Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Larguez les voiles !

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Commentaire :

Dans la suite de l’évangile sur le comportement chrétien fait de douceur et d’humilité, l’évangile des Béatitudes, Matthieu avait conclu son premier enseignement sur un paradoxe : « Bienheureux les persécutés pour la justice et pour le Christ ! » Vouloir appartenir au Christ signifie donc accepter de souffrir opprobres et persécutions. L’évangéliste se devait alors d’attiser la flamme de la fidélité dans le cœur de son auditoire. Aussi ajoute-il ces mots susceptibles de célébrer leur incomparable dignité et de leur rappeler leur incontournable mission : « Vous êtes sel de la terre, vous êtes lumière du monde. » Vous devez donc agir en conséquence, « toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande de rendre compte de l’espérance qui est en vous, » écrira l’apôtre Pierre (1 Pi. 3 :15)

SEL DE LA TERRE

Les significations symboliques du sel sont nombreuses. Il importe donc de privilégier l’une ou l’autre. On utilisait le sel à cause de sa capacité de conserver les aliments, la saumure, disait-on. Le sel avait aussi une vertu stérilisante et pouvait devenir ainsi symbole de l’esprit de sacrifice des disciples du Christ. Le sel était également utilisé comme engrais chez lez anciens. Nous retrouverions là le sens donné par Luc : « Il n’est plus bon ni pour la terre ni pour le fumier. » (14 :35). Nos mères enfin ranimaient le feu dans le vieux poêle en fonte avec quelques poignées de gros sel jeté sur les tisons, et la flamme crépitait aussitôt.

« Si le sel perd de sa saveur avec quoi le salera-t-on ? » Retenons que l’affadissement du sel est chimiquement impossible. En Palestine, il arrivait qu’on le jette parce que devenu impropre à son usage catalyseur dans le four, ou que le chlorure de sodium mélangé à tant d’autres corps avait perdu son goût salé. « Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et piétiné. » On l’utilisait alors comme dalles pour les chemins.

Quel que soit le sens donné à cette sentence proverbiale, il reste que Matthieu, à la suite de Jésus, voulait exhorter ses disciples à témoigner constamment et visiblement de leurs valeurs religieuses et de la plénitude de leur engagement chrétien. Ainsi ranimeraient-ils la foi du monde et protégeraient-ils cette foi contre tout affadissement. Le disciple doit sans cesse par son agir et ses paroles questionner le monde au milieu duquel il vit pour l’amener à croire au Christ.

LUMIERE DU MONDE

Au début cachée et tenue sous le sceau du secret, « Jésus leur défendit de ne dire à personne ce dont ils avaient été témoins », la révélation messianique devait être communiquée au grand jour. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière se lever, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. » (Is. 9 :1-2) L’apôtre Paul, sujet de la Loi, se croyait lui-même porteur de lumière (Rm.2 :19). L’évêque Cyrille d’Alexandrie (380-444) rappellera à ses ouailles : « Ce n’est pas vous qui vivez, mais elle vit en vous la lumière du Christ, capable d’éclairer par sa parole le monde entier.»

Deux images parallèles viennent illustrer l’affirmation : la ville haut placée ne peut échapper aux regards, et on ne cache pas la lumière sous le boisseau, sorte de petit meuble ou baquet en forme de tronc conique dont le fond était porté par trois ou quatre pieds. Les disciples ne doivent pas empêcher la révélation divine d’atteindre leur entourage ; ils doivent en conséquence se comporter comme une cité visible au loin, comme la lampe placée sur le lampadaire, lumière pour les habitants dans la maison. « … Que votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient ce que vous faites de bien. » (16) Il ne s’agit pas d’être vu des hommes, il faut au contraire éviter toute ostentation ; l’important est d’être fidèle, laissant à Dieu toute gloire. C’est en ce sens que l’apôtre Paul écrivait aux Thessaloniciens (1 : 4 : 9-12) : « Mettant votre honneur à vivre dans le calme, à vous occuper chacun de vos affaires, à travailler de vos mains, comme nous vous l’avons ordonné. Ainsi vous mènerez une vie honorable au regard de ceux qui sont dehors et vous n’aurez besoin de personne.»

Pareils propos lancés dans l’aube pascale, étaient bien susceptibles d’affermir les premiers chrétiens dans leur foi, assiégés souvent par le doute, mais stimulés par la grâce de l’Esprit et la parole de l’évangéliste. Ils pouvaient se retrouver ainsi toute voile gonflée sur la mer toujours agitée.

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