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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.
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La Bénincasa

Imprimer Par Guy Musy, o.p.

 

Au cours de ce temps de Pâques, la liturgie, avec raison, fait la part belle au Ressuscité et renvoie dans l’arrière-cour, les « petits saints besogneux », pour parler comme Georges Brassens. Ils apparaissent ou simplement figurent au calendrier. Sans rien de plus. Une louable exception cependant : l’évangile de Jean met en vedette au matin de Pâques Marie de Magdala, une femme surnommée «apôtre des apôtres ».

Ce dimanche 29 avril, une autre sainte s’efface devant le Ressuscité. Une autre « apôtre des apôtres », enflammée comme la première du même Amour pour « celui que son coeur aime ». Comme Madeleine son aînée, elle va courir son petit monde pour convaincre ceux qui l’auraient oublié que Jésus est toujours et encore bien vivant. Cette femme naquit non pas à Magdala, sur les bords du lac Génésareth, mais à Sienna, dans cette Toscane bouillonnante du Quatrocento. Elle s’appelait Caterina Benincasa, fille d’un teinturier qui avait sa maison au-delà d’un petit vallon qui la séparait d’un couvent dominicain.

Cette proximité ne fit pas de Catherine une moniale confite en dévotions derrière ses doubles grilles, mais une laïque tourmentée par le salut de ses contemporains. A commencer par ses compatriotes siennois et leurs voisins florentins. D’extraction roturière, quasi analphabète, rien ne la prédestinait à devenir diplomate, sinon le feu intérieur qui la brûlait et autorisait toutes ses audaces.. L’histoire de l’Eglise a gardé souvenir de son voyage en Avignon pour rappeler au pape qui avait choisi cet exil provençal que son devoir était de résider dans la ville de Rome dont il était l’évêque.

Maîtresse femme, elle savait parler aux hommes, leur intimant de suivre ses ordres qui, selon elle, étaient aussi ceux du Seigneur avec qui elle «dialoguait» jour et nuit. Il lui fallut peu d’année pour accomplir une longue carrière de sainteté. Trente-trois lui suffirent, comme elles suffirent à l’époux divin qui habitait son cœur.

Par contre, les hommes d’Eglise prirent leur temps pour reconnaître ses mérites, agacés sans doute qu’une « simple femme » puisse leur faire la leçon. Ils finirent par lui donner une barrette de « docteur », elle qui n’avait jamais fréquenté les amphis universitaires, pas plus que les bancs d’école primaire. Et pour couronner le tout, ils la déclarèrent « patronne de l’Europe ». Ne serait-ce que pour rendre hommage à ses pénibles pérégrinations» visant à rétablir l’unité d’une Eglise déchirée par un schisme qui scinda aussi l’Europe de ce temps en nations hostiles et concurrentes.

Dominicain, je ferai tout de même mention de Catherine de Sienne aux messes de ce dimanche 29 avril. Non seulement pour honorer les femmes majoritairement présentes à ces liturgies, mais aussi pour rappeler aux hommes qui s’y trouvraient qu’ils ne sont pas les seuls à prétendre servir l’Eglise, et encore moins à la guérir.

Guy Musy OP

 

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