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L’amour a fait aimer

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Tous ceux et celles qui ont fait de la catéchèse au cours des trente dernières années connaissent bien Zachée. Surtout les plus jeunes. Un personnage attachant que les enfants perçoivent comme un des leurs. Il n’est pas grand. Il n’a pas sa place dans la foule des grandes personnes. Il n’a pas sa place parmi les gens bien élevés. C’est un publicain, un collecteur d’impôts qui profite de sa fonction pour s’enrichir. Pour voir passer Jésus, Zachée doit recourir à un moyen d’enfant: grimper et grimper dans un arbre. Pas très élégant pour une grande personne, surtout une grande personne qui occupe une fonction.

Zachée est donc juché sur un arbre quand Jésus passe. Et Jésus le remarque. La foule pourrait accaparer le Christ, le distraire, mais Jésus remarque Zachée, le petit dans son arbre.

_ Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi.

_ Chez moi, Seigneur? Mais la maison n’est pas en ordre. Je n’attendais pas de visite et surtout pas la tienne. Et je n’ai pas de mets recherchés dans mon garde-manger. Seulement de la nourriture de tous les jours.

_ Il faut que j’aille demeurer chez toi, Zachée! Pas ailleurs! Pas dans une maison spécialement aménagée pour moi! Chez toi, dans ton quotidien bien ordinaire. Sans que tu fasses des cérémonies pour me recevoir. Reçois-moi à même tes habitudes, tes aspirations, ton labeur de petite semaine, ta vie de tous les jours.

_ Mais aujourd’hui, Seigneur? Pourquoi pas un peu plus tard. Quand je me serai fait à l’idée.

_ Ce n’est pas dans mes habitudes de différer mes faveurs quand je veux les offrir. Tu n’as pas besoin de dispositions spéciales pour te laisser aimer. Lâche prise, Zachée. Plonge. Descends de ton arbre. Accepte le risque de me recevoir.

_Mais, Seigneur, depuis quand un prophète fait des honneurs aux riches et aux publicains? Et toi qui parles comme Dieu, tu oses t’adresser à un pécheur, un voleur de pauvres, un banni du temple, un rejeté des grands prêtres et des scribes. Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir.

_ Mais je peux dire une parole, une seule parole!…

_ Tu peux dire seulement une parole, Seigneur, et je serai guéri? Au temple de Jérusalem, on fait des sacrifices d’agneaux pour être purifiés de nos pécheurs. Et toi, une seule parole suffit…

_ Zachée, ton compatriote Jean Baptiste a dit que je suis l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

_ Alors prends pitié de nous, donne-nous la paix! Prends pitié de moi, donne-moi la paix!

Zachée descendit donc de son arbre. Il rentra à la maison avec Jésus. Ils mangèrent ensemble. L’évangile ne dit rien de la conversation à table. Il rapporte seulement deux réparties. L’une de Zachée: Voilà, Seigneur: je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens. (C’est beaucoup donner, la moitié de ses biens!) Et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. (La loi n’en demandait pas tant!)

Comme dans Le Visiteur d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’inconnu dit à Freud: Pourquoi vous aurais-je faits si ce n’était par amour? Mais vous n’en voulez pas de la tendresse de Dieu, vous ne voulez pas d’un Dieu qui pleure… qui souffre… Oh oui, tu voudrais un Dieu devant qui on se prosterne, mais pas un Dieu qui s’agenouille. (Actes-Sud, 1995) Zachée s’attendait de rencontrer un juge, il a reçu chez lui la bonté, la tendresse, la compassion. L’amour était au rendez-vous.

La conclusion de Jésus: Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. Le salut n’est pas arrivé parce que Zachée a réparé ses injustices. Le salut est arrivé parce que la tendresse de Dieu que Jésus a manifestée, cette tendresse a envahi Zachée. Et l’invitation est devenue invitante, si on peut dire. L’amour a fait aimer.

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