Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour la fête de la Toussaint

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Promesses de Victoire et de Résurrection!

« Ses disciples s’approchèrent de lui. » Ce que le Maître va leur dire est bien spécial! Il va prononcer sur eux de bien étranges bénédictions! Des paroles qui sont pour eux et pour tous ceux et celles à qui ils les transmettront. Elles se répercuteront encore dans tous les pays du monde, avec le contenu paradoxal et la démesure qui les caractérisent, avec toute l’immense Espérance qu’elles apportent au monde.

Bienheureux les pauvres de cœur!  Bienheureux ceux qui pleurent! Bienheureux les doux! Bienheureux les affamés, les assoiffés de justice! Bienheureux les miséricordieux! Bienheureux les cœurs simples et purs! Bienheureux les artisans de paix! Bienheureux les persécutés pour la justice! Heureux, oui heureux êtes-vous, si on vous insulte, on vous persécute, on dit faussement du mal contre vous, à cause de moi! Réjouissez-vous! Soyez dans l’allégresse! Votre récompense est grande dans les cieux! Car alors le Royaume des cieux vous appartient. Vous serez consolés. Vous recevrez la terre en héritage. Vous serez rassasiés de justice. On vous fera miséricorde. Vous verrez Dieu. Vous serez même appelés fils, filles de Dieu. Oui le Royaume vous appartient déjà. Oui, vous êtes gagnants, victorieux. 

Nous avons là des bénédictions étonnantes qui vont à l’envers du bon sens. Elles heurtent même nos réflexes spontanés. Comment pouvons-nous célébrer ainsi des valeurs apparemment si peu utiles et autant contreproductives? Humainement parlant, que faire avec la pauvreté de cœur, les pleurs, la douceur, la faim et la soif de justice, la miséricorde, la pureté de cœur? N’est-ce pas là des attitudes et des valeurs qui sont démodées, dépassées dans un monde qui s’est donné des normes strictes de productivité, d’efficacité, qui s’accommode d’être dur et intraitable, absolument compétitif. Un monde où l’injustice est tolérée, voire même parfois encouragée.

Comment les paroles du Seigneur peuvent-elles nous rejoindre et faire du sens encore aujourd’hui dans notre monde en déconstruction, où les principes et les traditions sont remis systématiquement en question?  Plusieurs des nôtres ne sont-ils pas désabusés, désorientés, étrangers à pareil langage, ne comprenant pas de quoi nous parlons. Ne sommes-nus pas rendus ailleurs? 

Dans cette page bien connue de l’évangile selon Saint Matthieu, nous avons les premiers mots de l’enseignement de Jésus. Ces mots nous donnent l’énoncé des valeurs privilégiées par Jésus. Lui-même, le premier, il les a mis en pratique. Il les a illustrées par ses engagements et tout son témoignage de vie. 

Je me souviens, c’était le 20 septembre 1984. Nous étions des milliers, rassemblés à Ottawa, sur les plaines Lebreton. L’endroit avait quelque chose d’idyllique. Étalé à l’ouest du centre-ville, dans un espace bordé au nord par la rivière des Outaouais, à l’est par la colline parlementaire, au sud par la colline Primerose où se trouve notre couvent. L’espace pouvait s’étirer indéfiniment vers l’ouest. C’était le lieu du dernier rendez-vous de la 1ière Visite du Pape Jean-Paul II au Canada. Il avait plu abondamment, ce jour-là jusqu’au milieu de l’après-midi. On avait craint que la célébration prévue ne puisse avoir lieu. Mais enfin tous les nuages s’étaient dispersés. Tout allait donc se passer avec la complicité d’un soleil magnifique. On allait donc pouvoir célébrer la messe avec le pape. J’entends encore l’évangile alors proclamé avec force dans les deux langues officielles du pays. Le passage choisi était celui dont nous venons d’entendre la lecture en cette fête de la Toussaint.  

Je me permets de vous citer de larges extraits du commentaire que le Pape nous avait alors partagé : « Aujourd’hui, disait-il, je suis au milieu de vous un pèlerin de paix, et je désire en cette dernière homélie, prolonger tout ce que j’ai dit dans le cadre de ma mission pastorale en terre canadienne. Et c’est une synthèse finale que je voudrais faire en m’appuyant sur les huit béatitudes du Christ.

Dans les huit béatitudes se présente à nous, avant tout, une personne : la personne du divin Maître. C’est de lui que parle le prophète Isaïe quand il annonce qu’une grande lumière a resplendi sur ceux qui habitent le pays de l’ombre (cf. 9, 1).

Au milieu de la famille humaine menacée, le Christ se tient sans cesse comme Prince-de-la-paix, comme Défenseur de ce qui est humain.

L’Évangile des huit Béatitudes n’est pas autre chose qu’une défense de ce qui est le plus profondément humain, le plus beau dans l’homme, ce qui est saint en l’homme

« L’Évangile des huit Béatitudes est une constante affirmation de ce qui est le plus profondément humain, de ce qui est héroïque en l’homme. L’Évangile des huit Béatitudes est lié fermement à la Croix et à la Résurrection du Christ. Et c’est seulement à la lumière de la croix et de la résurrection que ce qui est humain, que ce qui est héroïque en l’homme retrouve sa force et sa puissance. Aucune forme du matérialisme historique ne lui donne de fondement ou de garantie. Le matérialisme ne peut que mettre en doute, amoindrir, piétiner, détruire, briser ce qui est le plus profondément humain.

L’Évangile des huit Béatitudes est, à sa racine même, lié au mystère : à la réalité de la Rédemption du monde. Oui, seule la réalité de la Résurrection du monde constitue le fondement des Béatitudes. »

Et plus loin Jean-Paul II affirmait sur le ton solennel qu’on a bien connu de lui :

« Alors, que proclame en définitive l’Évangile des huit béatitudes ? Il dit que les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux, ceux qui ont faim et soif de la justice, les artisans de paix… tous sont invincibles ! Que la victoire définitive leur appartient ! À eux appartient le Règne de la vérité, de la justice, de l’amour et de la paix !

Que leur faiblesse, leur difficulté à surmonter ce qui divise et oppose ne les abatte pas : les forces de l’homme ne suffisent pas à mettre en œuvre l’Évangile, mais la force du Christ permet la purification et la conversion du cœur, car il s’est livré pour que sa paix soit en l’homme !

C’est cette perspective que leur a ouverte le Christ par son Évangile et par la Rédemption, à eux ! Véritablement à eux ! »

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