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L’éducation , un art incomparable

Imprimer Par Saint Jean Chrysostome

Diacre d’Antioche sous l’épiscopat de Flavien, durant cinq ans (381-386), revêtu de l’aube blanche et paré de l’étole sur l’épaule gauche, Jean ne fit pas que diriger les prières de l’assemblée comme la responsabilité lui en était dévolue, mais occupait son temps à écrire sur des sujets d’apologétique, de vie chrétienne. Deux livres Sur la Componction tentent de redonner à tout chrétien le sens de l’Évangile. Son traité De la Virginité ne condamne pas le mariage mais le décrit comme chose bonne mais inférieure en dignité à la virginité. Il écrira par la suite un petit ouvrage à une jeune veuve pour lui faire comprendre, après ses jours de peine, que le veuvage est un état plus digne de respect et d’honneur que de pitié. Enfin six livres Sur le sacerdoce et particulièrement un traité Sur l’Éducation des Enfants enluminent cette période de service diaconal dont il sut occuper profitablement tous les instants, même s’il ne prêchait pas. L’extrait qui suit est tiré de l’Éducation des enfants et apporte aux parents une sévère mise en garde.

Le Seigneur disait : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux. Je suis venu pour les sauver. Votre Père, qui est aux cieux, veut qu’aucun de ces petits ne se perde ». Il disait cela pour accroître le zèle de ceux qui sont chargés de ces enfants.

Voix-tu de quelle muraille protectrice Jésus a entouré les enfants, quelle est son ardeur contre ceux qui les méprisent et les perdent ? Il menace de supplices effroyables ceux qui leur sont une occasion de chute ; il promet de grands biens à ceux qui les soignent et s’en occupent, et il appuie cela par son propre exemple et celui de son Père. Nous-mêmes, imitons-le en ne refusant aucun des labeurs apparemment modestes et pénibles au service de nos frères. Au contraire, lorsqu’il s’agit de servir, si petit, si commun que soit l’intéressé, si pénible que soit le travail, faudrait-il passer des montagnes et des précipices, on doit tout supporter pour le salut d’un frère. Dieu a un si grand souci de l’âme qu’il n’a pas refusé son Fils unique. Aussi, je vous en conjure, dès que nous sortons de chez nous le matin, ayons pour unique but, pour principal souci de sauver un frère en danger.
Certes, rien n’est aussi précieux que l’âme : Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il y perd son âme? Mais l’amour de l’argent a tout perverti et abaissé, il a ébranlé la crainte de Dieu, en occupant les âmes comme un tyran occupe sa citadelle. C’est pour cela que nous négligeons le salut de nos enfants. Nous n’avons plus qu’un souci : comment, après avoir augmenté nos richesses, les laisser à d’autres, et ceux-ci à d’autres encore après eux, si bien que nous ne devenons pas possesseurs, mais transmetteurs, pour ainsi dire, de notre argent et de nos propriétés. C’est là grande folie, et qui met les enfants d’hommes libres au-dessous des esclaves. Car nous corrigeons les esclaves non dans leur intérêt, mais dans le nôtre ; tandis que nos enfants ne jouissent même pas de cette prévoyance : nous avons pour eux plus de négligence que pour nos esclaves.

Mais pourquoi parler des esclaves ? Nos enfants sont plus négligés que notre bétail, nous nous occupons davantage des ânes et des chevaux que de nos fils. Si on a un mulet, on se fait grand souci de lui trouver un très bon muletier, qui ne soit ni brutal, ni voleur, ni buveur, ni ignorant son métier. Mais s’il nous faut confier notre enfant à un pédagogue, nous prenons au hasard le premier venu, alors qu’il n’y a pas de métier au-dessus de celui-là.

Qu’y a-t-il de comparable à l’art de former une âme, de modeler un jeune esprit ? Celui qui exerce un tel savoir doit être plus habile que n’importe quel peintre ou n’importe quel statuaire. Mais nous n’en tenons aucun compte, et tout ce que nous recherchons, c’est qu’il enseigne à bien parler. Et si nous nous en préoccupons, c’est encore en vue du profit. On n’apprend pas la langue afin de pouvoir bien parler mais afin de gagner de l’argent. Si l’on pouvait s’enrichir sans cela, nous n’aurions aucun souci de le faire apprendre à nos enfants.

Tu vois la tyrannie des richesses ? Comme elle s’empare de tout, comme elle entraîne les hommes où elle veut, ainsi que l’on conduit des bêtes entravées ? Mais quel avantage retirons-nous d’une conduite aussi blâmable ? En paroles nous rejetons cette tyrannie, mais en fait elle nous domine. Cependant, nous ne cesserons pas de vous détourner d’elle par nos discours. Si nous y réussissons, ce sera pour notre avantage et pour le vôtre. Et si vous demeurez dans ces dispositions, nous aurons accompli notre devoir.

Que Dieu nous délivre de cette maladie; quant à nous, qu’il nous accorde d’être fier de vous. Parce que c’est à lui qu’appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.

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