Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Sainte Famille. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Un sauveur nous est né

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ».

Commentaire :

« Marie ! Il faut que j’aille à Bethléem » annonce Joseph. Il venait d’effectuer quelques travaux chez le voisin. Joseph était charpentier de son métier (Mc.6,3). Marie le considéra tout étonnée, mais n’osa lui poser de questions. Un grand amour unissait l’un et l’autre, mais chacun savait respecter le mystère de l’autre. Ce jour-là, Marie ne comprenait rien, elle qui d’habitude devinait tellement bien son Joseph. Elle trouvait étrange que ce dernier l’abandonnât alors qu’elle était tout près d’enfanter. « L’empereur veut recenser tout son peuple », poursuivit Joseph, se lavant les mains et la figure. Joseph était un homme juste et la moindre prescription de la Loi trouvait en lui un fidèle observant. « Chacun doit aller se faire inscrire dans son village natal. Je devrais être revenu dans quelques jours. Je vais faire aussi aussi vite que je le puis.» « Il faut rendre à César ce qui appartient à César » avaient l’habitude de dire avec un brin de mépris les gens de la Palestine alors sous le joug de l’empereur romain. Fils de David, Joseph devait donc se rendre à la cité de David appelée Bethléem, au sud de Jérusalem. Un assez long voyage qu’il ferait à pied. Pauvre comme il était, il n’avait pas d’autres moyens. L’énoncé de Bethléem avait étonné Marie, car la « Cité de David », pour elle, c’était toujours Jérusalem (2 S. 5,7). Pourquoi Bethléem alors ? Il revint à l’esprit de Marie que le prophète Michée avait parlé de Bethléem comme « Ville de David » où devait naître le Messie (5,1).

Le Messie ! L’attente des Juifs était grande. L’étrangère de Samarie, un jour, avait avoué son espérance : « Je sais que le Messie doit venir, celui qu’on appelle le Christ. Quand il viendra, il nous expliquera tout » (Jn. 4,25) Cette espérance explique l’empressement avec laquelle les premiers disciples acceptèrent d’emblée de se séparer de celui qui jusque là avait été leur maître, Jean Baptiste, pour s’attacher à l’Inconnu : « Maître, où demeures-tu ? » De bouche à oreille la nouvelle avait gagné tous et chacun : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn. 1, 35-42) L’esprit de toutes les femmes de Palestine était comme hanté par cette mission nationale autant que religieuse : enfanter le Messie. Mais Marie, la plus humble d’entre elles, s’en jugeait bien indigne, et pourtant : « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils auquel tu donneras le nom de Jésus » avait annoncé l’ange Gabriel (Lc.1,31).

« Je vais avec toi ! » avait aussitôt repris la jeune femme. Malgré l’opposition tellement compréhensible de Joseph, Marie bien qu’enceinte de plusieurs mois, allait partir avec lui et prendre place dans la longue cohorte de voyageurs en route pour Jérusalem. Un cousin avait mis un ânon à leur disposition : « Ne te gêne pas, avait-il dit à Joseph, je ferai le voyage sur l’ânesse. Ce sera moins fatiguant pour la petite Marie ». Le voyage de Nazareth à Jérusalem dura bien quelques jours, le temps de se rafraîchir en chemin, de prendre une bouchée et de se reposer le soir venu. Arrivés à Jérusalem, Joseph et Marie laissèrent le groupe et poursuivirent leur route jusqu’à Bethléem, petit village au sud de Jérusalem. Le village était noir de monde, toutes les hôtelleries affichaient « complet ». Ils durent donc chercher un gîte de fortune. Un aimable paysan leur offrit son étable. En Orient, il n’est pas rare de voir les humains cohabiter avec les bêtes. À leur entrée, le boeuf continua son ruminement. Chacun s’installa du mieux qu’il put : Joseph fit un tas avec la paille pour permettre à Marie de se reposer.

« Pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où Marie enfanta : elle mit au monde un fils, son premier-né. » On devine l’émerveillement de Joseph portant dans ses bras le petit enfant que Marie avait bien emmailloté. Car la jeune mère avait prévu l’événement et caché sous la selle de l’ânon tout ce qu’il fallait. L’un et l’autre, serrés l’un contre l’autre avaient les yeux dans l’eau et ne savaient que dire. Après un long moment de tendresse pour l’enfant, ils le déposèrent « comme on repose le Saint Sacrement » dans la mangeoire dont le bœuf avait déjà partagé le foin avec l’ânon, son nouveau venu. Sous le regard attendri de Joseph et de Marie, les bêtes vinrent réchauffer de la chaleur de leur museau le petit nouveau-né.

Des témoins racontent que les bergers des environs furent enveloppés de lumière et une voix venue du ciel leur apprit l’heureuse naissance : « Bergers ! Ne craignez rien, je viens vous annoncer une Bonne Nouvelle, ce sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David, le Messie. Vous pourrez le trouver non loin d’ici ; un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Dans le ciel, une chorale angélique louaient Dieu en chantant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». On se serait cru dans une petite église de campagne, la nuit de Noël.

Ce récit de Luc vaut bien toutes les toiles du monde, même les plus célèbres. Aucun de « ces hommes à qui Yahvé avait donné l’habileté et l’intelligence pour qu’ils sachent faire.

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