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Responsable de la chronique : Marius Dion, o.p.
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« J’ai foi en nous » : Au-delà du désespoir

Imprimer Par Elias Chacour, prêtre, arabe et israélien

 

Prêtre à Ibillin, un petit village de Palestine, Elias Chacour, Arabe et citoyen d’Israël, est l’un des témoins vivants de cette coexistence prétendument impossible au Moyen-Orient. C’est un homme qui, malgré l’amertume que pourrait susciter en lui l’histoire de son peuple, n’a eu de cesse d’œuvrer pour la réconciliation de ces deux « frères de sang » que sont les Israéliens et les Palestiniens.

L’obsession qui l’habite est de construire la paix sans jamais céder devant ceux qui détruisent.

C’est un vibrant message d’amour et un plaidoyer passionné en faveur de la paix qu’il adresse ici à ses frères juifs d’Israël, à ses frères musulmans de Palestine, non pour les convertir à sa religion, mais pour les convertir les uns aux autres dans l’amour de Dieu. Si cet « autre homme de Galilée » parle du fond de sa souffrance, c’est avec la profondeur de son espérance.

Dans cette situation d’angoisse et de peur qui assiège au quotidien les hommes et les femmes d’Israël et de Palestine, il fallait trouver une voix qui, telle la lumière dans les ténèbres, s’élève pour parler d’espérance. Une voix crédible qui sache apprécier l’ami comme l’ennemi. Celle d’un homme qui a fait de sa vie un combat pour la reconnaissance des hommes entre eux. Dans ce jardin de larmes existent des graines de paix. Des bâtisseurs, des hommes, qui ne nous laissent pas désespérer, quelle que soit la dureté de la conjoncture. Des artisans de paix que la fondation «Hommes de Parole» a choisi de rencontrer pour relayer leur volonté dans le tumulte des mauvaises nouvelles et du désespoir. Car la paix est difficile mais possible, où que ce soit, entre qui que ce soit. En avoir la conviction, c’est déjà lui donner une chance.

» Elias Chacour est l’un de ces hommes, avec ses richesses et ses pauvretés, mais avec une volonté farouche et incontestable de se battre pour la paix, la vraie, celle du cœur.

Ensemble, nous avons discuté des heures et des heures au cours de longues journées et de longues soirées à Ibillin, dans son collège ou chez lui. Il m’a raconté sa vie, ses souffrances, ses moments de désespoir et de solitude, mais aussi ses joies et surtout son espérance. Ce livre en est le résultat. Aujourd’hui, je sais avec certitude que son combat est vraiment un combat pour la paix. Un combat que beaucoup pourront contester, car Elias Chacour, citoyen d’Israël, qui est avant tout lui aussi un «homme né bébé, à l’image de Dieu », comme il se plaît à le dire, est également un Arabe palestinien qui parle au nom et avec la sensibilité de son peuple.

Derrière la verdeur et parfois la grande rudesse de ses propos à l’égard de certains Juifs israéliens, on sent bien que l’obsession qui habite Elias Chacour est de pouvoir établir la paix sur les fondements de la justice et de l’intégrité, du courage spirituel et de la lucidité humaine, en construisant toujours, pour ne pas céder la place, jamais, à ceux qui détruisent.


Au cours de ces dernières années, j’ai cherché à comprendre, sur place, la souffrance du peuple• palestinien comme celle du peuple israélien, et j affirme que contrairement aux dires de ceux dont l’obsession est de maintenir et développer la haine et la violence, la volonté de parvenir à une paix juste, vraie et fraternelle, est vraiment l’objectif unique de la majorité de ces deux populations destinées « malgré tout» à s’entendre.

Elias Chacour représente l’un des vrais témoins vivants de cette coexistence prétendument impossible au Moyen-Orient, car il travaille avec tous, il est accepté aussi bien par les Israé¬liens que par les Palestiniens. C’est un homme qui, malgré l’amertume que pourrait soulever l’histoire de son peuple, n’a eu de cesse de dépasser les passions et d’œuvrer pour la rencontre et la réconciliation de deux «frères de sang », ainsi qu’il les appelle, les Israéliens et les Palestiniens.

Une réconciliation qui commence dans cette école qu’il a fondée à Ibillin, où enfants palestiniens musulmans ou chrétiens, et enfants juifs israéliens apprennent ensemble autour d’un corps professoral représentant la même mixité. C’est sur ces bancs que la paix se construit, que l’Israël d’Elias Chacour prend forme. La forme d’une terre de paix où vivent réconciliés les fils de Dieu, ces frères qui s’ignorent encore. Car tous croient en ce Dieu unique de la Bible, révélé à Abraham.

Elias Chacour » est «un homme de paix dans un pays en guerre ». Il est un homme qui cherche à vivre la paix et qui est en quête de justice. Un homme éperdu d’amour pour son pays ainsi que pour son peuple. La seule chose qu’il essaie d’exprimer s’inspire du message de Celui qui a guidé son enfance et sa vie : Jésus-Christ. Le présenter comme « un autre homme de Galilée» n’est pas le comparer au Christ, mais rendre hommage à sa volonté de suivre le Christ. Elias Chacour souhaite que le nouvel Homme de Galilée, celui de ces temps présents et à venir, qu’il soit palestinien, musulman, juif ou chrétien, parle le langage de Dieu, celui qui s’adresse aux hommes et non celui de la guerre, de la peur, de la revendication. Il voudrait que chacun soit ce nouvel Homme. C’est ce message d’amour qu’il voudrait voir partir vers le monde entier.


Elias Chacour. J’ai foi en nous. Au-delà du désespoir. Presses de la renaissance, 2002.

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