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Tous les jours

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

C’est tous les jours les mêmes images, avec les mêmes descriptions, dans les mêmes mots et les mêmes expressions. C’est tous les jours des chars d’assaut, des soldats fusil à la main, des groupes de jeunes qui lancent des pierres, des bombes incendiaires, des ceintures de kamikazes, du sang, des ambulances, des déclarations de vengeance, des cris, des pleurs, des hurlements, des peurs, des poings tendus. Et, dans ce paysage de guerre absurde, des visages d’enfants avec des yeux tristes!

C’est tous les jours la même chose parce que la violence n’a aucune créativité. Tout ce qu’elle sait faire, c’est augmenter son poids de méchanceté et se développer en escalade. La violence est la soeur de la vengeance et toutes les deux s’entendent bien. Elles travaillent ensemble. Elles s’amusent ensemble sur le dos d’innocents. Elles signent des pactes de connivence avec quelques esprits tordus, qui ne pensent qu’à leurs intérêts. Qui oublient que l’ennemi est fait de chair, lui aussi. De chair et de coeur et d’esprit. Lui aussi peut aimer et haïr, embrasser et gifler. Lui aussi a mal au plus intime de lui-même. Lui aussi est enchaîné à la haine pour des raisons différentes et semblables à la fois.

C’est tous les jours la même chose à Jérusalem et les environs. Tous les jours depuis presque toujours. Et pourtant, Jérusalem veut dire: fondation de paix. Et pourtant, David a établi sa ville pour que les peuples s’y retrouvent et s’y tendent la main. Un lieu de paix que chantent les artisans et artisanes de paix: Appelez le bonheur sur Jérusalem: ‘Paix à ceux qui t’aiment! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais!’ À cause de mes frères et de mes proches, je dirai: ‘Paix sur toi!’ À cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton bien. (Psaume 122, 6-9)

Qui apportera la solution? Qui trouvera le moyen de faire cesser la haine? Et surtout qui fera naître de la déférence? Ce n’est pas tout d’éviter les affrontements; il faut aussi susciter des alliances et faire naître des fraternités.

Le père Dominique Pire, dominicains, prix Nobel de la paix en 1958, écrivait à propos du dialogue: Dialoguer, c’est passer au-delà des frontières de ses propres convictions pour essayer, le temps du dialogue, de se mettre de coeur et d’esprit à la place de l’autre, sans rien renoncer de soi-même, mais pour comprendre, juger et apprécier ce qu’il y a de vrai, de bon et d’utile, dans la pensée, le sentiment et l’action de l’autre. Il faut vraiment se remplir de l’autre. Il s’agit donc de mettre provisoirement entre parenthèses ce qu’on est, ce qu’on pense, pour comprendre et apprécier positivement, même sans le partager, le point de vue de l’autre. Il y a là un profond renoncement à soi.

La démarche s’impose, mais cette pièce de porcelaine peut-elle tenir le coup sur un champ de bataille? Les archéologues trouvent parfois de fragiles artefacts qui ont survécu aux éboulis, aux enfouissements et aux tremblements de terre. Ne faut-il pas espérer contre toute espérance? Espérer en donnant des mains à notre espérance? Chercher et profiter de la moindre brèche dans le mur de la haine pour laisser s’infiltrer l’eau désaltérante de la paix.

J’ai hâte de pouvoir dire devant le téléviseur: c’est tous les jours des images de paix et de concorde! Des mots et des gestes qu’il fait bon voir et entendre. Des mots et des gestes qui se renouvellent parce que la paix est source de créativité et soeur de résurrection. Le Ressuscité ne disait-il pas: La paix soit avec vous!

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