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Le psalmiste

Pour être l’hôte de Dieu (Psaume 15)

Imprimer Par Christian Eeckhout, o.p.

Quoi faire pour entrer dans le projet de Dieu sur nous ? Comment avancer dans la vie spirituelle ? Parvenir à approcher Dieu… et réussir à vivre en Sa compagnie.

Le psaume commenté ci-après nous offre un bon résumé des moyens pour cela, il nous permet de méditer sur le comportement idéal, qui plaît au Dieu d’Israël. Et d’être, à la suite de Jésus vivant, en présence du Père.

Le poème religieux
1 Psaume. De David.
Yahvé, qui logera sous ta tente,
habitera ta sainte montagne ?

2 Celui qui marche en parfait,
celui qui pratique la justice
et dit la vérité de son cœur,
3 sans laisser courir sa langue;

qui ne lèse en rien son frère
ne jette pas d’insulte à son prochain,
4 méprise du regard le réprouvé,
mais honore les craignants de Yahvé;

qui jure à ses dépens sans se dédire,
5 ne prête pas son argent à intérêt,
n’accepte rien pour nuire à l’innocent.

Qui fait ainsi jamais ne chancellera.
(trad. © La Bible de Jérusalem)

Entrer en dialogue par une supplication

Pour aller de l’avant, le priant réfléchit sur le but de sa marche : la proximité de Dieu.
Par une question ou par une supplication, il cherche à percevoir la sagesse du Dieu d’Israël et l’attitude idéale pour être admis auprès de Lui. Le psalmiste exprime cela par « entrer sous sa tente », comme un intime peut entrer dans la maison, comme un israélite se rendre à la tente de la rencontre où Dieu habite. Habiter « ta sainte montagne », c’est, pour un pèlerin, accéder au Temple, l’espace sacré de la Présence divine. Voilà le but et le désir.

Par cette entrée en dialogue, ce chant s’adresse à Dieu, et il en attend une réponse.
Dieu est appelé « YHVH », qui est le nom divin le plus respecté. C’est également le nom le plus fréquent dans l’Ancien Testament et dans les psaumes (695 fois). Il s’agit bien ici du Dieu personnel qui a pris l’initiative de se révéler à Moïse : « Je suis qui je suis » au présent comme au futur ! (Ex 3,14). C’est le Dieu attentif à son peuple, qui agit pour lui rendre sa liberté de culte spirituel. Moïse a pu lui parler et a reçu les dix paroles qui font loi pour son peuple.

Recevoir une réponse de sagesse

Ce dialogue amorcé engendre alors chez le priant une découverte tout à fait originale. Il n’a pas à faire des sacrifices compliqués ou coûteux, non, mais il reçoit comme réponse une réflexion qui se déroule en une proposition de pratiques humaines très concrètes : une spiritualité toute altruiste. Et voici onze comportements qui apparaissent comme une transfusion de qualités utiles ou comme un petit traité des grandes vertus. Une proposition de sagesse pour lui-même et pour son prochain, qui est toujours d’actualité.

Dans ces onze préceptes, le psalmiste évoque les trois niveaux de l’intériorité, de la communication parlée et de la conduite à l’égard d’autrui. Quatre préceptes sont d’abord orientés vers le priant lui-même et puis quatre vers les autres, qu’ils soient « le frère, le prochain, l’éloigné de Dieu, ou au contraire les craignants Dieu ». Ensuite il y aura encore un précepte personnel et deux derniers vis-à-vis du désargenté ou de l’innocent. Pour les juifs, le Talmud note que ces onze préceptes sont le résumé des 613 commandements de la Torah.

Le langage est tout simple et les termes sont bien concrets :
faire le bien soi-même, être un ouvrier de justice
être vrai, cohérent entre ce que je dis et ce que je pense, garder la rectitude de mes intentions
accorder mon comportement à mes paroles
s’abstenir du mal, refuser tout geste nuisible à quelqu’un
ne pas tromper, refuser de dénigrer les autres
ne pas insulter, ni calomnier ou médire
renoncer aux faux plaisirs attirants
respecter les croyants, encourager les personnes en recherche de Dieu
rester fidèle à ma promesse, même si elle devient difficile
prêter, faire œuvre de miséricorde (Si 29,1), mais pas en prenant de l’intérêt auprès des autres israélites (Ex 22,24)
refuser les « pots-de-vin » et la corruption dans l’exercice de la justice, dans le témoignage contre un innocent.

Ces actions, ce sont les vertus qui mettent en valeur le respect de la parole donnée et la fiabilité de la personne qui s’engage résolument à pratiquer le bien vis-à-vis des autres.

Confiance finale

Le poème religieux de dialogue entre le croyant et Dieu s’achève bien par une confiance positive. Voici ce que Dieu m’a fait comprendre, dit le psalmiste : que le juste et l’intègre qui respecte les croyants pourra s’avancer devant Dieu, être son hôte. La récompense viendra : c’est l’accès à Dieu, même si le chemin est dur, l’équilibre souvent instable.

Et pour nous maintenant ?

L’appel évangélique de Jésus à la miséricorde et à la bienfaisance va dans ce sens. Dans le même esprit que le psalmiste, Jésus dira : « Faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour » (Lc 6,35). Et allant jusqu’au bout de son élan, Jésus ose nous proposer le sommet de l’amour parfait : « Aimez vos ennemis, …Votre récompense alors sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut » (Lc 6,35).

À celui ou celle qui met en pratique ses paroles, Jésus redit la finale de confiance de notre psaume : « Il est comparable à un homme qui a…posé les fondations sur le roc » (Lc 6,48) et dont la maison, bien bâtie, ne sera pas ébranlée par le torrent.

Jésus ajoute : « Vous donc vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). En vivant de la loi idéale : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, … ; et ton prochain comme toi-même » (Lc 10,27). Oui : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent ! » (Lc 11,28). Nous avons là un idéal de sainteté, mais c’est assurément un chemin de bonheur pour vivre en juste, pour être tout proche de Dieu, pour être capable d’accueillir ce que nous offre Jésus le Christ envoyé par notre Père.

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