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Responsable de la chronique : Jacques Sylvestre, o.p.
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Yolande Boinnard. Le temps perdu

Imprimer Par Sophie Tremblay

BoinnardLe temps perdu de Yolande Boinnard, théologienne suisse et formatrice d’adultes, est un ouvrage nourri de la Bible, de la littérature juive et des sciences humaines (psychanalyse, sociologie, philosophie). La réflexion de l’auteure s’ancre au départ dans une prise de conscience fondamentale concernant la place du travail dans nos vies. Nos sociétés occidentales valorisent plus que tout le travail, la production, les activités économiques. Le rythme de vie devient frénétique, voire épuisant.

Les dimensions positives du travail, soit la créativité et l’accomplissement personnel, s’atténuent et parfois disparaissent complètement lorsque les activités professionnelles, productives et performantes en viennent à prendre toute la place. Lorsque l’identité et la valeur d’une personne ne se définit que par le faire, il devient de plus en plus difficile d’être, de ressentir le simple fait d’exister, de se retrouver soi-même et de vivre des relations non utilitaires avec les autres. Il en résulte un vide lancinant et une perte de sens qu’il est plus facile de se camoufler que de regarder en face.

Yolande Boinnard propose un antidote riche de tradition à l’envahissement par le travail : la pratique du Shabbat. Elle prend appui sur les textes bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament pour approfondir le sens de cette pratique. On y découvre que Jésus dénonçait le légalisme de ses contemporains, non pour abolir le Shabbat mais pour en retrouver l’inspiration première. Il s’agit de s’arrêter dans la gratuité pour recevoir la vie comme un cadeau de Dieu à contempler, pour goûter à la liberté profonde de lâcher prise par rapport à toute forme de souci. L’auteure puise largement dans le Talmud et d’autres écrits de la littérature juive pour renouer avec la spiritualité du Shabbat, qu’on a méconnue et négligée dans l’histoire du christianisme.

Le livre propose des pistes souples pour intégrer pratiquement la spiritualité du Shabbat dans nos vies trépidantes. Rien de technique ou de contraignant : c’est avant tout un esprit à cultiver ainsi qu’une volonté de se réserver du temps pour s’arrêter, dans la solitude et avec ses proches. Enfin, dans le dernier chapitre, la tradition du Shabbat est mise en confrontation avec le néolibéralisme économique ambiant afin de dégager de possibles voies collectives de changement. Voilà un ouvrage à privilégier dans ses lectures d’été, pour y découvrir un nouveau sens à donner à ses vacances et pour se préparer à changer ses habitudes de vie, une fois retourné au travail.

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