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Imprimer Par Paul-André Giguère

Le 21 de ce mois marque pour certains d’entre nous le début de l’été et coïncide avec le jour le plus long de l’année. Pour d’autres, c’est exactement l’inverse : on y expérimente la nuit la plus longue et c’est le début de l’hiver. Pour d’autres encore, il ne se passe absolument rien de particulier.

Et dans six mois, en inversant tout, ce sera exactement la même chose.

Tout comme l’implacable alternance des marées hautes et des marées basses, la succession des saisons peut servir de parabole aux étapes de la vie spirituelle. Il y a des hommes et des femmes dont la recherche spirituelle est marquée par une relative constance. Pour eux, pour elles, la vie intérieure ressemble à une ligne continue, sans rupture, comparable à un sillon bien droit patiemment creusé dans le champ de leur existence.

Pour la plupart, cependant, la réalité est toute autre. À des périodes de grande intensité dans la recherche ou dans la découverte succède, quelques années plus tard, le plus grand des dépouillements. Le chemin des uns est comparable à une interminable traversée du désert marquée de quelques points d’eau et de rares oasis. Celui des autres ressemble plutôt à un jardin d’une grande fécondité affecté de temps en temps de chutes de grêle brèves mais violentes et dévastatrices.

Ces hauts et ces bas constituent pour plusieurs une invitation à chercher un lieu intérieur qui serait à l’abri de ces variations. Une sorte de centre, de pivot, de gond, autour duquel tout peut tourner mais qui serait fixe, stable, inébranlable. Jésus parlait, par exemple, de l’engagement à sa suite (« entendre ses paroles et les mettre en pratique ») comme d’un roc sur lequel une maison peut être construite et qui la rend inébranlable au cœur des ouragans avec leur pluie, leurs vents et leurs torrents (Matthieu 7 24-25). Paul parlait de la certitude de l’amour de Dieu, que ne peuvent atteindre « ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir… » (Lettre aux Romains 8 38-39). D’autres traditions spirituelles mises de l’avant par cette grande nébuleuse qu’on appelle Nouvel Âge suggèrent des moyens divers d’avoir accès au fond de son être, à sa source, à son centre.

La recherche spirituelle serait donc largement mue par l’aspiration à une expérience de l’absolu au cœur de l’expérience quotidienne du relatif. Par un désir de ce qui dure au cœur de l’expérience quotidienne de ce qui passe. Par une quête de continuité au cœur de l’expérience quotidienne de la ligne brisée. Par un désir d’unité au cœur de l’expérience quotidienne de la fragmentation.

Beaucoup de ceux et celles qui nous ont précédés témoignent de s’être établis en ce lieu intérieur. Ce sont souvent nos maîtres spirituels. Un site comme cherche, dans plusieurs de ses chroniques, à rendre leur témoignage accessible. Il nous est bon, nécessaire, même, de revenir régulièrement nous exposer à leurs paroles et d’emprunter, lorsqu’ils nous conviennent, les chemins qui les ont conduits à la sagesse.

Comment ne pas être impressionné par les confidences de qui est ainsi enraciné. Lisons, par exemple, ce témoignage de Paul dans sa deuxième lettre aux chrétiens de Corinthe : proche de la pensée stoïcienne, il révèle que notre désir profond n’est ni irréalisable, ni inaccessible.

« Nous qui portons ce trésor spirituel, nous sommes comme des vases d’argile, pour que l’on voie bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et non à nous. Nous sommes accablés de toutes sortes de souffrances, mais non écrasés; nous sommes inquiets, mais non désespérés; on nous persécute, mais Dieu ne nous abandonne pas; nous sommes jetés à terre, mais non détruits » (4 7-9).

Dans la plupart des régions du monde, Noël polarise toute l’activité de décembre. La fête célèbre, selon les chrétiens, manifestation de l’Absolu dans la contingence. Elle propose une personne et une parole aptes à centrer et unifier nos vies. C’est une bonne raison de souhaiter à ceux et celles qui l’accueillent un Joyeux Noël !

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