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Résistance et soumission

Imprimer Par Paul-André Giguère

Il y a dans pratiquement toute vie des situations extrêmes où l’on est acculé à des choix déchirants où, quelle que soit la décision prise, elle entraînera des conséquences majeures et irréversibles. Des gains et des pertes. Des acquis et des deuils. Des libérations et des blessures. Mais ce sont des situations où l’on ne peut demeurer neutre ou passif.

La vie nous place parfois dans des situations intolérables, inacceptables, injustifiables, où tout l’être est requis à contacter cette capacité humaine extraordinaire qu’est l’indignation. Le refus absolu. La tolérance zéro . Aucune compromission n’est alors acceptable. Tout silence serait lâcheté. Toute inaction serait honteuse. Dans ces moments extrêmes, nous sommes conviés au devoir de résistance.

La vie nous place parfois encore dans des situations difficiles où elle semble nous demander l’impossible. Des situations où tout notre être est convoqué à cette capacité humaine extraordinaire qu’est le lâcher prise. La reconnaissance de notre totale impuissance. Ou, au contraire, le devoir de consentir à ce qui est, dans un détachement absolu. S’acharner à résister serait alors entêtement. S’obstiner serait orgueil. Refuser ce qui est ou ce qui vient serait suffisance. Dans ces moments limites, nous sommes conviés au devoir de soumission.

Comme il est difficile de discerner entre ces deux devoirs ! Comment savoir si se dresser de toutes ses forces contre une situation abusive est un devoir de dignité ou une arrogance crispée ? Comment être sûr que le consentement à ce qui est est humble réalisme plutôt que frileuse démission ?

L’écrivain français Christian Bobin a à ce propos quelques lignes qui, sans fournir toutes les clés, nomme bien ce dilemme auquel presque personne n’échappe. Il écrit:

Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde, il nous faut résister à ce qu’on prétend faire de nous, refuser tout ce qui se présente – rôles, identités, fonctions – et surtout ne jamais rien céder quant à notre solitude et à notre silence. Si nous considérons notre vie dans son rapport à l’éternel, il nous faut lâcher prise et cueillir tout ce qui vient, sans rien garder en propre. D’un côté, tout rejeter, de l’autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut être réalisé que dans l’amour où le monde s’éloigne en même temps que l’éternel s’approche, silencieux et solitaire. (L’éloignement du monde)

La Bible propose de multiples exemples de ces situations où des hommes et des femmes courageux ont su tantôt résister, tantôt consentir. Le Christ se dresse avec véhémence contre les abus des scribes et des pharisiens. Il dénonce violemment le légalisme ou le littéralisme dans l’interprétation de la Bible et de la tradition. Il combat toute forme de marginalisation. Et pourtant, quand vient son Heure, il va au-devant de ceux qui viennent l’arrêter et explique son geste en disant à ses amis : Ma vie, personne ne me la prend : c’est moi qui la donne.

Grandeur et mystère de la liberté humaine, convoquée à l’exigence des discernements fondamentaux quand une seule option est exclue : ne pas opter. Exigeante sagesse cependant que celle qui est requise pour mesurer les enjeux de l’option entre résistance et soumission quand les deux peuvent être un devoir spirituel !

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