Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet
Nous deux

Trois fois oui !

Imprimer Par Caroline Pinet
Film de Frank Capra, La vie est belle

 Je me souviens d’une retraite donnée par un prêtre au tout début de mon retour à la foi. Je devais avoir vingt-et-un ou vingt-deux ans. Il nous invitait à vivre en pensant à ce que l’on souhaitait qu’il soit écrit à propos de nous sur la pierre tombale au bout de nos jours. Quels termes résumeront alors notre vie ? Ce petit exercice, loin d’être futile, permet de viser l’essentiel. Qu’est-ce qui a de l’importance ? Que veux-je accomplir dans ma vie ? C’est un excellent exercice également pour tout jeune couple.

Je me souviens d’une retraite donnée par un prêtre au tout début de mon retour à la foi. Je devais avoir vingt-et-un ou vingt-deux ans. Il nous invitait à vivre en pensant à ce que l’on souhaitait qu’il soit écrit à propos de nous sur la pierre tombale au bout de nos jours. Quels termes résumeront alors notre vie ? Ce petit exercice, loin d’être futile, permet de viser l’essentiel. Qu’est-ce qui a de l’importance ? Que veux-je accomplir dans ma vie ? C’est un excellent exercice également pour tout jeune couple.

La pression pour consommer des biens est telle qu’il semblerait que l’unique but de la vie ici-bas soit de pouvoir s’en offrir en abondance. Notre réussite est alors reconnue par nos pairs quand nous possédons beaucoup et que nous pouvons nous offrir beaucoup. Mais, quand nous plaçons en perspective le résumé de notre future épigramme, voulons-nous vraiment réduire notre passage sur Terre à la quête d’objets de consommation ? Imagine-t-on des résumés de vie de sorte que tout ce que l’on retienne à propos de nous soit:

– il a réussi à s’acheter une belle grosse maison luxueuse avec piscine creusée

– elle a pu s’offrir une Lamborghini 

– Il possédait le meilleur équipement numérique 

– elle avait une garde-robe qui couvrait un immense dressing et une centaine de chaussures italiennes…

Nous sommes dans une société qui confond désirs et accomplissements. Récemment, nous avons reçu un bien par la poste et le mot accompagnant le pli exprimait « ô joie, vous avez reçu votre colis. » Or un bien, s’il peut procurer du plaisir, ne va pas contribuer à faire goûter à la joie qui, elle, relève d’une dimension profonde de l’être. La possession relève plutôt du leurre de la joie réelle. Ma plus jeune de onze ans l’a bien constaté. Récemment, elle se désolait : « En fait, c’est curieux ! Quand je reçois un jouet, je suis contente de l’avoir sur le coup, mais peu de temps après, je m’intéresse déjà à autre chose. J’aimerais pourtant que ce plaisir me dure plus longtemps ! ».

En cours de route, il nous arrive de douter de l’utilité de notre vie. Avons-nous fait les bons choix ? Est-ce que nous nous sommes trompés ? Avons-nous une quelconque utilité dans ce monde ? Dans le film de Frank Capra, La vie est belle, le personnage George Bailey, rencontrant des ennuis financiers, croit qu’il vaut davantage mort que vivant. Son ange gardien lui montre alors ce que la vie aurait été sans lui : une désolation pour les déshérités de sa petite ville. George Bailey n’a pas accompli la carrière qu’il espérait, et n’a certes pas réussi à être millionnaire comme il le souhaitait enfant, pourtant sa vie est tellement plus riche que celle de Monsieur Potter, un homme d’affaire sans scrupule bien fortuné. Il a toujours vécu selon les appels de son cœur ne sacrifiant jamais l’amour de son prochain.

J’ai eu la chance au cours de l’été de tomber non pas sur un ange, mais sur une vieille cassette vidéo familiale. Je n’y ai pas vu ce que la vie aurait été sans mon mari et moi, mais la richesse qui avait rempli notre vie. Cela peut faire sourire quand on pense au mot richesse qui semble en contradiction totale avec notre compte en banque, notre intérieur rempli de meubles disparates et de notre souci constant à boucler les fins de mois depuis les débuts de notre mariage ! Pourtant, sous mes yeux défilaient des images que nulle richesse ne pouvait acheter ! Des scènes de vie qui remplissaient le cœur de joie ! Nous étions avec nos cinq aînés alors tous jeunes et le bonheur qui luisait dans nos yeux n’étaient pas feint. J’ai vu mon mari regardant sa marmaille avec tellement d’amour et de bonheur. Mon mari y a vu sa jeune épouse rayonnante de joie. Nos enfants étaient heureux et épanouis. Sans le savoir, nous avions fait fortune dans la vie ! Pas étonnant que nous ayons agrandi la famille…

