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Trésors des religions,

Responsable de la chronique : Bruno Demers, o.p.
Trésors des religions

J’ai toujours été à Tes pieds, comme une grenouille au pied d’une tige de lotus.

Imprimer Par Prière hindoue

On dit de Ramana Maharshi (1879-1950) ce que l’on a dit de tous les grands vedântins : qu’ils n’ont plus besoin de s’adresser à un dieu, puisqu’ils sont absorbés en l’Être suprême par la désidentification à tout ce qui lui est extérieur. Et s’ils composent des prières, ce serait uniquement pour l’usage de leurs disciples encore dans la dualité. Cependant Maharshi lui-même témoigne que l’inspiration des Stances au Seigneur (d’) Arunâchala lui est venue spontanément : il avait beau la repousser, pensant « qu’ai-je à faire de ces mots? », il fut obligé de s’y soumettre. Alors, dit-il, « les mots coulèrent aisément, sans aucun effort. Chaque jour, j’écrivis une strophe. » C’était vers 1914.

Arunâchala est une montagne sainte depuis la nuit des temps en pays tamoul; elle est devenue la montagne de Shiva, là où il s’est révélé sous la forme d’une colonne de feu; à ses pieds, le très grand temple médiéval de Tiruvannamalai accueille toujours aujourd’hui de nombreux renonçants. Ramana Maharshi y commença sa vie d’ascète, puis, au moment où il composa cet hymne, il vivait dans une grotte de la montagne, Plus tard, il eut un asharam où se rencontrèrent des gens remarquables, futurs dirigeants de l’Inde, Européens en quête de sagesse, religieux chrétiens cherchant un renouvellement de leur expérience spirituelle. Arunâchala est aussi le nom par lequel on vénère Shiva en ce lieu saint, ce qui fait qu’on ne sait tout à fait comment traduire Sri Arunâchala : « le Seigneur Arunâchala » ou « le Seigneur d’Arunâchala ».


1. Ô Seigneur sous la forme d’Arunâchala! Maintenant que par Ta Grâce Tu t’es emparé de moi, qu’adviendra-t-il de moi à moins que Tu ne Te manifestes à moi qui, languissant de Toi, mélancolique, et harcelé par l’obscurité du monde, suis perdu? Comment le lotus peut-il fleurir sans la vue du soleil? Tu es le Soleil des soleils; Tu permets que la Grâce jaillisse en abondance et coule à flots comme un fleuve!

3. D’Arunâchala Tu es le Seigneur! Me tirant avec les cordages de Ta Grâce, bien que je n’ai pas même légèrement pensé à Toi, Tu avais décidé de me tuer sur le coup. En quoi T’ai-je offensé, pauvre de moi, pour que Tu aies laissé la tâche inachevée? Pourquoi me tourmentes-Tu ainsi, me laissant suspendu entre vie et mort? Satisfais Ton vœu et survis-moi longtemps tout seul, ô Seigneur!

4. Quel profit as-Tu tiré de m’avoir choisi parmi tous ces êtres vivant dans le monde, pour sauver ma pauvre personne de la chute dans le morne gâchis [du samsâra] et me hisser à Tes pieds? Seigneur de l’Océan de compassion! Même penser à Toi me remplit de honte. Arunâchala, longue vie à Toi! Je m’incline devant Toi et je Te rends grâce.

6. Seigneur de ma vie! J’ai toujours été à Tes pieds comme une grenouille au pied d’une tige de lotus; fait plutôt de moi une abeille qui suce le doux miel de la Pure Conscience; alors j’obtiendrai la délivrance. Si jamais je perds la vie tandis que je grimpe à Tes pieds de lotus, que cela soit pour toi une colonne dressée d’ignominie, ô flamboyante Montagne de Lumière qui répand ses rayons rougeoyants! Ô Effusion de grâce plus subtile que l’éther!

7. Ô transcendant! Je suis le premier de ceux qui n’ont pas la Suprême Sagesse de serrer Tes pieds en étant libres de tout attachement. Ordonne que mon fardeau te soit transféré et ma libre volonté effacée, car qu’est-ce qui peut être vraiment un fardeau pour Celui qui soutient tout? Suprême Seigneur! J’en ai eu assez de porter le fardeau de ce monde sur ma tête, séparé de Toi. Arunâchala, le Suprême même! Ne pense plus me tenir à distance de tes pieds.


Ramana Maharshi, Les dix stances à Arunâchala,
Trad. fr. originale Y. Tardan-Masquelier, dans Five Hymns to Sri Arunâchala,
Sri Ramanashramam éd., Tiruvannamalai, 7ème édition, 1999.

 

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