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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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Octobre mois de la mission

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

 

Octobre, mois de la « mission universelle ». Les mots sonnent rétro et obsolète. Loin de nos chaires les barbes chenues et les moustaches juvéniles qui plaidaient pour les Biafrais affamés, les enfants perdus de Calcutta ou les lépreux malgaches. Sans parler de ces prédicateurs de saison qui quêtaient de quoi couvrir le toit d’une chapelle ou d’une école de brousse.

Des caravanes de bons Pères et de bonnes Soeurs de « chez nous » se sont relayés au cours des siècles, répondant le plus souvent à un appel profond qui les amenait jeunes encore à mourir de fièvres sur les rivages de l’Orénoque ou de l’Oubangui-Chari. Puis, l’ouragan de la sécularisation a emporté cette épopée et vidé les séminaires où se formaient ces évangélisateurs au long cours. Désormais, plus de Pères Blancs « blancs », mais des Pères Blancs « noirs », des Spiritains de même teint, des Salésiennes indiennes qui investissent ce qui reste de christianisme dans nos régions.

Juste retour de manivelles, dites-vous? Continuité de la mission dans la discontinuité des missionnaires ? Je n’en suis pas certain. Autrefois, on partait d’Europe ou d’Amérique du Nord dans le but d’ensemencer une terre encore vierge d’évangile. On voulait planter l’Eglise là où elle n’avait pas poussé. Du moins, le croyait-on. Tout était à faire et à construire, pensait-on. Aujourd’hui, le prêtre congolais ou vietnamien est appelé à remplir des cases devenues vides sur l’échiquier de nos diocèses. Il remplace mais ne crée rien. Tout au plus, il met ses forces à faire revivre une chrétienté disparue et qui ne reviendra plus. Perspective peu réjouissante et qui n’a rien d’exaltant pour un homme ou une femme encore jeune, avide d’aller jusqu’au bout de lui-même.

Non que la présence de ces nouveaux « missionnaires » soit inutile. Loin de moi cette pensée. Elle est même nécessaire pour nous faire souvenir de la « catholicité » de notre Eglise. Mais je la voudrais aussi dynamique, ne se contentant pas d’offrir des soins palliatifs à nos communautés âgées et même moribondes. Je ne sais à quoi ressemblera demain notre Eglise d’Occident. Son renouveau dépendra en grande partie du dynamisme et de la créativité infusés dans nos veines par ces frères et sœurs d’outremer. A condition bien sûr qu’ils soient d’authentiques « missionnaires » et non des touristes de passage. Ou pire, sans goût ni intérêt pour notre culture et notre histoire, butinant au hasard ce qui pourrait faire leur miel.

La mission universelle est donc à un tournant. Des forces nouvelles peuvent aider nos vieilles chrétientés à revivre. Mais à revivre autrement ! Au prix d’un métissage spirituel et d’une acculturation réussie qui fera le lien entre froideur et exubérance, peur de mourir et joie de vivre, inquiétude et insouciance. Mariage en Eglise de la cigale et de la fourmi.

Guy Musy o.p.

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