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Responsable de la chronique : Guy Musy, o.p.
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Fin de la Volkskirche

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

 

Avec la conversion de l’empereur Constantin, l’Eglise des martyrs et des catacombes s’est dotée d’une armature législative complexe, d’un gouvernement centralisé, d’un réseau intellectuel et éducatif étroitement surveillé et de normes éthiques minutieusement codifiées. Ajoutez d’immenses propriétés foncières pour assurer la pérennité de ce « système » et une armada hiérarchisée d’agents pastoraux pour diriger les « ouailles ». Je caricature à peine.

Au cours des âges, le bras clérical du nouvel empire chrétien devient hypertrophié au point de réduire le bras séculier à l’état de moignon anémique. Il fut un temps où les monarques européens mendiaient leur couronne royale auprès des papes.

Les révolutions politiques, sociales ou religieuses ont tenté avec plus ou moins de succès à ramener les clercs à leur sacristie. L’évêque de Rome ne règne désormais que sur un Etat lilliputien et ses collègues n’arbitrent plus la politique de leurs nations respectives. Demeure aujourd’hui une coquille vide, un échafaudage désuet, un habit d’Arlequin démesuré et démodé où s’empêtrent les serviteurs de l’Evangile. De cet héritage subsiste encore ci et là l’ombre d’une Eglise de masse, d’une « Volkskirche » ou « Landskirche » à laquelle on adhère en raison de ses origines familiales ou de ses appartenances culturelles, politiques ou nationales. Cette Eglise-là s’effondre. Le catholicisme, comme « système », est sérieusement menacé d’implosion. Les Eglises historiques issues de la Réforme luttent elles aussi contre leur disparition. Et pour les mêmes raisons.

Comment dès lors l’Evangile va-t-il survivre et féconder la vie des hommes jusqu’à la fin des temps ? Une espérance renaît sur un champ de ruines et sur une terre en friche. De plus en plus, et un peu partout, des chrétiens et chrétiennes de toute obédience se retrouvent en petits groupes, souvent anonymes, pour prier et partager leur foi. Ils se rencontrent dans leurs maisons, dans un jardin de monastère, dans la nature ou même dans un recoin de presbytère, voire au fond de la nef poussiéreuse d’une église désaffectée. Ils ont besoin de silence, de recueillement, loin du brouhaha médiatique. Ils veulent entendre la voix de Dieu qu’ils ne perçoivent plus dans leurs églises de pierres. Ils désirent aussi recevoir dans la simplicité et la ferveur le pain de vie qui les soutient et les dynamise.

Ce matin, mon bréviaire met sur mes lèvres cette prière : « Fais-nous quitter ce qui ne peut que vieillir ; fais-nous entrer dans ce qui est nouveau ». Echo d’une parole prophétique : « Un monde ancien s’en est allé ; un nouveau monde est déjà né. Ne le voyez-vous pas ? » Si le poisson commence à pourrir par la tête, l’Eglise ne peut renaître qu’à partir du cœur.

 

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