Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Jean-François Bour, o.p.
Méditation chrétienne

Accueillir notre humanité

Imprimer Par Jean Vanier

La vie humaine est un cheminement de la faiblesse à la faiblesse. Elle commence avec la faiblesse du nouveau-né et s’achève avec la faiblesse de la personne âgée Pendant toute notre vie, nous ne sommes jamais à l’abri de la fatigue, de la maladie ou d’un accident. La fragilité est au cœur de nos vies. Si on nous rejette à cause de notre fragilité et de nos faiblesses, nous tombons dans la dépression et la confusion ; mais si nous nous sentons acceptés, appréciés, écoutés et aimés, notre fragilité peut devenir source de paix et de joie.

Certaines personnes sont agacées par la fragilité ; elles ne peuvent supporter le cri d’un enfant. La faiblesse réveille en elles la dureté et la colère. La fragilité peut aussi inciter à un amour possessif et fusionnel, ce qui est tout aussi dangereux. Mais elle peut éveiller aussi la compassion, qui est le souci de la croissance et du bien-être de la personne plus démunie.

En niant la présence inéluctable de la fragilité dans notre vie, nous refusons la réalité de la mort ; la faiblesse nous rappelle l’ultime dépossession qui est la mort. La faiblesse, la maladie, l’agonie, la mort font partie des étapes de cette dépossession, mais elles nous apparaissent contre nature et nous cherchons à les nier. Nier notre faiblesse et la mort, vouloir rester forts et puissants équivaut à rejeter une partie de notre être ; nous vivons alors dans l’illusion.

Être humain, c’est accepter la cohabitation en nous de la force et de la faiblesse. C’est accepter et aimer les autres tels qu’ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses. C’est être liés ensemble, avec nos forces et nos faiblesses réciproques, et notre besoin les uns des autres. La faiblesse reconnue, acceptée et offerte est à l’origine de l’appartenance, et donc de la communion entre les personnes.

Le cri et la confiance qui jaillissent du cœur de la personne faible lui donnent un pouvoir secret : celui d’ouvrir bien des cœurs fermés. Le plus faible peut faire surgir les puissances d’amour cachées dans le cœur du plus fort, peut-être parce qu’il s’identifie inconsciemment avec le faible et qu’il sait qu’un jour lui aussi sera faible, qu’il appellera à l’aide, et aura besoin d’être aimé et reconnu.

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Jean Vanier, Accueillir notre humanité, p.60-62 (ed. Presses de la renaissance, 2010)

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