Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.
Parole et vie

Homélie pour le 28e Dimanche. T.O. Année A

Imprimer Par Jacques Marcotte, o.p.

Mettre son habit de noces

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,1-14.
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux anciens du peuple, et il leur dit en paraboles :
« Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.
Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.
Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.”
Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ;
les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.
Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville.
Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes.
Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.”
Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.
Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.
Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L’autre garda le silence.
Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.”
Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

COMMENTAIRE

Il y a quelques années, j’avais le bonheur de bénir le mariage de Sandrine et de Samuel, un couple martiniquais établi à Québec. Comme d’autres activités pastorales m’attendaient tout de suite après la cérémonie, je n’ai pu prendre part au banquet des noces. Or, le couple est venu me voir deux semaines plus tard, me priant d’accepter une bouteille de vin qu’ils avaient conservée de la fête. De plus ils souhaitaient m’inviter à venir chez eux prendre un repas. C’est la tradition en Martinique, m’ont-ils dit, que le prêtre aille prendre un repas avec les nouveaux mariés peu après la célébration du mariage. Bien sûr, je n’ai pas boudé cette invitation; peu de temps après nous avons ensemble retrouvé l’ambiance de la fête de leur mariage.

« Le royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. » N’est-ce pas le genre d’événement que personne ne veut manquer? Comme tous les parents du monde, le Roi voulait faire de ce mariage un événement. Il a tout prévu, tout préparé, sauf cette réaction des invités : « Ceux-ci ne voulaient pas venir ». On comprend la déception du Roi devant ce refus. Il insiste. « Tout est prêt, venez au repas de noce ». Et voilà justement que les choses se clarifient. Certains affichent leur manque d’intérêt. Ils se montrent même insolents et malfaisants envers les messagers.

La parabole vise assez nettement le peuple juif qui n’a pas su accueillir les prophètes ni même Jésus, et il s’est enfermé dans une obéissance stricte à la loi, ne comprenant pas qu’il était convié à une alliance nouvelle, pour un régime de gratuité et de liberté auquel Dieu le préparait depuis longtemps.

Le message de la parabole s’adresse aussi bien, on peut le penser, aux premières communautés chrétiennes, et à nous qui avons foi au Christ, qui sommes baptisés et confirmés, mais qui avons souvent l’idée ailleurs et ne saisissons pas bien l’enjeu de cette alliance privilégiée : Dieu avec nous dans le Christ et dans son Église ? Acceptons-nous vraiment d’avoir part à cet heureux avènement? À ce régime d’amour et de communion?

La parabole a de quoi nous étonner avec ses rebondissements. Le refus des premiers invités est choquant, mais il permet un débordement inattendu, une libéralité surprenante. Loin de se décourager, le Roi se tourne vers d’autres pour remplir la salle des noces. La fête devient accessible à tous. Des gens ordinaires, des pauvres, des traînards même. Les meilleurs se mêlent aux moins bons. Quelle merveille! Mais suffit-il d’être là? Qui est cet homme à la fin qui assombrit le tableau, dont la présence est dissonante au milieu des convives. « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce? » L’homme est pris de court, il ne sait quoi répondre! Pourquoi cet homme n’a-t-il pas son habit? Quel est ce habit qui lui manque, et pourquoi cet habit est-il si important? Alors que tous étaient bienvenus, il y a donc des conditions? Quelles sont-elles ? Enfin, pourquoi lui ? Serait-ce moi ?

Nous retrouvons ici le cas de celui ou celle qui, bien qu’étant là, se révèle être au dehors. Ne pas avoir le vêtement de noce, ça veut dire que quelque part en soi-même il y a une résistance ou une absence ou une tristesse qui empêche d’entrer dans la fête. L’homme ciblé à la fin de la parabole n’a rien à dire; il est déjà ailleurs. Quelque part en lui-même il est bloqué, fermé, incapable de communier à l’ambiance générale. Il n’est pas entré dans la logique du don de Dieu, qui appelle la reconnaissance, la joie intérieure d’un cœur tourné vers celui qui l’aime et lui fait grâce. L’habit de noce, ne serait-ce pas la conversion véritable, la joie d’être là pour la bonne raison, qui est la foi d’un cœur simple et pauvre, revêtu du Christ Sauveur, éveillé et libre, conscient d’être à son image?

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