Alors, j’ai aussitôt oublié tous les tracas financiers qui nous mordent les mollets au quotidien. J’ai réalisé à quel point je n’aurais jamais voulu d’une autre vie ! Que le trésor que nous avions amassé sur Terre me liait à jamais à mon époux et qu’il se composait de huit beaux enfants ! Si je pouvais retourner en arrière et donner un conseil à la jeune femme en blanc que j’étais au pied de l’autel, je lui murmurerais de répondre trois fois « oui » à son promis. Et j’ajouterais une lecture à la cérémonie : « amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mat 6, 20-21)

La pression pour consommer des biens est telle qu’il semblerait que l’unique but de la vie ici-bas soit de pouvoir s’en offrir en abondance. Notre réussite est alors reconnue par nos pairs quand nous possédons beaucoup et que nous pouvons nous offrir beaucoup. Mais, quand nous plaçons en perspective le résumé de notre future épigramme, voulons-nous vraiment réduire notre passage sur Terre à la quête d’objets de consommation ? Imagine-t-on des résumés de vie de sorte que tout ce que l’on retienne à propos de nous soit:

– il a réussi à s’acheter une belle grosse maison luxueuse avec piscine creusée

– elle a pu s’offrir une Lamborghini 

– Il possédait le meilleur équipement numérique 

– elle avait une garde-robe qui couvrait un immense dressing et une centaine de chaussures italiennes…

Nous sommes dans une société qui confond désirs et accomplissements. Récemment, nous avons reçu un bien par la poste et le mot accompagnant le pli exprimait « ô joie, vous avez reçu votre colis. » Or un bien, s’il peut procurer du plaisir, ne va pas contribuer à faire goûter à la joie qui, elle, relève d’une dimension profonde de l’être. La possession relève plutôt du leurre de la joie réelle. Ma plus jeune de onze ans l’a bien constaté. Récemment, elle se désolait : « En fait, c’est curieux ! Quand je reçois un jouet, je suis contente de l’avoir sur le coup, mais peu de temps après, je m’intéresse déjà à autre chose. J’aimerais pourtant que ce plaisir me dure plus longtemps ! ».

En cours de route, il nous arrive de douter de l’utilité de notre vie. Avons-nous fait les bons choix ? Est-ce que nous nous sommes trompés ? Avons-nous une quelconque utilité dans ce monde ? Dans le film de Frank Capra, La vie est belle, le personnage George Bailey, rencontrant des ennuis financiers, croit qu’il vaut davantage mort que vivant. Son ange gardien lui montre alors ce que la vie aurait été sans lui : une désolation pour les déshérités de sa petite ville. George Bailey n’a pas accompli la carrière qu’il espérait, et n’a certes pas réussi à être millionnaire comme il le souhaitait enfant, pourtant sa vie est tellement plus riche que celle de Monsieur Potter, un homme d’affaire sans scrupule bien fortuné. Il a toujours vécu selon les appels de son cœur ne sacrifiant jamais l’amour de son prochain.

 J’ai eu la chance au cours de l’été de tomber non pas sur un ange, mais sur une vieille cassette vidéo familiale. Je n’y ai pas vu ce que la vie aurait été sans mon mari et moi, mais la richesse qui avait rempli notre vie. Cela peut faire sourire quand on pense au mot richesse qui semble en contradiction totale avec notre compte en banque, notre intérieur rempli de meubles disparates et de notre souci constant à boucler les fins de mois depuis les débuts de notre mariage ! Pourtant, sous mes yeux défilaient des images que nulle richesse ne pouvait acheter ! Des scènes de vie qui remplissaient le cœur de joie ! Nous étions avec nos quatre aînés alors tous jeunes et le bonheur qui luisait dans nos yeux n’étaient pas feint. J’ai vu mon mari regardant sa marmaille avec tellement d’amour et de bonheur. Mon mari y a vu sa jeune épouse rayonnante de joie. Nos enfants étaient heureux et épanouis. Sans le savoir, nous avions fait fortune dans la vie ! Pas étonnant que nous ayons agrandi la famille…

Alors, j’ai aussitôt oublié tous les tracas financiers qui nous mordent les mollets au quotidien. J’ai réalisé à quel point je n’aurais jamais voulu d’une autre vie ! Que le trésor que nous avions amassé sur Terre me liait à jamais à mon époux et qu’il se composait de huit beaux enfants ! Si je pouvais retourner en arrière et donner un conseil à la jeune femme en blanc que j’étais au pied de l’autel, je lui murmurerais de répondre trois fois « oui » à son promis. Et j’ajouterais une lecture à la cérémonie : « amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mat 6, 20-21)

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