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Louange du Dieu sauveur de son peuple (Psaume 149)

Imprimer Par Hervé Tremblay

Le psaume 149 est en même temps facile et difficile… À première vue il semble clair, mais si on creuse en profondeur, les questions se multiplient parce que s’entremêlent les louanges divines et des motifs guerriers et vengeurs.

1- Genre littéraire.

Le Ps 149 est un hymne ou un psaume de louange. L’invitatoire occupe les v.1-3 et 5-6. Le motif de louange, introduit par le « car », se concentre au v.4 : dans une perspective bien générale, il est question du salut qui orne le peuple d’Israël. Les v.7-9 qui expriment l’espérance d’un asservissement des populations ennemies.

2- Datation.

Deux théories majeures ont été proposées, soit l’époque perse qui a suivi le retour de l’exil à Babylone, soit l’époque de la guerre maccabéenne, lors de la crise de l’hellénisation forcée. En effet, on a dit des bâtisseurs du second temple qu’ils travaillaient avec une main et qu’avec l’autre ils tenaient une arme (Né 4,11-12) et des Maccabées qu’ils combattaient de leurs bras et priaient Dieu dans leur cœur (2 M 15,27). Le Ps 149 serait alors un écho des événements décrit dans Né 3-4 vers 520-500 avant Jésus Christ, ou de l’époque des Maccabées, c’est-à-dire vers 160 avant Jésus Christ (1 M 4,30-33 ; 7,46-49). De plus, la triple mention du terme « hassidim » (v.1.5.9), habituellement traduit par « fidèles », paraît être une allusion au groupe politique des « Assidéens » (1 M 2,42; 7,13 ; 2 M 14,6).

3- Milieu d’origine.

Les trois premiers versets supposent que l’hymne était chanté au cours d’une fête liturgique joyeuse qui célébrait la royauté de Dieu. On pense à un festival comportant de la danse qui pouvait avoir un caractère guerrier. Mais d’autres ont affirmé que le psaume était purement liturgique, composé pour exalter rituellement les triomphes de Dieu dans le monde en une fête de l’intronisation de Dieu.

4- Structure.

On aurait une structure concentrique à quatre rapports avec pointe émergente : A B C D / E / D’ C’ B’ A’. Encadré par un double « alléluia », le centre du psaume au v.4 est formé du seul motif de louange et c’est là que se trouverait l’idée principale. Le psalmiste invite les fidèles d’Israël à célébrer (A-A’, v.1a et 9c), témoins de la splendeur du Dieu libérateur (B-B’, v.1bc et 9ab), avec la musique instrumentale et les acclamations (D-D’, v.3 et 5-6). Il y a enfin une antithèse entre Dieu, le grand roi qui délivre, et les chefs politiques ennemis, rois déchus que Dieu livre aux fers et aux chaînes (C-C’, v.2 et 7-8).

5- Commentaire.

v.1 L’expression « chant nouveau » figure également au Ps 33,3 ; 40,4 ; 96,1 ; 98,1 ; 144,9. La situation nouvelle exige un chant nouveau pour des hommes nouveaux. Il ne s’agit donc pas tant d’une nouveauté chronologique que d’une nouveauté qualitative. Cela signifie que l’intervention de Dieu célébrée par le chant constitue un acte nouveau vu comme l’irruption divine dans l’histoire du salut.

v.2 Israël loue « celui qui l’a fait » (Ps 100,3 ; Is 51,13), et les fils de Sion « leur roi » à savoir Dieu (Ps 5,3 ; 44,5 ; 96-100 ; 145,1).

v.3 La célébration d’une telle faveur doit utiliser toutes les ressources chorégraphiques et musicales en usage dans les grandes fêtes liturgiques (Ex 15,20 ; Jg 11,34 ; 2 S 6,5.14 ; Jr 31,4 ; Ps 30,12 ; 68,26 ; 81,3 ; 150,3-5).

v.4 « Le Seigneur aime son peuple » puisqu’il a fait d’Israël son peuple choisi (Ex 6,6-7 ; Lv 26,11-12 ; Dt 7,6-7). Cet amour de Dieu pour son peuple et son assistance dans le passé, celle surtout qui se concrétise dans la restauration après le dur exil à Babylone, peut encore valoir aux fils d’Israël un nouveau triomphe. Ils sont sur le point de se voir parés d’une gloire de victoire totale, de la gloire du salut (Is 55,5 ; 60,7.9.13 ; 61,10). Les humbles sont les pauvres de Dieu fidèles et soumis à sa volonté (Is 60,14 ; 62,4-5). Délivrés une fois pour toute du joug ennemi (Is 45,17 ; 46,13), ils apparaissent désormais comme membres d’une nation glorifiée, princesse et dominatrice des peuples (Is 55,4-5).

