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Espérance à l’Institut Curie

Imprimer Par Thérèse Bourguignon

Témoignage donné en l’église St Jacques de Paris lors de la rencontre avec des jeunes de Taizé le 28 décembre 02. Thérèse Bourguignon est xavière et aumônier depuis plusieurs années à l’Institut Curie à Paris.

En Septembre 99, j’ai pris la relève de l’aumônerie de l’Institut Curie. Une équipe était présente depuis longtemps. Curie est un hôpital privé qui se situe non loin d’ici. Il fait partie de la paroisse St Jacques. Les membres de l’équipe participent à la vie de la Paroisse.

Cet hôpital spécialisé poursuit depuis 1921 une mission de recherche et de traitement du cancer. Nous accueillons assez souvent des malades de Pologne ainsi que du monde entier.

Il y a eu pour moi tout d’abord un travail de connaissance et de reconnaissance.
L’hôpital est une maison avec son personnel, ses services, sa culture, ses habitudes et son fonctionnement. Dans ce contexte, il m’est demandé d’y être une présence chrétienne et discrète, de répondre aux appels des malades. J’y suis tous les après-midi, la régularité est très importante. Les soignants ont besoin de connaître les membres de l’équipe qui passe. Des liens de confiance se créent entre nous, des échanges deviennent possibles. Résultat : l’aumônerie fait partie du paysage de l’hôpital. La confiance est un sentiment qui peut être contagieux, se transmettant entre personnel soignant. Aider les gens à sortir du doute, de la crainte, à donner le meilleur d’eux-mêmes, cela fait partie de mon rôle d’aumônier. Bien souvent j’admire la compétence du personnel infirmier envers les malades et les familles.
A chacun, je propose un temps d’écoute, de prière et de communion eucharistique, selon le désir de chaque personne malade. Frapper à une porte sans savoir qui m’attend derrière est parfois difficile. Chaque personne est unique, je ne la verrai que peu de fois et il me faut beaucoup d’attention et de respect pour que l’échange s’établisse et puisse se poursuivre.

« Ne partez pas je voudrais vous dire.. » Eh bien, oui, je voudrais vous dire ce qui est difficile à vivre : « Je ne veux pas mourir », « J’ai oublié Dieu… je n’ai pas su aimer… etc, etc. » « Je veux croire encore à la guérison. » « Dites-moi, qu’est ce qu’il se passe dans le monde ? » Quelle grâce de rencontrer des personnes qui malgré leurs souffrances restent ouvertes sur le monde et sur les autres !

En fin de vie, à l’approche de la mort, l’accompagnement est silencieux… peu de mots sont nécessaires « n’ayez pas peur, que votre cœur cesse de se troubler, Dieu vous aime… »

L’Évangile porte en lui une Espérance… En être témoin auprès des malades, c’est savoir que Dieu en est la source et la force. La source de cette espérance est en Dieu. Dieu cherche chacun inlassablement, se fait proche et illumine le cœur de chacun. Avant chaque rencontre, il est indispensable de prier… pour me rappeler que c’est le Christ que les malades cherchent. Lui demander la force de m’effacer, pour que ce soit sa Parole à lui qui agisse et ouvre les cœurs à sa lumière. C’est alors que c’est moi qui suis visitée de manière tangible par ce Dieu qui me précède sur les chemins de la souffrance et du pardon. Je dirai que cette espérance est travaillée et marquée par la situation réelle des malades… Réalité de la maladie qui est la leur : pas la mienne, ni celle du voisin.

Chacun est unique, il s’agit d’être près de chacun et de le voir avec le cœur démesurément bon et bienveillant de Dieu. Là je fais l’expérience d’une espérance qui se cherche… se dit et se révèle à ses effets : « c’est fou, me dit un homme de 55 ans, je vais mourir, je vais quitter cette vie que j’aime, et je suis heureux ». L’homme qui parle est à 8 jours de sa fin, il dit son étonnement devant ce bonheur insolite qui déconcerte ses visiteurs, comme il le déconcerte lui-même le premier. Son visage pourtant défiguré par son cancer rayonne d’une présence qu’il vient de découvrir.

