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Bavardons sur le silence

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Certains diront que la meilleure façon de parler du silence serait de laisser une page blanche, sans texte, que chacun prendrait le temps de lire! Pour bien du monde, ce serait là un discours fort éloquent.

D’autres, par contre, ont bien besoin d’entendre des mots percutants sur le sujet. L’été ne leur est pas particulièrement propice pour avoir un peu de silence. La chaleur les oblige à ouvrir les fenêtres. Tous les bruits de la rue s’empressent aussitôt d’envahir la maison. Quand on a passé la longue saison de l’hiver renfermé dans la maison, à s’ennuyer devant son téléviseur, on aime bien jaser de galerie en galerie, durant les soirées douces de l’été.

J’en connais qui souhaiteraient un peu plus de tranquillité. Ils se font casser les oreilles par le système de son de l’adolescent d’en face ou sa charmante motocyclette!

Quelques-uns ont passé leurs vacances dans la nature. Ils ont connu la bienfaisante solitude face à la mer, comme dirait Anne Lindberg. Un jeune de quinze ans m’avouait: Pour la première fois de ma vie, j’ai passé trente-cinq minutes seul, dans le bois, sans dire un mot, sans écouter la radio, sans jouer de la guitare. Seulement le bruissement des feuilles d’arbres, le chant des oiseaux, et les bruits qui montent du fond de moi-même.

Les bruits qui montent du fond de moi-même. Nous avons besoin du silence pour percevoir ces bruits, pour les identifier, pour les apprivoiser. Nous sommes comme de grosses boîtes de bibelots et de breloques pêle-mêle. Nous atteignons la maturité dans la mesure où nous prenons le temps d’explorer tous ces trésors, de les classer, de leur donner une place dans notre personnalité.

Il en est d’autres pour qui le silence est précieux. En amour, le silence vaut mieux qu’un langage, disait Pascal. Pour beaucoup d’amoureux, les mots ne sont pas assez riches pour dire tout ce qui se vit au fond de soi-même, pour dire toute l’affection qu’on porte à l’autre. Il y a, par contre, des silences qui tuent l’amour. Quand on refuse de liquider un conflit, quand on profite du silence pour fuir une situation au lieu de l’aborder franchement.

Nous avons besoin aussi du silence pour rencontrer Dieu. En tout homme se trouve une part de solitude qu’aucune intimité humaine ne peut remplir: c’est là que Dieu nous rencontre. Et c’est là, dans cette profondeur, que se situe la fête intime du Christ ressuscité. (Fr. Roger, de Taizé) Les mots sont une forêt qui nous masque le visage de Dieu. Ce que j’ai à dire n’est rien en comparaison avec ce que Dieu veut me dire. Prier, c’est d’abord écouter, surtout écouter. Dieu, dit Jean-François Six, est un être de silence. Il pèse chacun de ses mots.

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