre aux Romains (3, 4) reprend les grandes lignes de cette théologie : pour Paul et la communauté chrétienne, la restauration demandée par le psalmiste est réalisée de façon définitive à travers l’œuvre salutaire de Dieu en Jésus Christ et par le don de l’Esprit (Éphésiens 2, 10.15 ; Colossiens 1, 15). La liturgie actuelle l’utilise dans ces divers sens, surtout le Mercredi des cendres, à la Veillée pascale et à l’Office du matin des vendredis.

Le Psaume 50 exerce un attrait irrésistible sur celles et ceux qui croient au Dieu de la Bible ; il est l’un de ceux que nous prions les plus spontanément. Même si le goût du péché paraît passé de mode, une réflexion même sommaire conduit vite à prendre conscience de notre solidarité avec l’injustice, la misère, le mal sous toutes ses formes, ne serait-ce que par notre indifférence à l’égard d’autrui. Le Psaume 50 nous rappelle que la première transformation à faire dans le monde est la nôtre, la transformation constante du plus intime de nous-mêmes et de nos propres communautés… Se reconnaître pécheur devant Dieu n’est pas s’humi­lier, se dégrader devant lui ; c’est porter un regard lucide sur notre impuissance et nos difficultés à réaliser seuls un monde plus juste, plus fraternel, un monde où l’humain serait vraiment à l’image du Dieu amour, du Dieu partage. Mais c’est aussi affirmer qu’en lui cela est désormais possible.

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