Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.
Aventure spirituelle

Sages orientaux

Imprimer Par Henri Girard

 

En Chine, et dans les pays qui ont reçu son influence tels que Corée, Japon, Vietnam, Thaïlande, il n’y a pas de place pour Dieu et de mot pour le dire. Bien sûr, il y a un certain nombre de chrétiens dans ces pays, mais dans quelle mesure comprennent-ils notre théologie chrétienne?

Tout ce qui est pensé vient de l’humain et est humain. Une révélation du Ciel leur paraît impossible et irrespectueuse pour l’homme, qui a ses limites mais aussi ses capacités de trouver par lui-même la Voie qu’il doit marcher jusqu’à la mort, c’est-à-dire jusqu’à son entrée dans l’harmonie universelle. Cette harmonie universelle remplace le divin, ou ce que nous appelons le Ciel.

Tout ce qui est pensé est humain et fait pour demeurer dans l’humain. On a dit en Occident : Dieu est mort. En Asie, c’est une façon de dire impensable, puisque Dieu n’existe pas. Ce qui existe, c’est tout simplement le terrestre. L’homme serait-il le centre de l’univers? Il n’en est pas question. Parmi l’harmonie universelle, il est un centre et non négligeable, mais il n’est pas le centre de la nature. Même si tout tourne autour de lui, parce qu’il attire, cette attirance n’en fait pas le centre du monde.

Allons plus loin. Il n’y a pas de mot pour dire : dogme, sacrement, incarnation, mystère. Le mot ciel, s’il est utilisé, c’est simplement pour nommer le firmament, la buée des nuages, le mauve des couchers de soleil, les pronostics de la température. On ne rejette pas, on ignore tout simplement.

Il est facile de deviner la surprise et l’étonnement des premiers missionnaires, un Mateo Ricci par exemple, à son arrivée en Chine au 16e siècle. Non seulement aucun mot qui ressemble à ceux de sa langue italienne, mais aucun mot à l’intérieur du chinois qui puisse dire le vocabulaire religieux. Ricci a dû se rappeler l’épisode de saint Paul à Corinthe, Paul qui parlant de résurrection des morts se fit dire par quelques railleurs : « Eh, vieux, nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». C’est bien ce qui est arrivé aux premiers missionnaires en Chine.

Harmonie en musique, en peinture, harmonie en écriture, aussi harmonie dans les lois qui gouvernent le pays. Pour qu’il y ait harmonie, il faut au moins un pluriel. Et c’est-là toute leur « religion », Nuit-jour, ombre-lumière, froid-chaud, grand-petit, oui- non, et toute la gamme des contraires. Ce que nous, nous appelons les contraires devient pour eux l’élan qui permet de rejoindre le grand tout de l’universel. Le trait d’union, posé entre les mots, s’appelle le vide médian. Et vous savez combien le vide attire! Il est magnétique, il donne même le vertige. Le non appelle le oui et réciproquement. Le non n’est jamais comblé, s’il ne reçoit pas certaines confidences (cachées) du oui. Le oui est le complément du non, car tout est tellement limité, changeant, multiple, qu’il est possible d’aller à l’infini.

Est-ce là un simple jeu de l’esprit? Pas plus que nos syllogismes qui se veulent toujours logiques. Cette mentalité asiatique est peut-être moins rigide de nos jours. Mais les racines du vieil arbre de l’harmonie universelle ne sont pas mortes. La sève coule dans le subconscient de chaque individu. Ce qui permet ‘aux Asiatiques d’être différents de notre héritage occidental et cela est un enrichissement pour les deux hémisphères.

Ne sommes-nous pas en face d’une impossibilité de nous comprendre? Après 50 ans de vie en Extrême-Orient, je suis un peu en mesure de percevoir les difficultés mais aussi les possibilités d’entente. Tout commence par le respect mutuel et l’effort d’une inculturation dans son pays d’adoption. Les difficultés de langues, tout en étant réelles, ne sont pas insurmontables. Beaucoup de livres facilitent maintenant ce travail de recherche. Venu pour donner beaucoup, j’ai l’impression que j’ai reçu davantage.

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