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La grâce des commencements

Imprimer Par Denis Gagnon

De quoi parlerons-nous cette fois-ci dans notre billet hebdomadaire? De l’immense scandale des commandites qui se présente à tous les canadiens comme un théâtre de marionnettes vulgaires? Réfléchirons-nous sur la crise qui sévit à la Chambre des communes où les élus se chamaillent comme lurons en cage et perdent toute crédibilité? À moins de nous arrêter sur la situation précaire de nombreuses familles québécoises aux prises avec la pauvreté, comme nous la présente un rapport récent? Ou des prises de becs entre les enseignants et le ministre de l’éducation sur la réforme scolaire?

Faudra-t-il quitter la scène publique canadienne dans l’espérance de trouver mieux ailleurs? Pourrons-nous alors éviter l’Iraq où les attentats se multiplient au point où nous nous demandons parfois s’il restera assez de vivants pour former un pays? Rien de plus réjouissant, par ailleurs, dans les révélations des journaux concernant l’esclavage encore bien présent dans le monde malgré l’évolution des civilisations. Et le Darfour où la situation est d’autant plus tragique que le reste du monde n’est pas très empressé à secourir les déplacés.

Les journaux sont tristes. La télé à la chanson pleureuse. La radio n’est guère plus joyeuse. Sommes-nous vraiment arrivés au printemps? La nature n’offre que des merveilles, du moins un peu partout pendant que les terriens baissent la tête. La chaleur de la saison nouvelle peut-elle chasser les ombres et les nuages qui s’infiltrent dans nos histoires? N’aurions-nous pas besoin d’une bonne excursion en forêt? Juste pour écouter, pour regarder, pour sentir. Laisser simplement la nature nous parler sereinement. Les arbres pourraient parler de leur retour à la vie après un hiver de dépouillement. Les fleurs pourraient se laisser admirer en nous suggérant d’en faire autant avec ceux que nous côtoyons tous les jours. Dans mon rêve, je vois un faon nous renvoyer à l’innocence et l’insouciance de l’enfance. Il y a deux jours une paruline a atterri à mes pieds, scrutant mon humble personne sans trop s’énerver comme si elle se sentait en confiance devant l’immense monument qui se trouvait devant elle. Je me sentais bien loin des méfiances de nos députés et ministres.

En temps de guerre ou de conflit, pouvons-nous garder la sérénité tout en regardant les choses avec le plus de réalisme possible? La confiance et l’ouverture à l’autre, aux autres, peuvent-elles devenir de l’imprudence quand s’affrontent des ennemis? Le feu brûle, c’est certain. Nous n’avons pas besoin du témoignage des pompiers pour l’admettre. Mais le feu réchauffe aussi, il éclaire. Nos ancêtres ont découvert dans le feu une richesse extraordinaire. Se peut-il que nous vivions en même temps les extrêmes et que la vie soit un immense paradoxe? Se peut-il que nous soyons contraints de marier ensemble les contraires? Se peut-il que chaque saison comprenne un peu d’hiver et autant de printemps?

En ces heures difficiles un peu partout sur la planète, je crois que nous ne devons pas perdre de vue l’autre côté de la médaille. Il y a toujours le soleil derrière les nuages. Dans chaque personne, il y a suffisamment d’étoiles pour habiller le firmament. Il ne faut qu’une étincelle pour enflammer une forêt. Un peu de confiance peut mener à des rapprochements. Un peu de bonne volonté peut réveiller l’imagination et favoriser de nouveaux départs.

Quelque temps avant de mourir, l’ethnologue Abel Pasquier écrivait: «Ce que j’aime dans le désert, c’est le contraste entre la mort et la vie, l’étendue de sable et le nid de verdure, la chaleur qui brûle et la source qui désaltère, le soleil qui éblouit et l’ombre qui rafraîchit. Le désert est un lieu de solitude qui apaise et guérit, un refuge où l’on entre en retraite pour amorcer un nouveau départ. Plus qu’un seuil, un espace de transition, il est une demeure où l’on entre en intimité avec soi, au plus profond de l’être où Dieu vous convie à une rencontre inédite.» (PASQUIER, Abel, Mourir pour vivre?, Paris, Éditions de l’Atelier, 2001, p. 153)

Peut-être nous faudrait-il, comme Abel Pasquier, nous inventer un désert pour retrouver la grâce des commencements. Peut-être retrouver le courage de bâtir du neuf à travers les paysages ingrats que nous traversons.

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