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Témoins du Christ,

Responsable de la chronique : Yves Bériault, o.p.
Témoins du Christ

Comment, pour qui et pour quoi prie le pape ?

Imprimer Par Vittorio Messori

Il faudrait le demander au Saint-Esprit ! Le Pape prie comme l’Esprit Saint le lui permet. Je pense qu’il doit prier de façon à pouvoir mieux accomplir son ministère, en approfondissant le mystère révélé dans le Christ. En cela, l’Esprit Saint le conduit certainement. Il suffit que l’homme n’élève point d’obstacles. « L’Esprit vient au secours de notre faiblesse ».

PRIER POUR LA CRÉATION ET LA RÉDEMPTION

Pour quoi le Pape prie-t-il ? Qu’est-ce qui emplit l’espace intérieur de sa prière ? Le document final du Concile Vatican II, la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, commence par ces mots : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps », Voilà l’objet de la prière du Pape.

Évangile veut dire Bonne Nouvelle. Et cette Bonne Nouvelle est toujours une invitation à la joie. Qu’est-ce que l’Évangile ? C’est une magnifique justification du monde et de l’homme, parce que c’est la révélation de la vérité sur Dieu. Dieu est la première source de joie et d’espérance de l’homme. Dieu tel que le Christ nous l’a révélé. Dieu qui est Créateur et Père : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique afin que l’homme ne meure pas mais qu’il ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). L’Évangile manifeste avant tout la joie de la création. Dieu – Lui qui, en créant, « voit que cela est bon » – est source de joie pour toutes les créatures, et pour l’homme au plus haut degré. Le Dieu créateur semble dire à toute la création : « Il est bon que tu existes ». Cette joie qu’Il éprouve est communiquée spécialement par le Bonne Nouvelle qui nous annonce que le bien est plus fort que tout le mal présent dans le monde. Car le mal n’est ni originel ni définitif. C’est un des points où le christianisme se distingue nettement de toute forme de pessimisme existentiel. 

Cette joie propre à la création est de plus complétée par la joie du salut, par la joie de la rédemption. L’Évangile annonce en premier lieu une grande joie : celle du salut de l’homme ! Le Créateur de l’homme est aussi son Rédempteur. Non seulement le Sauveur affronte le mal sous toutes ses formes présentes dans le monde, mais Il proclame aussi la victoire sur le mal. « J’ai vaincu le monde », dit le Christ. Cette parole trouve sa pleine garantie dans le Mystère pascal – le Mystère de la Passion, de la mort et de la Résurrection du Fils de Dieu fait homme. Pendant la veillée pascale, l’Église chante dans l’allégresse : « Ô heureuse faute qui nous a mérité un tel Rédempteur ! » (Exultet). 

En tant que témoin du Christ et ministre de la Bonne Nouvelle, le Pape est l’homme de la joie et de l’espérance, l’homme qui affirme la valeur fondamentale de l’existence, la valeur de la création et l’espérance dans la vie future. 

PRIER POUR TOUTES LES ÉGLISES

Cependant, la prière du Pape a une dimension toute particulière. Le souci de toutes les Églises, qu’il porte dans sa pensée et dans son cœur, conduit le Pontife à accomplir chaque jour, par la prière, un pèlerinage à travers le monde entier. Se révèle ainsi une sorte de géographie de la prière du Pape : celle des communautés, des Églises, des sociétés et aussi des problèmes qui assaillent le monde contemporain. En ce sens, le Pape est donc appelé à une prière universelle où « le souci de toutes les Églises » (2 Co 11, 28) lui permet d’exposer devant Dieu toutes les joies et en même temps les souffrances et les angoisses que l’Église partage avec l’humanité contemporaine. Voilà l’origine de la dimension missionnaire de la prière de l’Église et du Pape. L’Église prie afin que s’accomplisse partout l’œuvre du Christ qui sauve le monde ; elle prie pour pouvoir elle-même vivre en accomplissant sans cesse la mission qu’elle a reçue de Dieu. 

Donc l’Église et le Pape prient pour les hommes auxquels cette mission doit être plus particulièrement confiée. Ils prient pour les vocations : non seulement les vocations sacerdotales et religieuses, mais aussi pour les nombreuses vocations à la sainteté parmi les laïcs du peuple de Dieu.

PRIER POUR CEUX QUI SOUFFRENT

L’Église prie encore pour tous ceux qui souffrent. La souffrance constitue toujours une dure épreuve, non seulement physique mais aussi morale. La vérité énoncée par saint Paul lorsqu’il affirme que, par ses souffrances, il « complète en sa chair ce qui manque aux épreuves du Christ » (Col 1, 24) est au cœur de l’Évangile. Trouver joie et espérance, même au cœur de la souffrance, est un aspect essentiel de la Bonne Nouvelle ; mais l’homme ne peut franchir le seuil de cette vérité s’il n’y est pas conduit par l’Esprit Saint. La prière pour tous ceux qui souffrent, et avec eux, s’intègre nécessairement à cette grande clameur que l’Église et le Pape élèvent en s’unissant au Christ. C’est un cri pour que le bien l’emporte, même à travers le mal et la souffrance, toutes les fautes et les injustices humaines. 

PRIER POUR LES DÉFUNTS

Enfin, l’Église prie pour les défunts et cette prière est révélatrice de la vie de l’Église elle-même : l’Église demeure dans l’espérance de la vie éternelle. La prière pour les défunts s’apparente à un combat contre la réalité de la mort, contre cette destruction qui menace inexorablement l’existence de l’homme sur la terre. Cette prière conduit toujours à recevoir personnellement la révélation de la Résurrection : le Christ lui-même témoigne de la vie et de l’immortalité qui sont promises par Dieu à chaque être humain.

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