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Le psalmiste

Dieu, viens à mon aide (Psaume 70)

Imprimer Par Michel Gourgues, o.p.

2. O Dieu, vite, à mon aide;
Seigneur, au secours!

3. Honte et déshonneur sur ceux-là
qui cherchent mon âme!
Arrière! honnis soient-ils,
ceux que flatte mon malheur;
4. qu’ils reculent couverts de honte,
ceux qui disent: c’est bien fait!

5. Joie en toi, réjouissance
à tous ceux qui te cherchent;
qu’ils redisent toujours: Dieu est grand!
ceux qui aiment ton salut!

6. Et moi, pauvre et malheureux,
mon Dieu, viens vite!
Toi, mon secours et mon sauveur,
Seigneur, ne tarde pas!

(Traduction R. Tournay – R. Schwab, avec le concours de J. Gélineau,
Le Psautier de la Bible de Jérusalem)

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ieu, viens à mon aide » : ainsi débute ce psaume, auquel la prière communautaire a emprunté son invocation d’ouverture. Celle-ci se prolonge aussitôt en une autre qui la reprend en d’autres mots et qui, dans nos offices, constitue le répons de l’assemblée : « Seigneur, à notre secours ».

En réalité, le second cri, tout comme le premier, est à entendre à la première personne : « Seigneur, à mon secours! ». Ce psaume – qui a son jumeau identique au psaume 40,14-18 – se présente d’un bout à l’autre comme un appel au secours lancé à Dieu par un croyant individuel. Une sorte de 911, dirions-nous (ce numéro est celui qu’au Canada une personne en détresse doit composer), en forme de prière. Exprimé dès le début, le sentiment d’urgence l’est de nouveau à la fin, où retentit le même appel à Dieu. Au « vite, à mon aide » du premier verset, répondent comme en écho dans le dernier « mon Dieu, viens vite » et « Seigneur, ne tarde pas ».

Et qu’est-ce donc qui justifie une imploration aussi pressante? Impossible de le savoir exactement. Par deux fois, au v. 3 puis de nouveau au v. 6, le priant évoque son « malheur », mais sans bien préciser en quoi celui-ci consiste. On sait seulement que ce malheur, pour une part au moins, vient des autres. Certains en effet menacent sa vie (v. 3), tandis que d’autres – à moins qu’ils ne soient les mêmes -, au lieu de le soutenir dans cette épreuve, s’en réjouissent méchamment : « ils se plaisent à mon malheur » (v. 3), «ils disent : c’est bien fait » (v. 4), quelque chose comme « ha! ha! » en hébreu.

Quoi faire dans ces conditions? Ce malheureux se sait du moins solidaire de tous ceux qui, comme lui, croient en Dieu. Et à ce moment difficile de son itinéraire, c’est à eux qu’il pense, à ces chercheurs de Dieu animés de confiance en lui, et à qui il ne peut que souhaiter joie et allégresse (v. 5). Face au malheur qui le frappe, ce croyant se sent pauvre (v. 6), c’est-à-dire démuni sans doute et incapable de s’en sortir par lui-même. D’où son cri d’urgence, qu’il joindra à celui de tous les autres qui attendent de Dieu leur salut..

« Ton salut », « mon sauveur » : dans ce psaume, ces termes n’ont rien d’abstrait. « Salut » est ici l’équivalent de « aide » et « secours »; il est à comprendre au sens bien concret et réaliste d’une délivrance de l’épreuve, des menaces et de l’insécurité, de l’incompréhension et des sarcasmes.

Une vie en danger, des gens qui se gaussent, un pauvre qui, au plus creux de l’épreuve, s’en remet à Dieu dans la confiance. Cette expérience du psalmiste, comment des oreilles chrétiennes pourraient-elles en entendre l’évocation sans y associer la croix de Jésus et certaines harmoniques du récit de la passion? « Les passants l’injuriaient, en hochant la tête… »; « Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient… »; « Pareillement, les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : ‘…Il a compté sur Dieu : que Dieu le délivre maintenant s’il s’intéresse à lui! » (Mt 27,34-44).

Une différence cependant, et de taille. « Qu’ils reculent, couverts de honte, ceux qui disent : ‘C’est bien fait’ », ne pouvait s’empêcher de souhaiter le malheureux du psaume (v. 4). Le terme hébreu rendu ici par « honte » paraît bien désigner de façon voilée la mort des opposants. Ainsi, en même temps qu’il implore pour lui-même le salut, le priant du psaume paraît demander la disparition de ceux qui veulent le faire disparaître. Par contraste, dans le récit de la passion, une imploration tout autre, située par Luc juste avant la scène des outrages et des railleries : « Et Jésus disait : ‘Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

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