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Quand l’enfant paraît

Imprimer Par Sophie Tremblay

Je suis la maman d’un petit garçon d’un an et demi. Sa naissance a profondément bouleversé notre vie de couple. Je savais bien que tous les nouveaux parents expérimentent ce bouleversement. Quelques couples d’amis nous avaient raconté leur expérience. Nous avions lu à ce sujet. Il reste que l’arrivée d’un enfant demeure un événement absolument unique, parce que chaque couple et chaque bébé sont uniques.

La présence d’un bébé monopolise tellement l’énergie des jeunes parents qu’ils en oublient parfois qu’ils sont aussi des amoureux. L’enfant et la satisfaction de ses besoins réclament toute leur attention. Leur relation conjugale passe au second plan, mise au service de leur rôle de parents. Ils passent plus de temps à regarder ensemble cet enfant qu’à se regarder l’un l’autre. La présence de l’enfant ajoute une dimension nouvelle à leur vie conjugale, au point qu’ils peuvent difficilement penser à leur couple sans penser en même temps à la vie nouvelle qui en est le fruit.

Parmi les défis spirituels qui se présentent aux couples lors de l’arrivée de l’enfant, il y en a deux qui retiennent davantage mon attention.

D’une part, l’arrivée de l’enfant pousse les conjoints à un dépassement encore inégalé dont il pourrait résulter une croissance dans l’amour évangélique. La fatigue et les émotions extrêmes apportées par la fin de la grossesse, l’accouchement et les premières semaines de vie du bébé mettent à l’épreuve leur patience l’un à l’égard de l’autre, leur confiance mutuelle, leur capacité de collaborer et aussi de se respecter avec leurs besoins et leurs limites. Leurs différences et leurs oppositions ressortiront dans le feu de l’action. Poussés dans leurs derniers retranchements, les conjoints ne pourront pas rester neutres. Soit la qualité d’amour qui les unit s’accroîtra encore, nourrie par des gestes de tendresse, d’encouragement et de patience posés généreusement dans ces conditions difficiles. Ils auront à devenir encore davantage donneurs de vie l’un pour l’autre, au moment d’accueillir cette nouvelle vie. Soit ils régresseront, peut-être temporairement, dans l’agressivité ou la solitude d’un appel à l’aide non entendu. La croissance spirituelle du couple se produit petit à petit, à travers ce va-et-vient entre les moments d’accueil et de régression. Dans cette progression non linéaire retentit un appel radical au dépassement dans l’amour, à l’image du Christ qui donne sa vie gratuitement pour ceux et celles qu’il aime.

D’autre part, il est dangereux que le couple mette trop longtemps aux oubliettes le face à face qui lui est propre. À force de regarder l’enfant, on risque d’en venir à ne plus se donner de temps pour s’émerveiller l’un de l’autre et partager des moments d’intimité exclusive. Tout cela est bien connu. Mais ce défi revêt bel et bien une dimension spirituelle. Dans la rencontre de mon conjoint, je fais aussi la rencontre de Dieu et j’accueille un visage de son amour que je ne pourrais pas découvrir ailleurs. Entre nous deux, l’Esprit Saint est présent et nous apprend à devenir plus, ensemble, à mesure que nous nous rapprochons vraiment l’un de l’autre. En outre, la relation conjugale permet de recevoir, alors qu’on donne davantage à sens unique dans la relation parent-enfant. Ma capacité de me laisser aimer par mon conjoint est aussi reliée à ma capacité à me laisser aimer par Dieu. Oublier trop longtemps le face à face conjugal correspondrait donc à fermer ma porte à une voie privilégiée par laquelle je peux rencontrer Dieu et me laisser toucher le cœur par sa présence.

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