Il n’ignore pas sa laideur : il en est pleinement conscient. Son cancer de la joue est là. Il sait, on le lui a dit dès son arrivée que ses jours sont comptés. L’incertitude des jours ne le trouble plus : il attend … Dans l’inattendu de chaque jour, il attend le moment d’une autre rencontre. Puis, lentement, il se tourne vers moi : « derrière moi il y a une nouvelle génération, et la vie va finalement triompher ! ». Puis il regarde ses 4 fils et meurt. Nous étions très émus et silencieux. Au nom de l’Église, j’ai béni ce corps qui avait terminé sa vie. Étonnante rencontre avec la mort que celle-là… Étonnante espérance que celle qu’il nous a transmise… Tour à tour ses enfants mesurent la grandeur de leur père. Ils oublient ses défaillances humaines, pour ne garder que les bons souvenirs. Cet homme laissait en héritage à ses enfants une confiance sans faille, elle avait la saveur de la vie, une manière d’être humain à la manière de Dieu. En accueillant sa mort, ce père donnait aux siens quelque chose de la vraie vie… vie au delà de la mort.

Beaucoup d’autres rencontres pourraient être évoquées, la présence de l’aumônier à l’hôpital, son simple passage permet en ce moment difficile d’être une main tendue sur les parcours de chacun. A condition d’être soi-même habité par l’Espérance. Cette Espérance trouve sa source dans l’Évangile.

Si nous tournons les pages de l’Évangile, pour y trouver le mot Espérance, nous serons surpris. Dans les 4 Évangiles, nous le découvrons de manière explicite dans un récit que nous connaissons bien et que nous aimons : le récit des pèlerins d’Emmaüs (Luc 24, 13-35).

Après la mort de Jésus, les disciples sont tristes, déçus : « Et nous, nous espérions »
Véritable aveu de déception. Ce passage pour nous témoin de l’Évangile est une perle précieuse sur nos routes humaines faites de lumières et d’ombres, condition qui est précisément la nôtre. Chemin d’Emmaüs, chemin de renaissance, chemin d’illumination et bien sûr chemin de compassion. C’est le Christ ressuscité qui nous devance et nous rejoint.

Espérer, c’est marcher avec Celui qui vient faire route avec nous, se fait connaître à la fraction du pain, enfin Celui qui explique les Écritures. Ce texte vient évangéliser notre vie, nous donne l’audace même du Christ, de la Résurrection. Cette page d’Évangile est la source de toute Espérance croyante. Contempler cette rencontre d’Emmaüs, c’est apprendre à devenir porteur d’Espérance parmi nos frères souffrants. Avant tout, dans cette page, le Christ est Celui qui rejoint l’homme. Cela est fondamental pour l’espérance, car tout être qui souffre désespère de n’être pas rejoint. Porter l’espérance, ce n’est pas d’abord apporter des explications… c’est nous porter à la rencontre des autres… c’est aller vers … c’est rejoindre pour se joindre au souffrant. C’est la relation engagée qui est porteuse d’Espérance.

« Il fit route avec eux. » Et c’est le silence de Celui qui les rejoint. Eux parlaient, Lui écoutait. Entendre le trouble des disciples… telle est l’expérience de la souffrance qui se dit. Toute la personne est prise dans un débat jusqu’au dernier combat parce que habitée par la question immense du « pourquoi la vie, la mort ? »

« De quoi discutiez-vous en marchant ? » Les disciples sont déçus et désorientés (car souffrir désoriente – d’où la nécessité de raconter, de dire et redire les événements du Calvaire).

Lui, le Christ, qui est la Parole, les écoute et ne leur coupe pas la parole. Nul ne console à moins d’avoir souffert, nul n’est tendresse à moins d’être blessé.
« Reste avec nous » Il entra pour rester avec eux jusqu’au partage du pain.
Rejoints, écoutés, accueillis, appelés, les deux disciples deviennent témoins d’Espérance.

Après Paris, vous prendrez vous aussi le chemin vers des frères. C’est avec eux que vous partagerez l’Espérance que ce jour vous donne. L’Espérance est un don de Dieu.
« Si tu savais le don de Dieu » dit Jésus à la Samaritaine (Jean 4).

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