Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

6e Dimanche de Pâques. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Devine qui s’annonce?

Judas – ne pas confondre avec Judas Iscariote – lui dit : « Seigneur, comment se peut-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Ma parole n’est pas mienne, c’est la parole de celui qui m’a envoyé. Je vous ai dit ces choses alors que je demeurais avec vous. Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. Vous avez entendu, je vous l’ai dit : Je m’en vais et je reviendrai vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce je vais au Père parce que le Père est plus grand que moi. Ainsi je vous l’ai dit avant que cela n’arrive, pour qu’à l’heure où cela arrivera vous croyez. »

Commentaire :

Avant tout, voyons la mise en situation de ce passage. Le chapitre 14e de l’évangile selon saint Jean présente davantage la pensée, l’esprit et la foi de l’Église primitive que le « Discours d’adieu » dont il fait partie. D’ailleurs les chapitres 15e et 16e ont du être introduits par la suite dans le discours après la Cène. Quant au chapitre 17e, on peut le situer avant la mort de Jésus aussi bien qu’après sa résurrection. Il est comparable au Prologue de l’évangile qui exprime en sa totalité le sens de la venue de Jésus en ce monde. L’évangile de ce dimanche, un passage du chapitre 14e, la conclusion pourrait-on dire, rappelle les venues divines promises aux croyants et les adieux de Jésus.

Tout débute avec la question de Jude : « Comment se fait-il … ? » Les Juifs et non moins les apôtres rêvaient d’une venue triomphale du Messie, théophanie éblouissante, manifestation perceptible aux sens (Is. ch. 55 +). La réponse de Jésus semble ignorer la question. De fait, posée par Jude, l’interrogation lui donne l’occasion d’introduire avant tout dans sa révélation une présence divine autre que celle manifestée durant sa vie terrestre, et en outre la venue de l’Esprit, le Paraclet, le défenseur. Mais une condition, une certaine conduite est préalable à cette venue divine et cet accueil de Dieu : recevoir la Parole dans la foi et y répondre dans l’amour. Rien de bien nouveau à cette exigence ; le prophète Osée en avait déjà exprimé la teneur : « Je te fiancerai à moi pour toujours, dans la justice et le droit, la tendresse et l’amour, je te fiancerai dans la fidélité et tu connaîtras Yahvé. » (Os. 2 : 21-22). Ainsi que l’annonce Jésus, l’Esprit viendra et rappellera tous les enseignements et particulièrement celui qui dévoile une incomparable intimité du fidèle avec le Père. Il ne s’agit plus ici de l’amour de Jésus pour les siens, mais de l’amour du Père qui avec le Fils vont faire du fidèle leur demeure et leur Temple (4 : 21-24). Cette venue sera nettement supérieure aux visites de Dieu à son Peuple, comme à Abraham au chêne de Mambré (Gn. 18 : 1-15) et aux Prophètes médiateurs d’une venue triomphale, visites qui ne laissaient que peu d’intimité entre le Père et les siens. Jésus, lui, promet une communion personnelle avec Dieu en sa vie trinitaire. Cela dépasse tous les rêves passés. Mais cette venue demeurera inaccessible à qui refusera d’aimer le Fils et ne gardera pas ses paroles. Par ce rejet, il ne peut dès lors connaître le Père, source de la Parole. Jésus ne se manifestera qu’aux croyants.

S’achève le temps de la présence visible de Jésus sur terre ; viendra un temps nouveau où Jésus ne sera présent que par sa Parole, gardée et portée par l’Esprit mémoire de la Parole de Dieu. Durant sa vie terrestre, Jésus avait prononcé « les paroles d’un Dieu qui lui donne l’Esprit sans mesure » (Jn. 3 : 34). Ces paroles sont « Esprit et Vie » (Jn. 6 : 63). Si l’Esprit rappelle les Paroles prononcées par Jésus durant sa vie terrestre, ce n’est pas simple mémorisation, mais saisie en profondeur (Jn. 2 : 22 ; 12 : 16). Jésus met ici en relief son enseignement propre et aussi l’enseignement du Paraclet, d’un autre ordre que le sien. Deux étapes sont donc ici soulignées, deux grandes périodes de la révélation : la première constituée par l’enseignement de Jésus, la seconde par celui de l’Esprit, même s’il faut retenir que la révélation apportée par Jésus demeure totale et définitive : « Il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». Il ne s’agit point ici de nouvelles révélations dues à l’Esprit ainsi que le crurent les Montanistes au début de l’Église ou le courant spiritualiste de Joachim de Flore au Moyen-âge. L’Esprit ne conduit pas au-delà du Christ, le Paraclet n’apporte pas un nouvel évangile : le rôle de l’Esprit demeure subordonné à la révélation apportée par le Christ. L’Esprit enseignera en parfaite continuité avec la révélation du Fils et il rappellera tout ce qu’a dit Jésus. A combien de reprises n’est-il pas question en saint Jean du fait que les disciples se souvinrent de telle ou telle parole ou action du Maître, mais ils n’en saisirent le vrai sens qu’après la Résurrection. L’Esprit fait comprendre de l’intérieur la geste de Jésus; le message cesse donc de demeurer extérieur, l’Esprit l’intériorise en chacun.

Le passage se termine avec les adieux de Jésus, qu’ouvre la salutation traditionnelle dans le monde orientale : « Shalôm ! La paix soit avec vous !» Il ne s’agit pas ici d’une banale salutation mondaine, mais du don le plus précieux de Messie (Is. 9 : 5-6 ; 11 : 1-11), la paix chantée par les anges dans la nuit de Bethléem et le premier mot du Ressuscité (Jn. 20 : 19,21,26) Mais, cette salutation n’est pas de nature à rassurer les disciples envahis par la détresse due à l’imminence du départ de Jésus. Ils le sentent bien ; alors que vont-ils devenir ? Pour les arracher à l’égoïsme de leurs craintes personnelles, Jésus fait appel à l’amour. L’épreuve du départ sera pour Jésus un moyen de rassurer la foi des siens. S’il doit subir la Passion, c’est qu’il ne la subit pas, mais la vit en maître et vainqueur (13 : 19)

Promesse de joie pascale, visites annoncées, telle est la teneur de ce « Discours d’adieu », l’heure de la reconnaissance du mystère et de la prière efficace de Jésus. Telle sera la révélation de l’absence mais non moins de la présence de Jésus aux siens. Sa présence ne sera pas seulement assurée par quelques apparitions pascales réservée à quelques témoins, mais elle est sans cesse et partout offerte à la foi de celui qui le cherche. Disparu à nos yeux, échappant aux limites de l’espace et du temps, Jésus sera présent à tout jamais à la manière de Dieu (Mt. 28 : 20)

Après les célébrations et apparitions pascales et le départ de Jésus, une autre visite s’annonce. « Devine qui vient …».

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