Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique :
Méditation chrétienne

La Cité de Dieu (Livre X)

Imprimer Par Augustin

Père de l’Église latine. Romain d’Afrique du Nord, né d’un père païen et d’une mère chrétienne, sainte Monique, il resta longtemps étranger à l’Église. Il se convertit sous l’influence de saint Ambroise et devint évêque d’Hippone. Outre ses Lettres et ses Sermons, ses principaux ouvrages sont : la Cité de Dieu, les Confessions, le traité de la Grâce. Théologien, philosophe, moraliste, il a exercé une influence capitale sur la théologie et la vie religieuse occidentales. Ecrivain, il a donné au latin chrétien ses lettres de noblesse.

Chapitre vingt-cinquième

La foi en l’Incarnation est et a toujours été la source de toute grâce.

‘est par leur foi en ce mystère que les justes d’autrefois ont pu, en vivant pieusement, se trouver eux-mêmes purifiés, non seulement avant que la loi fût donnée au peuple hébreu – car, pour les enseigner, Dieu ni les anges ne leur ont jamais manqué – mais sous le règne de cette loi même, quoique dans les passages qui figurent des réalités spirituelles elle parût contenir des promesses charnelles, d’où son nom d’ancien testament.

Car il y avait alors des prophètes qui ont, comme les anges, annoncé la même promesse et il y avait parmi eux celui dont j’ai rappelé naguère la parole si grande et si divine sur le souverain bien de l’homme : Mon bien, c’est d’être uni à Dieu. Ce psaume distingue nettement les deux testaments, l’ancien et le nouveau. Le prophète dit en effet qu’à cause des promesses charnelles, quand il voyait les impies regorger de tous les biens qu’elles promettent, ses pieds avaient failli être ébranlés, ses pas glisser presque vers la chute, à la pensée que lui-même avait servi Dieu en vain puisqu’il voyait ceux qui le méprisent s’épanouir dans la félicité qu’il attendait de lui; alors, continue-t-il, voulant savoir pourquoi il en était ainsi, il avait peiné pour résoudre ce problème jusqu’au moment où il était entré dans le sanctuaire de Dieu et avait réfléchi sur la fin de ceux qui, naguère, dans sa recherche errante, lui paraissaient heureux.

Il comprit alors que, dans leur élévation, ils avaient été, comme il dit, jetés à bas, qu’ils avaient disparus, qu’ils avaient péri à cause de leurs iniquités et que ce comble de félicité temporelle était devenu pour eux comme le songe d’un homme qui s’éveille et soudain se trouve privé des fausses joies qu’il rêvait. Et comme ici-bas, dans la cité terrestre, ils étaient pleins du sentiment de leur grandeur: Seigneur, dit-il, dans ta cité, tu réduiras au néant leur fantôme.

Il montre toutefois combien il lui a été avantageux de n’attendre les biens mêmes de la terre que de la libéralité du seul vrai Dieu qui tient tout en son pouvoir: J’ai été devant toi comme une bête et je suis toujours avec toi. – Comme une bête , c’est-à-dire sans comprendre; car de vous j’aurais dû désirer recevoir ces biens qui ne peuvent m’être communs avec les impies; quand je les voyais regorger de biens, j’ai pensé que je vous avais servi en vain puisque ces biens étaient le lot de ceux qui n’avaient pas voulu vous servir. Cependant je suis toujours avec vous ; car, même lorsque je désirais de tels biens, je ne me suis pas adressé à d’autres dieux. Aussi, continue-t-il, vous m’avez saisi la main droite; vous m’avez conduit dans votre volonté et vous m’avez élevé en gloire ; comme s’ils appartenaient à la main gauche tous ces biens dont la jouissance accordée aux impies l’avait presque ébranlé. Quel trésor ai-je dans le ciel et qu’ai-je voulu recevoir de vous sur la terre ?

Il se blâme lui-même et prend justement sa conduite en horreur pour avoir, possesseur au ciel d’un si grand bien – comme il l’a compris plus tard – demandé à son Dieu sur la terre des biens passagers, fragiles, et comme une félicité de boue. Mon cœur et ma chair ont défailli, Dieu de mon cœur ; entendez d’une heureuse défaillance qui fait quitter les choses d’en bas pour celles d’en haut; de là, et dans un autre psaume : Mon âme est consumée de désirs et défaille à la pensée des parvis du Seigneur. Et ailleurs : Mon âme a défailli à la pensée de votre salut. Cependant, et quoiqu’il eût parlé de l’une et de l’autre, de la défaillance du cœur et de celle de la chair, il n’a pas ajouté : Dieu de mon cœur et de ma chair; mais Dieu de mon cœur . Car c’est par le cœur que la chair reçoit sa purification. De là vient que le Seigneur dit : Purifiez ce qui est en dedans et ce qui est en dehors sera pur.

II dit ensuite que son partage c’est Dieu lui-même, non pas rien qui vienne de lui, mais lui-même : Dieu de mon cœur, dit-il, et Dieu qui êtes mon partage pour tous les siècles ; parce qu’entre tous les biens qui s’offrent au choix des hommes, c’est Dieu lui-même qu’il a voulu choisir. Car voici, dit-il : ceux qui s’éloignent de vous périront; vous avez condamné tous ceux qui forniquent loin de vous , c’est-à-dire tous ceux qui veulent se prostituer à plusieurs dieux. Enfin, cette parole pour laquelle nous avons également cité les autres versets du psaume : Mon bien, c’est d’être uni à Dieu , de ne pas m’éloigner de lui, de ne pas m’avilir en de multiples fornications. Or cette union sera parfaite quand tout ce qui doit être libéré aura été libéré.

Mais maintenant c’est l’heure, comme il le dit ensuite, de mettre en Dieu notre Espoir. Car, nous dit l’apôtre, voir ce qu’on espère ce n’est plus espérer ; ce qu’on voit en effet, pourquoi l’espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons par la patience. Établis maintenant dans cette espérance, suivons le conseil du psalmiste et soyons, nous aussi, selon nos faibles moyens, les anges de Dieu, c’est-à-dire ses hérauts, annonçant sa volonté, louant sa gloire et sa grâce. Mettre en Dieu mon espoir , dit-il et il ajoute: afin d’annoncer toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion. II s’agit ici de la très glorieuse cité de Dieu, de celle qui connaît et honore un seul Dieu, de celle qu’ont annoncée les saints anges qui nous ont invités à en faire partie et ont voulu que nous y fussions leurs concitoyens ; ils ne veulent pas que nous les honorions comme nos dieux, mais que nous honorions avec eux celui qui est leur Dieu et notre Dieu; ils ne veulent pas que nous leur offrions des sacrifices, mais que nous soyons avec eux un sacrifice à Dieu.

Aussi, quiconque porte sur ces choses un jugement libre de toute obstination maligne est indubitablement assuré que ces bienheureux immortels qui, loin de nous porter envie (car s’ils connaissaient l’envie, seraient-ils heureux?), nous aiment et veulent nous voir devenir heureux nous-mêmes avec eux, nous y aident avec plus d’ardeur et d’efficacité quand nous honorons avec eux un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, que si nous les honorions eux-mêmes avec des sacrifices.

Augustin d’Hippone. Évêque et Docteur de l’Église (354-430)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Méditation chrétienne

Les autres chroniques du mois