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Responsable de la chronique : Guy Musy, o.p.
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Année Saint-Joseph ? Pourquoi pas !

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

ARCABAS. Le songe de Joseph

 

Est-il besoin de rappeler les circonstances qui ont amené en 1870 le pape Pie IX à déclarer l’époux de Marie « Patron de l’Eglise Universelle » ? Circonstances pas très glorieuses, en effet. Garibaldi et ses « chemises rouges » venaient de ravir au pape ce qui lui restait d’Etat et de pouvoir politique. Saint Joseph, patron des causes désespérées, était appelé à la rescousse. Pour veiller sur les biens de l’évêque de Rome ou pour soutenir la dynamique spirituelle de toute l’Eglise ? C’est, bien sûr, cette seconde option qu’a retenue le pape François en consacrant cette année 2021 à saint Joseph. Cent cinquante ans après la proclamation de son prédécesseur Pie IX.

Cette initiative a reçu ci et là un sourire condescendant et  et indulgent. Une concession à la « piété populaire » du pape François qui accompagne ses interventions surprenantes et même téméraires. Pensez à son voyage en Irak. Il est vrai que dans ma jeunesse on n’invoquait Joseph que comme « patron de la bonne mort ». Comme au Québec,  il n’était pas rare dans ma région  que  son nom s’accolât au patronyme – c’est mon cas ! – d’un petit baptisé catholique. A telle enseigne que nos voisins protestants appelaient « dzodzets » les habitants de mon canton. Autrement dit, des benêts un peu demeurés, qui ne pouvaient prendre une décision sans avoir préalablement consulté leur curé.

Pauvre Joseph ! Il méritait une réhabilitation. Figurez-vous que le philosophe Jean-Paul Sartre, athée notoire, s’y est essayé. Après la déroute de l’armée française en 1940, prisonnier militaire en Allemagne, Sartre ne refusa pas de s’associer à une célébration de Noël et révéler à cette occasion ce que la présence de Joseph à la crèche lui inspirait:

« Je ne montrerai qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil.  Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cette incendie de clarté et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d’adorer. »

Grand silence donc. Inutile de l’étoffer ou de l’étouffer par des propos pieux. Joseph  absent demeure présent. 

J’ajoute au personnage une note de tendresse, délicate et intérieure qui se moque des grandes démonstrations. Une tendresse si nécessaire en ces temps de pandémie, quand les effusions et les caresses sont bannies. Restent le regard et le geste amical ou amoureux. Restent les mots qu’on se dit ou s’écrit. Mais aussi les mots  venimeux que l’on tait parce qu’Ils pourraient blesser et même tuer.

 Demeurent surtout l’admiration et l’adoration !

Saint Joseph au chômage ? Détrompez-vous. Il reprend du service. Plus que jamais.

 . 

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