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Patristique

Un monde de tricheur

Imprimer Par Saint Cyprien de Carthage

Cyprien de Carthage a-t-il tellement marqué les débuts du christianisme ? Tout ce que nous savons de lui c’est qu’il était un vieil homme du 3e siècle, et qu’il termina sa vie en beauté par un martyre demeuré célèbre. Au prononcé de la sentence, l’évêque ne sut que rétorquer :« Deo gratias ! » comme s’il terminait l’Eucharistie par sa communion au corps et au sang du Christ livré pour nous. C’était le 14 septembre 258. Élu évêque en 249, Cyprien connut un monde déchiré par la persécution, les schismes et impitoyables dans ses mœurs dont il trace un tableau sans équivoque. Il serait normal de croire que pareille condition de vie lui inspira la qualité de sa présence et de son témoignage chrétien auprès des siens. Si nous avions un tel regard sur notre environnement, le zèle pour la Maison de Dieu ne nous habiterait-il pas surtout à l’approche des fêtes de la Nativité ?

Figure-toi un instant transporté au sommet d’une montagne et de là inspectant ce qui se passe en bas. Libre toi-même de toute attache terrestre, regarde en promenant ça et là tes yeux, tourbillonner et s’écouter le monde : du coup tu le jugeras pitoyable. Ta joie sera grande d’en être sorti. Un coup d’œil sur toi et voilà en ton cœur plus de reconnaissance pour Dieu.

Regarde : voici des routes que bloquent des voleurs et des mers bloquées par de pirates. Voici l’horreur sinistre des camps et des guerres partout répandu. Chacun, dans le monde, se baigne dans le sang de l’autre. L’homicide – un crime au regard des particuliers – est une vertu, s’il est commis au nom de l’état. La grandeur des sévices assure à des crimes une impunité que l’innocence ne confère pas.

Écoute maintenant et regarde les villes. On y trouve une foule plus triste que l’isolement. C’est un combat de gladiateurs qu’on prépare… Si tu pouvais, de ton observatoire, glisser tes yeux dans les maisons, ouvrir les portes des pièces, mettre au jour ce qui reste caché. Tu verrais des gens sans pudeur faire ce qu’on ne peut voir d’un œil pur. Tu verrais ce qu’il est coupable de regarder. Tu verrais ce que des perdus de vice nient avoir fait et se hâtent de faire…

Qui surgira là-dedans porteur de vérité ? L’avocat ? Il manque à son devoir. Le juge ? Il vend sa sentence. Celui qui siège en pourfendeur du crime fait un bout de chemin avec le crime, et pour qu’un innocent périsse, le juge cesse d’être innocent. Partout des flagrants délits et l’action d’un virus pervers sur des esprits vicieux amenant mille méfaits. L’un fabrique un testament, L’autre commet un faux. Ici, des enfants écartés d’un héritage, là des étrangers se voient attribuer des biens.

Pas de crainte des lois, pas d’émoi à l’instruction non plus qu’à l’audience : on n’a pas peur de ce qu’on peut acheter ! Le crime, c’est d’être innocent au milieu de coupables. On blesse les malfaiteurs en ne les imitant pas. Droits et délits font bon ménage. Et voici qu’une chose est licite du moment qu’elle est faite au grand jour ! Où est la pudeur, où est l’intégrité lorsque fait défaut la condamnation des coupables et qu’abondent les coupables à condamner ? (Lettre à Donat)

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