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Lettre à une mère trop vite emportée par les vents d’un printemps qui rageaient comme en automne

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Chère maman,

Tu viens de nous quitter. Tu es partie discrètement, presque sans faire de bruit. À peine une toux que tu ne parvenais par à contrôler, une toux bizarre qui a attiré l’attention de Madeleine.

Tu es partie comme tu as vécu, sans tambour ni trompette. Tu ne te tenais jamais aux premiers rangs. Et pourtant, tu occupais une place très importante dans la vie des tiens comme tu te laissais envahir toi-même par tes proches. L’amour agit toujours ainsi: il ne s’impose pas tout en étant séduisant. Il prend de la place en la laissant toute aux autres.

De toi, je voudrais garder l’image de la «femme vaillante», selon l’expression biblique du livre des Proverbes. Une femme besogneuse, qui a toujours un travail en marche sur le comptoir de la cuisine, dans le jardin ou dans la cour de la maison familiale. Tu avais un grand respect pour la nature. Rien n’était perdu pour toi, Tout était recyclable. Tes longues journées étaient toujours bien remplies. Encore mercredi, tu étais à l’oeuvre à planifier ton jardin, jusque tard en soirée. Non seulement tu travaillais correctement, mais aussi tu te montrais créatrice dans tes activités. Tu inventais. Tu faisais du bel ouvrage. En témoigne aujourd’hui ce couvre-lit, ces tapis, ces couvertures que tu as patiemment tissés au cours des longues soirées d’hiver.

Tu n’étais pas du genre à faire des discours, mais toute ta vie parlait, et parlait avec éloquence de la vie familiale, des relations humaines, de la nature, de la vie en société. De l’amour et de l’amitié surtout, que tu exprimais tout naturellement, sans ostentation.

Tu vivais au milieu de nous à la manière de Dieu: proche sans prendre toute la place, accueillante sans envahir, solidaire sans t’imposer, respectueuse de nos cheminements. Tu participais à nos bonheurs et nourrissais le tien des nôtres.

Je resterai toujours impressionné par ta foi en Dieu et au mystère de sa présence dans nos vies. Tu n’as jamais fait de théologie ni consulter les livres savants, mais tu vivais ta foi avec beaucoup d’équilibre. Ce n’étais pas une béquille pour compenser tes faiblesses ou pour atténuer tes peurs et tes angoisses. Tu croyais comme le disciple qui se présente au tombeau de Jésus. L’évangile dit: «Il vit et il crut». Une foi qui laisse émerger le sens caché dans toute vie humaine. La foi qui jette un éclairage particulier sur nos amours, sur nos drames, sur notre quête de la vérité, sur notre soif de bonheur.

Tu pars quelques jours à peine après la fête de Pâques. La liturgie proclame sur tous les tons de la joie et de l’espérance: «Le Christ est ressuscité d’entre les morts». Aujourd’hui, nous te confions à Dieu en espérant qu’il t’arrive à toi ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. Nous présentons à Dieu ta mort en espérant qu’il la transforme en vie, en éternelle vie, en vie perpétuellement créatrice, auprès de celui qui fut ton compagnon durant cinquante ans, auprès des proches qui t’ont précédée dans l’insondable mystère de l’au-delà. Nous nous confions à toi comme dans l’ultime sursaut de l’enfant en nous, cet enfant qui continue de vivre de l’affection qu’il a reçue de sa mère.

Maman, femme de cette terre et du mystérieux pays de Dieu tout à la fois, femme de toute une vie à saveur d’Évangile, nous souhaitons que tu sois heureuse éternellement.

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