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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Pentecôte. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Un défi de taille

Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, toutes portes étant closes par crainte des Juifs, Jésus vint là où se trouvaient les disciples et se tint au milieu d’eux. Il leur dit : Paix soit à vous ! Ce disant, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Une fois encore, il leur dit : Paix soit à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Cela dit, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

Commentaire :

À quel moment l’Esprit Saint fut-il donné aux apôtres : le soir de Pâques, selon Jean (20 :19) ou quarante jours après, comme Luc le rapporte au Livre des Actes des Apôtres ( 2 :1-4) ? Depuis temps immémoriaux, la question se pose. Jean aurait-il anticipé ainsi l’événement de la Pentecôte pour associer d’un seul coup le mystère pascal et le don de l’Esprit à l’apparition du Christ ressuscité. On pourrait ainsi parler de Pentecôte johannique. Il est donc permis de croire qu’en fait Jean n’anticipe pas la Pentecôte, mais qu’il relie ce mystère à son principe : Jésus mort et ressuscité. La vérité demeure que la conversion de la communauté apostolique remonte à Jésus Ressuscité, même si en fait, elle eut lieu le jour de la Pentecôte. La communauté a conscience d’être alors une communauté pascale pour devenir la communauté pentecôstale. (Lc. 24 :48, Ac.1 :1-26).

Ce bref récit de l’évangéliste Jean se compose de deux scènes parallèles : 19-20 et 21-23 ; la première relate une apparition de reconnaissance, et la seconde, une apparition de mission. Dans la première, les disciples auxquels le Christ apparaît passent de la peur à la joie et dans la seconde, de la paix à la mission. Dans l’une et l’autre, toute l’ initiative vient du Christ.

RECONNAISSANCE

Nous sommes au premier jour de la semaine, le soir tombe. Les disciples se trouvent rassemblés à Jérusalem, Les portes étaient closes par peur des juifs. Le monde et les juifs retiennent alors ceux que Jésus veut envoyer en mission (7 :13; 19 :38; 12 :15; 19 :8) . Cette précision sur les portes vise à mettre en relief le caractère transcendant de l’apparition de Jésus, le mode surnaturel de sa présence. Jésus tente alors de dissiper dans l’âme de ses disciples leur crainte des demeurer orphelins (14 :18), exposés sans défense à la haine du monde (15 :18) . La paix soit avec vous , leur dit-il. Et pour se faire reconnaître, il leur montra ses mains et son côté. Nous pourrions traduire simplement : Soyez en paix ! C’est moi. Les cicatrices de la Passion établissent son identité, le même Jésus, hier crucifié, aujourd’hui ressuscité. Pour le croyant, la résurrection devra toujours présupposer la croix : Scandale pour les Juifs, folie pour les païens. (1 Co.1 :23). La mention de la plaie du côté, propre à Jean, rappelait que Jésus était mort comme l’Agneau immolé pour le salut du monde. Les disciples, alors, se réjouirent en voyant le Seigneur. Leur joie se fonde sur la foi en la présence du Seigneur vivant mais reconnu comme le Crucifié d’hier. Cette contemplation béate termine la première scène, celle de la reconnaissance.

MISSION

Les versets 21-23, l’envoi en mission et le don de l’Esprit, débutent une fois encore par le souhait : La paix soit avec vous. Les mots d’envoi Comme le Père m’a envoyé sont typiquement johanniques. A maintes reprises, Jean fait allusion à ce parallélisme entre l’action du Père à l’égard de Jésus et de Jésus à l’égard des siens (6 :57; 10 :125; 15 :9; 167 :18). Ce ne sont pas deux réalités que Jean compare ici, mais une participation des disciples à la vie que Jésus reçoit du Père. L’objet de la mission n’est pas précisé ; tout ce que l’on peut dire conformément à la prière sacerdotale, c’est au monde que Jésus envoie ses disciples poursuivre l’ouvre de salut que le Père a remise entre ses mains (3 :35; 5 :20; 6 :38-40; 17;2-4) La mission des disciples sera celle donc la poursuite de celle de Jésus.

D’un geste et de quelques mots, Jésus révèle toutes les dimensions de la mission : Cela dit, il souffla sur les disciples : recevez le Esprit Saint. Le Créateur avait insufflé un souffle vital dans les narines de l’homme au matin de la création (Gn 2 :7) ; pour Ezéchiel, ce même Souffle divin préside à la réanimation des ossements desséchés. (37 :9) Le geste de Jésus prend ici une toute nouvelle signification : nouvelle création, nouvelle réanimation. Et par ce geste de Jésus, un monde nouveau commence ce premier jour de la semaine. La mission et ce don de l’Esprit sont inséparables, ils supposent qu’une transformation s’est opérée dans les disciples et les habilite à accomplir l’ouvre dont Jésus les charge.

Mais ce don, Jésus le complète ensuite par le don de pouvoir de remettre les péchés. Un jour, Jésus s’était publiquement arrogé ce pouvoir (Mc. 2 :5-7) et cela avait profondément heurté les Scribes juifs. Cette fois, le pouvoir appartient aux disciples. Il ne s’agit pas simplement d’une exhortation à la conversion comme dan le cas de Jean Baptiste au désert (Lc 3 :7+), mais de la puissance de pardonner ou de retenir les fautes. (1 Jn. 1 :3.6-10; 5 :16) Jésus accorde à ses disciples le pouvoir de conduire les hommes purifiés de leurs fautes à la source de vie.

QUI EST CET ESPRIT ?

Comment présenter cet Esprit sans visage, sans nom, sans attributs concrets ? La tentation serait grande de lui octroyer n’importe quoi et de le décrire selon nos goûts et aspirations personnelles. Cet Esprit, qui habite dans une lumière inaccessible, est l’Esprit du Père et l’Esprit de Jésus, l’Esprit qui procès du Père du Fils, et que nous avons reçu au Baptême et dans tous les sacrements. Paul le décrit en ces termes : Nous n’avons pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte, mais un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père! (Rom.8 :15) Cet Esprit est Esprit de libérté, il résume tout un engagement résumé par saint Augustin en ces mots : Aime et fais ce que tu veux. La vraie religion n’a jamais été d’accomplir des rites et de respecter de lois, (Is 1 :10-20 ; Am.5 :21-27) mais vie selon toutes les exigences de l’Esprit. Par Lui et en Lui, toute notre vie devient offrande vivante à la gloire de Dieu le Père. Il est cet Esprit d’amour que nous prions en chaque Eucharistie pour que ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par Lui en un seul corps. Recevoir l’Esprit, c’est donc ne plus faire qu’un avec le Christ dans la mesure où un seul et même Esprit nous anime. Posséder l’Esprit, c’est appartenir au Christ : Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas. (Rm.8 :9) Bref, cet envahissement de l’Esprit signifie appartenance au Christ, filiation à l’égard du Père, et être membres de son corps, membres de l’Église.

Mais comment vivre ce mystère d’ appartenance sans nous ouvrir à l’Esprit du Christ ressuscité, qui fait de nous des fils et des filles du Père et membres les uns des autres en Église ? La tentation serait facile de croire que le sel s’est affadi et le levain éventé, parce que nous sommes retombés sous le carcan de la loi, de la doctrine et de la religion, alors que tout en Esprit est liberté, amour et paix. Le monde a grand besoin de cet envahissement de l’Esprit en chacun . Il faudrait que les sauvés aient l’air plus sauvés pour que je crois en leur Sauveur , protestait le grand Nietsche.

Tel est le défi de la Pentecôte et le renouvellement de l’Esprit en nous, la Vie en Christ, par le Christ et pour le Christ.

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