Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

La maison de l’unité

Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il le coupe, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde pour qu’il en porte plus encore. Émondés, vous l’êtes déjà grâce à la Parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas de lui-même porter de fruits sans demeurer sur le cep, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Qui demeure en moi, comme moi je demeure en lui, porte beaucoup de fruits ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, on le jette dehors et comme le sarment et il se dessèche ; puis on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et vous l’aurez. C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruits, et vous serez alors mes disciples.

Commentaire :

JE SUIS

« Je suis » : l’expression revient à quelques reprises dans l’évangile de Jean. Il serait fautif de n’y voir que le membre d’une phrase comportant sujet, verbe et attribut. Lorsque Moïse interrogea Dieu sur son nom, ce dernier répondit alors : « Je suis celui qui suis. Voici en quels termes tu t’adresseras aux enfants d’Israël : Je suis m’a envoyé vers vous. » (Ex. 3 : 14) Le verbe « Je suis » exprime alors non un état passif, mais actif, il définit une action dans le sens où Jésus un jour déclara : « Mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille. » ( Jn. 5 : 17) Ce n’est donc un simple attribut que Jésus retient pour lui-même, mais une action qu’il ne cesse d’opérer ici-bas. Il ne donne pas l’eau vive, il est l’eau vive et de ce fait rassasie ; il n’est pas le pain qui se laisse manger, mais il réconforte, nourrit, comme il est le pasteur qui conduit ses brebis vers des prés d’herbe fraîche. Pour la foi en quête de lumière et de vérité, Jésus est l’eau vive de la Samaritaine ( 4 : 12-15), le pain vivant pour les foules de Capharnaüm (6 : 32-40 + 48-51). Ce dimanche, la vigne devient l’expression de l’amour vécu du Père dans l’humanité du Christ et de la communion entre les disciples. L’une des plus anciennes liturgies eucharistiques de l’Église exprimait cette réalité : « Nous te bénissons, notre Père, pour la sainte vigne de David que tu as révélée par Jésus, ton serviteur. » (Didascalie des Apôtres, IX)

Pour les communautés johanniques, les thèmes de l’eau vive et du pain descendu du ciel étaient incontestablement riches de symbolisme sacramentel. Mais ici, le symbole de la vigne définit particulièrement le temps de l’Église de la fin du 1er siècle. Jean s’adresse à des chrétiens divisés par l’hérésie, (I Jn ) pour tenter de refaire l’unité entre eux. Ce même texte pourrait interpeller les chrétiens de notre temps : malgré l’amour reçu en plénitude, la haine reste présente dans le monde et jusqu’au cœur des apôtres (15 : 18 – 16 : 4) Mais cette haine, cette division, nous pouvons chaque jour l’affronter dans l’espérance, car l’Esprit de Jésus nous est envoyé comme promesse de la venue définitive du Seigneur. (16 : 5-33) Même si, dans la situation présente de l’Église d’hier et d’aujourd’hui, Jésus semble absent, le discours d’adieu d’où est extrait ce passage nous force à percevoir sa présence en toute situation. Autrement, comment le chrétien pourrait-il passer l’épreuve de la vie avec ses joies et ses peines, ses amours et déchirements, la paix et ses luttes ? Ici, c’est dans le quotidien de l’Église primitive que nous pouvons faire l’expérience de l’opportunité des paroles de ce discours d’adieu.

EN

La comparaison de la vigne est peut être l’un des passages les plus travaillés de l’évangile de Jean. Il suffit de comparer les sections 1 à 4 et 5 à 8 de ce chapitre 15e : « Je suis le cep et mon Père est le vigneron » et « Je suis le cep et vous êtes les sarments. » La particule « en » revient à maintes reprises dans ces quelques versets et traduit, par le verbe « Je suis », l’action du Père en Jésus et en chacun de nous, membres de l’Église. Une sève pleine de vie, source de communion entre nous et Dieu-Trine coule en chacun de nous. Repérons dans ces chapitres le nombre de fois où cette particule « En » est utilisée, pour nous convaincre de cette présence active de la Trinité au sein de notre vie ecclésiale. Elle révèle le mystère de la communion entre nous et les Trois.

C’est ainsi que nous devons comprendre toute la beauté de certains chants de la Bible concernant la Vigne : Is. 5 : 1-7 et Cant. 1 : 6-14, et la frustration divine devant les infidélités et les maux de son Église (Jér. 2 ; Ex. 15 )

Mystère d’amour infini, maison d’unité, que dire de plus de l’Église, épouse du Christ ressuscité.

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