Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

2e Dimanche de l’Avent. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Qui donc est cet homme ?

Alors parut Jean le baptiste. Il parcourait le désert de Judée, proclamant ces mots : Changez ! Le règne des Cieux est proche. De Jean, le prophète Isaïe avait dit : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, redressez ses sentiers ! Pour tout vêtement, Jean portait une peau de chameau et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Jérusalem venait à lui et toute la Judée et les contrées bordant le Jourdain. Chacun reconnaissait ses égarements, puis était plongé par lui dans le fleuve, le Jourdain. Pami la foule venue pour ces immersions se trouvaient bon nombre de pharisiens et de sadducéens. Jean les invectiva : Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui gronde ? Vous voulez changer ? Montrez-le ! Finies les illusions ! Ne dites pas : Abraham est notre père. Je vous le dis, si Dieu veut donner des enfants à Abraham, il n’a besoin que de ces pierres. La hache attend au pied de l’arbre. L’arbre sans bons fruits sera abattu et brûlé. Moi, je vous plonge dans l’eau pour que vous changiez de vie ; mais celui qui vient après moi est encore plus puissant, je n’ose même pas mettre les pieds dans ses sandales ! Lui vous plongera dans le Souffle saint et dans le feu. Il s’avance, un crible à la main, pour faire place nette. Le blé, il l’engrange avec soin ; mais la paille est jetée dans un feu qui ne s’éteint pas.

Commentaire :

Quel est cet homme, demandait le roi Hérode ? Jean, je l’ai fait moi-même décapiter, se disait-il, mais quel est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? (Luc 9 : 9) Telle pourrait et devrait être notre réflexion en ce deuxième dimanche de l’Avent : qui est cet homme d’autrefois pour nous apprendre quelque chose en ce troisième millénaire ?

Jean Baptiste, grande figure de l’Avent, hier, aujourd’hui et demain, l’homme d’une bonne nouvelle, hier, aujourd’hui et demain. A man for all season! comme on identifiait Thomas Moore. Le message de cet évangile peut quelque peu nous dérouter, mais, une fois compris, il apparaît d’une brûlante actualité. Le secret n’est pas d’actualiser le message dans la perspective d’un lendemain imprévisible, la fin des temps, mais de la fin d’un temps : celui d’aujourd’hui.

HIER

Hier, Jean, l’essénien, fils de Élisabeth et de Zacharie au sujet duquel tous demandaient au lendemain de sa naissance : Que sera donc cet enfant? (Lc.1 : 66) Quelle furent ses relations avec Jésus, à la suite de quelle expérience mystique a-t-il pu deviner en lui l’Agneau de Dieu et mesurer sa grandeur : Il vient après moi celui qui est plus fort que moi et dont je ne suis pas digne de délier les lanières de ses sandales. (Lc. 3 : 16) Jean, écrit Luc (3 :3-4), vint dans la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion, en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre d’Isaïe : Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droit ses sentiers ; tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux redressés, les chemins rocailleux aplanis et tous verront le salut de Dieu. (Is. 40 : 3-5) Matthieu décrit Jean Baptiste comme témoin d’une grande austérité : Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. (Mt.3 : 4) Cependant, on venait à lui de toute part pour se faire baptiser en confessant ses péchés. S’adressant aux pharisiens, les séparés, et aux sadducéens, caste sacerdotale, Jean leur criait : Engeance de vipères, qui vous a enseigné le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc du fruit qui témoigne de votre conversion. Changez, criait-il convertissez-vous, la colère gronde, la cognée est à la racine de l’arbre, et l’arbre qui ne porte pas de bons fruits sera abattu. Jésus lui-même reprendra à son compte les thèmes du Baptiste (Mt.23 : 33)

Le discours de Jean Baptiste, adressé à tous (Lc.3 : 10-14), mais davantage à la classe dirigeante juive, est dominé par l’idée de l’imminence du jugement. Il n’est pas uniquement un encouragement au repentir, une exhortation susceptible de produire la conversion, mais un discours sur le jugement que viendra couronner le jugement du Christ.

AUJOURD ‘ HUI

Aujourd’hui, et aux premiers temps de l’église, l’idée de jugement semble être devenue, avec Matthieu, l’enseignement donné aux disciples de Jésus et membres de la hiérarchie : tous doivent s’attendre à un jugement rigoureux si leur vie n’a pas porté les fruits attendus : 7 : 21-23; 21 : 43; 22 : 11-14; 25 : 24-30 et 31-45. Mais la menace du Baptiste prend avec la première génération chrétienne une valeur générale. Elle vise, surtout chez Matthieu, ceux et celles qui se disent chrétiens par le baptême, mais ne le sont pas dans la pratique, dans leur vie quotidienne. Cette prédication vaut toujours pour l’Église actuelle, elle demeure parole vivante pour la communauté que nous formons, même si, à cause d’un certain laisser-aller habituelle, elle peut nous paraître anachronique.

Deux idées se détachent clairement de la prédication du Baptiste : la nécessaire conversion et l’incertitude du salut, textes on ne peut plus valables pour l’Avent. Nul ne peut désormais se targuer de privilèges spéciaux d’exemption, comme les Juifs qui se prévalaient d’une certaine immunité en en raison de leur filiation avec Abraham. Si le salut semble assuré au début de la vie chrétienne par l’enseignement et le Baptême, (28 : 18) il n’est pas à tout jamais assuré. Vaincu par le sang du Christ, le péché n’est pas définitivement vaincu en nous. L’appartenance actuelle à l’Église ne garantit pas encore l’entrée dans le Royaume de Dieu. En chaque baptisé, l’ivraie pousse toujours au milieu de bon grain. Et la conversion s’avère chaque jour nécessaire, elle ne sera authentique que si elle produit de bons fruits. L’arbre sans fruit est le fait d’une foi qui ne passe pas dans la vie, dans le quotidien ; le vrai fruit consiste dans les œuvres de charité. La conversion presse, le jugement est imminent.

Quel est donc l’homme qui oserait tenir pareil discours aujourd’hui : Jean d’hier et Jésus d’aujourd’hui à travers la catéchèse de Matthieu. (ch.23)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Parole et vie

Les autres chroniques du mois