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Responsable de la chronique : Gilles Leblanc
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On a l’âge qu’on a : LA DISPARITION DES LUCIOLES et LA TENDRESSE

Imprimer Par Gilles Leblanc

Les passages d’un âge à un autre suscitent souvent des soubresauts et parfois des volte-face. C’est le propos de deux films récents. Dans LA DISPARITION DES LUCIOLES, le brillant réalisateur québécois Sébastien Pilote présente une adolescente rebelle face à sa famille et à son milieu tandis que le vétéran Italien Gianni Amelio raconte ce qu’il advient d’un vieillard solitaire et bourru après la rencontre d’une voisine allumée, dans LA TENDRESSE.

 


 

LA DISPARITION DES LUCIOLES

Déjà remarquable dans LE VENDEUR et LE DÉMANTÈLEMENT, Sébastien Pilote insuffle une énergie et une légèreté inédites à son troisième film, sans doute son plus accessible à ce jour. En plus de brosser un portrait d’adolescente d’une vérité et d’une actualité criantes, le Saguenéen filme avec affection sa région natale, confrontée à un avenir économique incertain et à une situation démographique préoccupante.

Dans une ancienne ville industrielle du Saguenay, l’adolescente Léo termine son secondaire avec indolence, sans se soucier de son avenir. Quand la communauté religieuse qui lui avait promis un travail d’été se ravise, elle se rabat à contrecœur sur un poste au parc municipal, obtenu grâce à l’influence de son beau-père Paul, qu’elle déteste.

La jeune fille tient en effet cet animateur de radio aux idées de droite responsable de l’exil dans le Grand Nord de son père Sylvain, un chef syndical déchu, qui demeure son héros. Malgré sa misanthropie affichée, la jeune fille développe une relation ambigüe avec Steve, un professeur de guitare de vingt ans son aîné.

S’il traite les enjeux psychologiques et familiaux de son récit avec moins de subtilité et de finesse que dans ses films précédents, Pilote se fait plus moderne dans son style, avec une caméra de proximité à la Dardenne, une exploitation dynamique du décor urbain et une utilisation de différents styles de musique, dont de vibrantes improvisations à la guitare de la part de Pierre-Luc Brillant.

Tout au long de la comédie dramatique, Karelle Tremblay (LES ÊTRES CHERS, CORBO) défend avec aplomb, humour et insolence le rôle de cette jeune personne écorchée par la vie mais qui rayonne avec son désir de liberté et de réalisation de soi.

 


 

LA TENDRESSE

Absent de nos écrans depuis plusieuers années, Gianni Amelio (LAMERICA) revient avec un touchant drame psychologique, librement adapté du roman « La tentation d’être heureux » de Lorenzo Marone. En allant d’un point de vue à un autre sans prévenir, le récit gagne en originalité et en richesse. Il est en effet question d’une foule de thèmes, dont la maladie, la solitude, la vieillesse, la qualité de l’amour parental, les secrets de famille, l’espoir d’un vrai bonheur, et même le sort réservé aux réfugiés de la mer.

Lorenzo, un avocat à la retraite, s’est rendu célèbre à Naples en défendant des fraudeurs de compagnies d’assurances. Veuf et reclus dans son vaste appartement, le vieux grincheux évite tout contact avec son fils, qui s’accommode fort bien de la situation, et sa fille Elena, traductrice au tribunal. Celle-ci souffre davantage de la distance qui s’est établie entre elle et son père. Tout en ignorant que ce dernier passe ses après-midis avec son jeune fils.

Au contact de Michela, pimpante mère de famille qui vint de s’installer dans l’appartement d’en face, Lorenzo sent sa misanthropie s’évanouir. Et quand la jeune femme survit à un terrible drame, l’ancien avocat se fait passer pour son père auprès du personnel hospitalier. Au grand chagrin d’Elena.

Cependant, si des louvoiements narratifs gardent le spectateur en éveil, ils confèrent au film un rythme peu soutenu. L’ensemble est néanmoins mis en scène avec doigté et savoir-faire par le vétéran Amelio, qui filme avec un bonheur égal les quartiers napolitains bigarrés et les couloirs d’hôpitaux aseptisés.

Découvert en 1990 dans PORTES OUVERTES, Renato Carpentieri (JOURNAL INTIME) en impose dans le rôle d’un vieillard buté et faussement sans cœur. Notons enfin la performance remarquable de Giovanna Mezzogiorno et de Micaela Ramazotti dans les personnages d’Elena et de Michela.

Gilles Leblanc

 

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