v.5-6 Le chant des fidèles se transforme en acclamation belliqueuse. Il s’agirait de la guerre sainte à mener dans l’enthousiasme d’une foi assurée contre les ennemis communs de la nation et de Dieu. Dieu se sert parfois d’Israël comme d’un instrument de châtiment contre les païens à cause de leurs crimes (Dt 9,5 ; Is 41,14-16). L’attitude d’Israël envers les nations reste tributaire de la conception qu’on se fait depuis les temps anciens du rôle guerrier et vengeur incombant aux chefs du peuple élu (Ps 2 ; 110).

v.5b Littéralement « sur leur lit ». Il s’agit d’une expression difficile à comprendre et les interprétations sont nombreuses. Peut-être signifie-t-elle depuis la place où ils se prosternent, d’où la traduction « depuis leur place ». À moins qu’il ne faille comprendre que leur louange ne cesse pas, même de nuit. La chambre à coucher semble être le lieu où s’expriment le mieux divers sentiments personnels (Ps 4,5 ; 6,7 ; 63,7 ; Os 7,14 ; Mt 6,6).

v.6 Littéralement « dans leur gorge », d’où « à pleine gorge ». Le « glaive à deux tranchants » (Jg 3,16 ; Hé 4,12 ; Ap 1,16) est peut-être un symbole du combat eschatologique.

v.7 « Tirer vengeance des nations ». À l’époque du psaume, il n’y a plus de roi pour exercer le jugement au nom de Dieu, et c’est la première fois dans le psautier que cette fonction est attribuée au peuple de Dieu (Za 9,13-16 ; Is 61,2 ; 63,4). Il y a plusieurs oracles prophétiques annonçant la vengeance qu’Israël et son Dieu tireront de leurs ennemis (Dt 32,41-43 ; Is 41,15-16 ; Éz 38-39 ; Jl 4,12-16 ; Mi 4,13 ; Za 14).

v.9 « Appliquer la sentence écrite ». Les jugements divins qu’exécutent les fidèles sont déjà écrits par Dieu, soit dans le livre de vie (Ps 139,16), soit dans les oracles contre les nations consignés dans les livres prophétiques dont nous venons de parler.

6- Christianisation du psaume. La « guerre sainte » du Ps 149 n’est que la figure de la vraie guerre sainte que les chrétiens mènent dans le monde, non pas avec l’épée à deux tranchants, mais avec des armes spirituelles (cf. Ép 6,14-17 ; 1 Th 5,8). Si le Christ a pu dire : « J’ai vaincu le monde » (Jn 16,33 ; aussi 1 Jn 5,4-5), c’est qu’il a lutté, non pas avec le glaive mais avec la croix. Jésus a radicalement changé le sens littéral du Ps 149 par l’ordre qu’il a donné à Pierre en Mt 26,52 de rentrer son épée et dans son enseignement du sermon sur la montagne sur la force de la non-violence (cf. Mt 5,3-12.21-26.38-48). C’est pourquoi la tradition a paraphrasé le v.4 en « il exaltera les doux en Jésus », doux et humble de cœur (Mt 11,29), roi humble (Mt 21,5). À l’arrière-plan des combats historiques et terrestres qu’évoque le psaume, se profile le dernier combat eschatologique, la lutte finale et définitive que les puissances du bien mèneront contre les forces du mal (Ap 1,16 ; 2,26 ; 19,15 ; 20,1-2.14-15). Les fidèles de Dieu auront un rôle à y jouer : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? » (1 Co 6,2 ; aussi Mt 19,28 ; Ap 5,9-10).

7- Usage dans la liturgie chrétienne. À la messe, le Ps 149 n’est chanté qu’en semaine, en réponse à 1 Jn 5,14-21, soit le 7 janvier avant l’Épiphanie, soit le samedi après l’Épiphanie ; au temps pascal, le lundi de la 6e semaine, en réponse à Ac 16,11-15. À la liturgie des heures, c’est le troisième psaume des laudes du dimanche I, qui sert aussi de psaumes festifs pour toutes les fêtes et solennités qui tombent en semaine.

Hervé Tremblay, o.p.

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