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Le faire et l’être comme la marée

Imprimer Par Paul-André Giguère

Nos visiteurs de l’hémisphère sud viennent de basculer dans l’hiver. Pour eux, c’est la saison de la productivité, avec ses exigences intenses de performance, la multiplicité des tâches et des réalisations. Au même moment, nos visiteurs de l’hémisphère nord entrent dans la période des vacances estivales. Pour eux, c’est la saison de la détente, de la gratuité, de la douceur de vivre.

Nos vies sont ainsi structurées par des alternances fondamentales : jour et nuit, veille et sommeil, effort et repos, présence aux autres et solitude. Elles sont aussi soumises à la loi de l’alternance entre le faire et l’être. Mais dans les sociétés modernes, cette dernière est difficile à maintenir en équilibre. Le faire l’emporte presque toujours sur l’être.

N’avons-nous pas tendance à nous définir par ce que nous faisons : notre métier, sans doute, mais aussi les multiples occupations de notre vie la plus ordinaire ? Nous allons plus spontanément demander à l’autre ce qu’il a fait durant le week-end que ce qu’il a vécu. Nous nous intéressons davantage à ce que nous faisons qu’à ce que nous devenons en le faisant. Nous sommes plus attentifs à nos occupations qu’à ce qu’elles nous font vivre.

Ce sujet de réflexion se situe au cœur de la recherche spirituelle. Celle-ci peut être perçue comme une revendication intense de l’être profond, bien antérieure à l’action et l’engagement. Sans doute est-ce la qualité de ce que nous faisons qui permet de vérifier la qualité de ce que nous croyons, de ce à quoi nous accordons une valeur profonde. En ce sens, le Christ de l’évangéliste Matthieu a raison de dénoncer ceux qui disent et ne font pas (23, 3) et de mettre en garde contre la bonne conscience de croyants qui disent Seigneur, Seigneur mais n’arrivent pas à faire la volonté de Dieu (7, 21) dans les gestes les plus simples de la vie : nourrir qui a faim, donner à boire à qui a soif, soigner les malades, se faire présent aux prisonniers et aux étrangers (25, 35-36).

La vie spirituelle se situe pourtant sur le plan de l’être. C’est un mouvement qui permet d’apprendre à se tenir d’une manière habituelle dans le fond de son être. Au lieu premier de sa vérité. Au lieu où l’existence se reçoit. Là où se trouve la joie imprenable dont parle le Christ de Jean (16,22).

Certes, personne n’est à l’abri d’une dérive où la vie spirituelle elle-même se dégrade en direction du faire : faire des prières, faire des sacrifices, faire des pèlerinages, faire des engagements sociaux en faveur de la justice et de l’écologie, faire de la politique au nom de sa foi. Il y a dégradation quand le faire sert d’alibi à l’être. Le Christ n’a-t-il pas raison de dire : C’est ceci qu’il fallait faire sans négliger cela (Matthieu 23,23) ?

Juillet et août invitent nos amis de l’hémisphère sud à se donner pleinement dans le faire sans y perdre leur âme en pure extériorité. Juillet et août invitent nos amis de l’hémisphère nord à profiter de l’été pour se laisser la chance d’être, être bien avec eux-mêmes, sans doute, être davantage avec les autres également. Et peut-être, apprendre un peu plus à être pour les autres, pour ceux et celles dont l’être est fragile et vers qui l’être du Christ était porté d’une manière privilégiée. C’est ainsi que s’il est reconnu comme Celui qui fait des choses pour nous, il est d’abord celui qui est pour nous, Emmanuel , c’est-à-dire Dieu-avec-nous.

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