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Abolir Dieu ?

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Ces jours derniers, un quotidien montréalais publiait un long article d’un philosophe américain, Sam Harris. Le titre de l’article: «Abolir Dieu?». Le courrier des lecteurs qui a suivi n’a pas manqué de réactions dans tous les sens. Plusieurs ont transformé le point d’interrogation en point d’exclamation. Pour eux, il faut abolir Dieu!

Si Dieu était une idée, un concept, il serait possible de l’abolir. Nous pourrions mettre une autre idée à la place, changer tout simplement de concept. Si Dieu était une invention humaine, nous pourrions très bien l’abandonner pour faire appel à quelque chose d’autre, plus rentable, plus utile. Ceux qui font appel à la raison pour expliquer Dieu, même pour le définir, rencontrent rapidement des obstacles. Dieu ne se prouve pas. Dieu ne s’enferme pas dans un raisonnement. Les gens qui veulent toucher pour «croire» sont vite déçus et concluent que Dieu ne peut exister.

Dieu, je ne le place pas du côté des certitudes et des vérités immuables. Je ne le vois pas du côté des déclarations fracassantes et des énoncés absolus, quoi qu’en pensent certains exaltés qui font appel à Dieu pour justifier leur violence ou leur terrorisme.

Dieu est du côté du doute. Je doute que cet univers soit né tout seul. Il est trop bien ordonné pour s’inventer lui-même et le hasard ne met rien en ordre. Je doute que le mystère de ma vie s’enferme dans 80 ou 90 ans! Je perçois la soif qui m’habite comme un appel à aller plus loin, à attendre davantage, à chercher. Je doute que l’amour s’emprisonne dans une planète: ne peut-il pas déboucher sur plus grand qu’il ne paraît? Je pense; vous pensez; nous pensons tous. Nous sommes capables d’aller au-delà de nous-mêmes par la pensée. Ne peut-il pas alors exister quelque chose qui nous dépasse et que nous n’avons pas encore rencontré? Bref, le mystère humain et le mystère du cosmos ne sont-ils pas un indice de la possibilité d’un Autre?

Je doute, donc je crois. Je n’affirme pas de façon catégorique. Je ne témoigne pas comme si je possédais la vérité. La vérité, la sacro-sainte vérité, je la cherche. Si elle existe, elle est en avant, sur la route de ma quête spirituelle. La foi est un voyage, voyage au centre de soi-même, voyage au coeur de l’univers, voyage au plus intime de l’existence. J’avance. Parfois j’ai l’impression d’avoir trouvé. Parfois, je m’imagine toucher la réalité que je cherche. Mais, chaque fois, je suis relancé en avant. La vérité m’échappe. Dieu m’échappe.

Mais alors, pourquoi poursuivre ma route vers «l’inaccessible étoile» (Jacques Brel)? Pourquoi ne pas rentrer tout simplement à la maison, accrocher mon baluchon et ronronner avec le chat d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, sans question, sans aspiration, sans désir? Oui, pourquoi? Parce que… Tout simplement parce que… comme répondent les enfants quand on leur demande pourquoi ils aiment maman. Je n’ai pas de raison lumineuse. Je n’en veux pas. Je marche avec le désir de rencontrer. Je marche avec le secret espoir de le trouver au bout de la route. Un être bien vivant et non un concept abstrait. Je marche quand il fait soleil. Je marche aussi quand la nuit est épaisse et que la raison cherche à m’ébranler.

Je ne veux pas rencontrer un Dieu utile, genre produit de consommation. Je n’ai que faire d’un objet qui viendrait combler un vide ou remplacer une absence. Je veux rencontrer Dieu gratuitement, pour rien. Je veux rencontrer Dieu qui ne s’explique pas et que personne n’arrivera à enfermer dans une définition.

J’admets qu’on utilise la religion pour encadrer des révoltes et pour faire la guerre. Des assoiffés du pouvoir et des amateurs de dictature se croient les envoyés de Dieu. Des peureux ou des angoissés prennent un verre de religion comme d’autres avalent une aspirine. La religion peut être utilisée pour tout justifier ou comme remède à tous les problèmes. Je suis persuadé qu’on se trompe. On fait une erreur magistrale en réduisant ainsi l’expérience spirituelle.

Depuis plus de deux mille ans, le christianisme répète que Dieu est amour. Et que l’amour est une réalité qui ne s’évalue pas. Au contraire, elle se situe au-delà de la valeur. Elle n’a rien à voir avec la rentabilité ou la productivité. L’amour est pure gratuité.

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