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Responsable de la chronique : Guy Musy, o.p.
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Obéir à Dieu ou aux hommes ?

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

 

22 septembre. Un groupe de prêtres et religieux concélèbrent la messe en l’honneur de Maurice et ses compagnons, légionnaires et martyrs, dont on fait mémoire ce jour-là. On évoque son refus d’obéir à des ordres de sa hiérarchie militaire qu’il estimait contraires à sa conscience. Ce qui lui valut d’être décapité et sa légion décimée à Agaune en Valais, au début du 4ème siècle. Sa legenda dit qu’il aurait repris à son compte la fameuse déclaration des Apôtres face au Sanhédrin : « Mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5,29).

Ce jour donc, ces « hommes de Dieu » de notre temps se demandaient s’ils devaient à l’exemple de Maurice désobéir eux aussi aux consignes officielles qui leur imposaient de monter la garde à la porte de leurs églises pour refouler à l’heure de la messe ceux qui ne disposeraient pas d’un laisser-passer sanitaire établi en bonne et due forme. Une exigence dont on peut comprendre la nécessité en période de pandémie, mais qui contredit l’esprit et la lettre de l’Evangile qui met en scène un Jésus accueillant les lépreux.

En fait, deux obligations s’opposent et même s’affrontent : préserver la santé des bien portants ou laisser les portes de l’église ouvertes à tout venant. Deux actes nécessaires, chacun avec son corollaire négatif. Deux médailles, chacune avec ses côtés ombre et lumière.

Le choix paraît cornélien et suscite parfois des débats peu amènes à l’intérieur des communautés religieuses ou paroissiales. D’aucuns haussent le ton avec véhémence et veulent faire respecter l’ordonnance officielle sans concession ni discussion. D’autres cherchent des compromis ou des échappatoires subtils. Pas facile de faire cohabiter la chèvre et le chou. Surtout si le loup s’invite dans le ménage.

Blaise Pascal dans une de ses « pensées » distingue l’ordre du corps de celui de l’esprit, tous deux distincts de celui de la charité ou de la sainteté. Le premier ordre est celui du combat pour la vie physique. La santé est son objectif essentiel. Le second, celui de l’esprit, a mission de glisser un peu de sagesse, d’intelligence et de modération dans ce débat primaire. La paix demeure sa visée. Quant à l’ordre de la charité, il déborde sur les deux autres. Ses gestes sont jugés admirables ou déraisonnables. A vrai dire, ils se manifestent rarement. Le baiser au lépreux n’est pas un rite quotidien. Pas plus que le sacrifice et le don de soi par amour de l’autre. Les saints ne sont pas légion et vivent généralement persécutés et incompris. Mais leur présence prophétique est le sel qui empêche la terre de s’affadir, de moisir et de mourir.

Les objecteurs de conscience suivent une échelle de valeurs souvent ignorée de ceux qui sont enfermés dans l’ordre du corps ou de l’esprit. Les vrais prophètes et les saints authentiques ne cultivent pas le mépris de ceux qui n’agissent pas comme eux. S’ils désobéissent aux règles civiles, c’est pour mieux assurer le bien de tous. Ils se référent à un autre Législateur dont l’existence est hélas de plus en plus contestée dans un monde où seuls les corps semblent se faire valoir. Quant aux esprits du deuxième ordre, ils apparaissent par les temps qui courent bien timides et même muselés. Leur silence est oppressant.

Nous avons besoin de médecins du corps, mais de l’âme aussi. Leur prophylaxie est différente. Différent aussi le regard que l’un et l’autre portent sur le souffrant. Mais il arrive que le médecin soit un saint et que le saint soit lui-même un soignant. Conjoncture bienfaisante.

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