Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 6e Dimanche (B)

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 1, 40-45

En ce temps-là,
un lépreux vint auprès de Jésus ;
il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit :
« Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Saisi de compassion, Jésus étendit la main,
le toucha et lui dit :
« Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta
et il fut purifié.
Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt
en lui disant :
« Attention, ne dis rien à personne,
mais va te montrer au prêtre,
et donne pour ta purification
ce que Moïse a prescrit dans la Loi :
cela sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti,
cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle,
de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville,
mais restait à l’écart, dans des endroits déserts.
De partout cependant on venait à lui.

COMMENTAIRE

Le pouvoir de l’Amour!

Un des plus grands enjeux qui affectent notre vie sociale tant au plan provincial que national, chez nous autant qu’ailleurs, nous le reconnaissons de plus en plus, c’est le racisme. Faire une différence entre les personnes, c’est une tendance que nous avons. En principe, nous savons que les humains sont tous égaux en droit et en dignité, mais dans la pratique certains sont plus égaux que d’autres! Et nous évoluons, sans même nous en rendre compte, de subtile façon parfois, dans le cadre d’un racisme systémique, où tous n’ont vraiment pas les mêmes chances. Qu’on veuille ou non le reconnaître, la réalité de la discrimination trop souvent nous rattrape.

La Parole de ce dimanche a des choses à nous dire sur ce sujet, entre autres leçons qu’elle nous donne. Ce que Dieu veut pour chacun de nous c’est que nous soyons accueillis, du respectés. Que chacun, chacune de nous ait la chance de vivre en paix, de façon décente, en harmonie avec nos semblables. L’anecdote rapportée dans l’Évangile nous donne la preuve que le rapprochement est possible entre les humains, même si tout semble parfois s’y opposer. Jésus nous en montre le chemin dans l’attitude qu’il a  envers un lépreux.

Le récit d’Évangile nous montre Jésus, le pur, le saint, le Fils de Dieu. Voici que se présente à lui un lépreux. Cet homme est socialement class comme un réprouvé, un exclu, associé dans la mentalité populaire au péché. Il représente le mal dans sa face hideuse et contagieuse. Il faut se tenir loin du lépreux, le tenir à distance, et surtout ne jamais le laisser s’approcher de soi. Il ne faut surtout pas le toucher. D’ailleurs la loi juive prévoyait et réglementait cette exclusion du lépreux, une loi qui lui enlevait pratiquement tous ses droits.

Mais voilà qu’aujourd’hui, il se passe quelque chose de spécial. La foi de ce lépreux est plus forte que son mal, plus forte que les tabous et les lois, plus forte que toutes les barrières. Elle lui donne l’audace de se frayer un chemin jusqu’aux pieds de Jésus.

Or Jésus ne le repousse pas comme il devrait normalement le faire pour respecter la loi. Plus rien en effet ne tient devant la foi du lépreux et la compassion de Jésus. C’est la foi qui donne à l’homme impur de franchir la barrière pour aller jusqu’à Jésus. Et dans sa compassion pour le malheureux Jésus le laisse s’approcher de lui. Si Jésus enfreint ainsi la loi, c’est par amour pour celui dont il  reconnaît la foi. Il donne ainsi priorité à la vie, à l’amour, à la foi de cet homme qui a le malheur d’être lépreux.

Jésus ne réduit pas l’homme ni ne l’identifie à son mal. Il refuse de l’exclure, de le juger et de le condamner à tout jamais. Il voit en lui un malheureux tenu sous l’emprise d’un mal dont il veut le guérir pour le rendre aux siens, lui permettre d’être réinséré dans la communauté. Il veut en faire un homme nouveau!

Jésus ose donc toucher le lépreux. Comme pour communier à sa souffrance et se charger lui-même de son mal. Ce faisant il fait vivre l’homme, il lui redonne la santé et le droit de reprendre sa place dans son clan, auprès de ses amis.

  1. Marc suggère qu’à la suite de cette initiative Jésus perd sa tranquillité; il devra se retirer lui-même à l’écart, comme s’il était lépreux. Il sera ainsi exclu jusqu’à la croix. N’est-ce pas là qu’une fois pour toutes Jésus s’est chargé de nos fautes, de notre mal, de notre péché, pour nous en libérer, pour que nous puissions vivre libres et sauvés?

C’est ainsi que nous pouvons contempler le mystère de la croix. Le Christ a vu notre souffrance, notre mal et notre peine. Il s’en est chargé, il a tout pris sur lui. Voilà la rédemption qu’il nous apporte. Victoire de l’amour, de son immense amour! Il préparait ainsi la victoire de notre amour, celle aussi de notre foi!

« Je le veux, sois puirifié. » Jésus veut notre guérison profonde. Lui-même, il nous touche par ses sacrements, par l’Eucharistie. Il nous redit aujourd’hui sa volonté de nous purifier, de nous libérer, de nous redonner à nos frères et sœurs pour que nous puissions à notre tour aimer assez nos frères et nos sœurs pour les guérir, croire assez en eux pour leur redonner confiance et les remettre en valeur et dignité. Oui, nous pouvons les aimer et nous laisser aimer par eux, et faire ainsi avec eux la joie du Père, accomplir son rêve d’une belle et immense fraternité pour tous ses enfants..

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