Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

1er Dimanche de l’Avent. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Réveillez-vous!

Dans le soleil, dans la lune et les étoiles, il y aura des signes. Sur la terre, le vacarme et l’agitation de la mer tiendront les nations dans l’angoisse et l’épouvante. La crainte des catastrophes s’abattant sur le monde habité coupera le souffle aux hommes, car les puissances des cieux seront convoquées. Alors on verra dans une nuée venir le Fils de l’homme, puissant et splendide. Et quand cela commencera, dressez-vous et levez la tête, car votre délivrance approche… Que ce jour ne vous surprenne pas : dans ce but, gardez-vous d’encombrer vos cœurs d’ivresse, d’ivrognerie et des tracas de la vie. Comme un filet, il tombera sur tous ceux qui se tiennent sur la surface de la terre. Tenez-vous en éveil, priez constamment ; trouvez ainsi la force d’échapper à toutes ces choses imminentes et d’affronter le Fils de l’homme.

Commentaire :

Avec l’année C, conformément à la réforme liturgique préconisée par le concile Vatican II, nous entreprenons la lecture de l’évangile selon saint Luc. Un mot de l’auteur : Luc est un historien consciencieux. Il suffit de relire son introduction : « Vu le grand nombre d’auteurs de ce récit et des événements qui nous concerne, après m’être soigneusement informé auprès d’une génération de témoins oculaires et serviteurs de la Parole de tous ces événements à partir des origines, j’ai décidé pour toi, excellent Théophile, d’écrire … » comment les événements du salut se sont « accomplis ». Le travail de Luc sera donc le fruit d’investigations complètes et sérieuses, l’évangéliste sera soucieux de reprendre avec un esprit critique toutes les traditions depuis le début. Son objectif premier : tenter d’amener Théophile et sans doute aussi sa communauté à une conviction personnelle à propos du sens des événements. Nous aurons donc la grâce de lire au cours de cette année une œuvre critique de tout ce qui avait été enseigné ou dit jusqu’aux jours de l’évangéliste Luc.

Et nous débutons cette lecture avec le temps liturgique de l’Avent. Est-il encore possible de concilier l’espérance chrétienne que tente de renouveler cette période liturgique avec celle de l’humanité. L’avenir temporel de cet univers peut-il demeurer étranger à l’espérance chrétienne, ne pas en faire partie ? Un chrétien peut-il attendre de cette terre et pour cette terre la réalisation de son espérance. L’apôtre Pierre écrivait : « Béni soit Dieu ! Dans sa grande miséricorde, il nous a régénérés, par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux … » (1 P. 1 : 3-4). L’Avent fournit à tous les croyants l’occasion de repenser leur espérance à la lumière d’un futur dont les coordonnés lui échappent. Le progrès humain est d’une lenteur, mais il existe et est de nature à dissiper le désespoir de l’homme. La foi cependant lui enseigne que l’homme ne construit pas seulement le monde présent, mais plus encore le monde à venir, ce « dessein bienveillant de Dieu ». Tout ce que nous faisons, c’est en vue de ce monde qui prend son essor dans le temps présent. Pour le chrétien, le travail de la terre consiste à transformer le milieu et ses conditions de vie, l’humanité entière, avec le souffle de la Résurrection qui « transfigurera nos pauvres corps mortels en corps de gloire».

Plus étonnant encore dans cette lecture de l’évangile selon saint Luc est que nous commencions ce temps de l’Avent avec l’annonce de la fin du monde. N’est-ce pas le terme vers lequel se déroule notre histoire et lui en donne tout son sens. Dans ce passage d’un discours de Jésus sur la fin des temps, nous retenons trois choses : l’avènement du Fils de l’homme ( 21 : 25-27), la certitude de sa venue (21 : 28-33) et la vigilance nécessaire (21 : 34-36). Passage difficile s’il en est un, tant par son sujet que le procédé utilisé. Les disciples, en bons juifs qu’ils sont, s’inquiètent de la fin des temps, sujet maintes fois traités dans les livres prophétiques ( Ez. 40-48 ; Is. 34-35 ; 24-27; Za. 9-14 etc.). À l’encontre de Matthieu et de Marc qui détaillent les faits du cataclysme cosmique par une série d’épisodes complexes, Luc s’arrête aux réactions humaines à l’approche de la fin ; pour lui, le drame de la fin des temps est avant tout un drame humain. L’évangéliste écarte toutes les images apocalyptiques qui lui semblent accessoires, pour centrer toute son attention sur la puissance et la gloire de Jésus, le vainqueur.

L’avènement final du Seigneur présenté (25-28), l’évangéliste insiste sur l’attente et la préparation (34-36). C’est un appel à l’espérance (28) et à une permanente vigilance ( 34-36). Tout redoutables que soient les signes annonciateurs de la fin, les fidèles de Jésus n’ont rien à craindre, les événements témoignent au contraire de la victoire du Maître. Ces bouleversements permettent de reconnaître l’approche du règne de Dieu et l’annonce de la délivrance. Mais cette venue sera soudaine et imprévisible. Il importe donc de veiller, d’être prêts en fuyant tout ce qui pourrait aller à l’encontre de cette grâce de délivrance, toute forme d’esclavage. En somme, l’essentiel est de demeurer à la tâche que le Maître a confiée à chacun (12 : 35-48) et de prier sans se décourager. Préparé par la fidélité et la prière, rien à craindre !

L’attente de l’avènement du Sauveur sera lente, obscure et douloureuse ; mais déjà beaucoup a été fait : Jésus nous a apporté la Bonne nouvelle et introduit en Église. A nous maintenant de faire notre choix : pour ou contre Jésus (Lc. 2 : 34-35) . L’option fondamentale faite, reste à chacun de demeurer fidèle malgré les temps difficiles et les zones d’incrédulité.

Le temps qui passe et l’attente interminable risquent d’endormir même les plus vigilants. Voilà pourquoi Luc comme un écho à son maître Paul ( Rom. 13 : 11) tente de tirer du sommeil les croyants des temps modernes que nous sommes tous.

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