Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

1er Dimanche du Carême. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Amère désillusion

Si tôt après, le Souffle (l’Esprit) entraîna Jésus dans le désert. Il y séjourna quarante jours, mis à l’épreuve par l’Adversaire. Il vivait avec les bêtes sauvages et des anges le servaient. Après que Jean eut été livré, Jésus revint en Galilée proclamer l’Évangile de Dieu. « L’heure où tout se joue est venue, disait-il, le Royaume de Dieu s’est rapproché. Retournez-vous et placez votre confiance dans l’Évangile. »

Commentaire :

Dans l’évangile de Marc, le récit de la tentation de Jésus au désert suit immédiatement celui de son Baptême et la proclamation de la Voix céleste qui désigne Jésus comme Fils de Dieu. Il précède le retour de Jésus en Galilée et le début de son ministère public. Trois points se dégagent dans cet évangile : l’action de l’Esprit, Souffle qui mène Jésus au désert, la tentation et le service des anges, le tout d’une très grande simplicité comparé à Matthieu et Luc. Peut-être tenons-nous ici la tradition la plus ancienne de l’événement.

LE DÉSERT

La tentation au désert. Récit clé, crucial. Le désert : lieu où Jésus commence à manifester sa filiation divine, lieu du combat entre l’Esprit et Satan, derniers soubresauts de la faute originelle. La filiation divine se manifeste ici dans le refus sans discussion du piège satanique. Dès le début de sa mission, Jésus vainc la tentation, avant même de parler, de guérir, de souffrir, Jésus triomphe, il présente sa personne et son œuvre invulnérables aux assauts de Satan. La Passion manifestera la victoire définitive de ce qui est ici en germe. Davantage encore, ce qui se joue alors entre Jésus et Satan au désert engage définitivement l’avenir, tout s’y décide une fois pour toutes. Pas de lutte, de simples refus catégoriques sous forme de citations. Jésus ne veut rien savoir des œuvres de Satan. Enseignement plein d’espérance non seulement sur Jésus et la signification de sa filiation divine, mais aussi promesse de victoire acquise pour son peuple. C’est à retenir.

Pour l’évangéliste, le séjour de Jésus au désert sous l’influence de l’Esprit constitue le temps fort de son récit. Conclusion du Baptême, les quarante jours au désert se veulent une évocation de l’Exode et des quarante ans du peuple de Dieu au désert. La tentation et le service des anges constituent chez Marc une réflexion sur le Baptême de Jésus et ses conséquences. Relisons saint Paul ( 1 Co.10 : 1-13) et l’invitation à ne pas verser dans l’idolâtrie comme le firent certains : « Ne tentons pas le Seigneur…ne murmurez pas. » Le tout se clôt par une exhortation et encouragement dans la tentation.

AUJOURD’HUI

Pour nous aujourd’hui, aucune application de ce récit ne peut être définie sans référence à son contexte historique : le désert et l’intention de l’Évangéliste. Replaçons-nous dans la deuxième moitié du premier siècle et revivons les difficultés évidentes de la foi apostolique et les tentations qu’elle dût subir. Tenons-nous ici les fruits d’une élaboration communautaire, catéchétique, ou l’enseignement de Jésus à ses disciples ? L’une et l’autre interprétation font le poids. Il est probable que la déception des premiers chrétiens dans leur attente des signes prodigieux messianiques et leur angoisse au sujet d’un Christ devenu trop humain surtout dans sa Passion furent les raisons d’être de ce récit. Il fallait montrer que Jésus avait lui-même refusé tout signe messianique tant espéré de la foule. Plus encore, cela soulevait un débat des plus vif entre la synagogue et l’Église primitive : Jésus aurait-il triomphé de la tentation là où Israël a succombé.

Plus important encore, la victoire du Fils de Dieu sur le diable découle de son obéissance au Père. L’Église devait donc réapprendre ou simplement découvrir en profondeur la vraie nature et la véritable mission du Fils de Dieu, l’ « Homme selon Dieu ». Jésus, modèle des croyants, doit devenir par son obéissance une inspiration et une espérance pour tous les chrétiens. Il a vaincu le mal et triomphé de la mort du péché par sa fidélité au Père. Il n’était donc pas superflu pour les évangélistes de placer ce récit des tentations au début de leur proclamation de la Bonne Nouvelle. Le récit n’est peut-être pas à diluer en des exemples concrets et d’actualités, mais bien plutôt, par le texte, devenir une source d’interrogations et d’inspirations sur notre fidélité au Père et à l’annonce de l’évangile, parole du Fils.

Jésus a vaincu la tentation et le Tentateur pour que nous aussi à notre tour nous puissions vaincre toutes les tentations d’un faux christianisme et d’espérances purement matérialistes fondées sur la crédulité davantage que sur la foi. Craignons de devenir à notre tour victimes de désillusion. Cela pourrait expliquer la crise actuelle de désertion et l’abandon d’un grand nombre de croyants.

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